Les barres de prismes de Berens et la baguette de Maddox Marie-José Besnard

Les barres de prismes de Berens (figure n° 1) se présentent comme une série de prismes de force croissante, accolés les uns aux autres.
Dans l’une, les prismes sont orientés, base verticale, leur action est horizontale.
Dans l’autre, les prismes sont orientés, base horizontale, leur action sera donc verticale.
Il est nécessaire, avant de poursuivre plus loin, de rappeler sommairement l’action d’un prisme (figure n° 2).
Le rayon incident, issu de l’objet, est dévié vers la base du prisme, de sorte que l’image de l’objet est extériorisée vers le sommet du prisme.
Les barres de prismes de Berens, sont utilisées tant pour l’examen que pour le traitement des troubles de la vision binoculaire. Nous en étudierons donc l’emploi successivement pour le diagnostic et la thérapeutique.

Prismes utilisés pour l’examen binoculaire
Généralités

L’examen comporte l’étude motrice et l’étude sensorielle du trouble de la vision binoculaire.

• L’étude motrice consiste à mesurer la déviation.
• L’étude sensorielle consiste à savoir ce que le sujet fait des images qui lui sont présentées. Il est alors indispensable d’y adjoindre, soit un verre rouge, ou la barre de filtres de Bagolini, soit les verres striés de Bagolini.

Enfin, les prismes sont nécessaires, en la présence ou en l’absence de déviation, pour mesurer l’amplitude de fusion du sujet.
Il s’agit de mesurer l’angle de déviation du sujet, de rechercher l’angle formé par ses deux axes visuels, ou angle objectif.
Par le cover-test pratiqué auparavant, nous avons établi que le sujet était orthophorique, hétérophorique ou hétérotropique. Si le sujet est orthophorique, il n’y a aucune déviation à mesurer, ses deux yeux étant toujours dirigés sur l’objet fixé. Si le sujet est hétérophorique ou tropique, c’est-à-dire qu’il présente une déviation latente ou manifeste, la méthode sera la même, car pour mesurer une déviation latente, il faut la rendre manifeste, par la dissociation, ou rupture de la fusion, d’où, la nécessité absolue d’avoir pratiqué auparavant un cover-test exact. Pour obtenir cette dissociation, en cas d’hétérophorie, il est souvent utile d’avoir recours à la baguette de Maddox
; nous y reviendrons en temps voulu.
Puisque l’image d’un objet vu à travers un prisme est déplacée vers le sommet du prisme, il s’ensuit que pour mesurer une déviation (ou pour la provoquer), on placera le prisme, sommet dans le sens de la déviation, devant l’œil choisi. Pour mesurer un strabisme convergent, on placera donc le prisme, sommet nasal, ou base temporale.
En effet, dans un strabisme convergent, il y a rotation de l’œil en dedans, la macula est donc déviée vers l’extérieur, et chaque fois que le sujet fixe un objet « X  », celui-ci envoie des stimulations à un point nasal M1 de la rétine déviée. Ceci n’est toutefois possible que si la déviation est modérée, et que les rayons issus de « X  » passent par l’orifice pupillaire.
La rétine nasale extériorise en temporal (figure n° 3), il s’ensuit donc une diplopie homonyme, l’image vue par l’œil dévié étant localisée du côté de celui-ci en X.
Il s’agit avec le prisme de ramener l’image de X sur la macula de l’œil dévié, en dépit de la déviation qui reste matériellement présente. Le prisme est donc interposé entre l’objet fixé et l’œil dévié (figure n° 4). En fait, dans la pratique, on peut suivant les cas, mettre le prisme devant un œil ou l’autre, étant donné que l’on va pratiquer une fixation alternée de l’objet. L’angle qui nous intéresse étant déterminé par les deux axes visuels et l’objet fixé.
Nous disposons de deux méthodes pour mesurer une déviation aux prismes
:

• La méthode de Krimsky;
• La méthode objective.
Méthode de Krimsky

Lorsqu’il n’est pas possible de se baser sur la fixation d’un des deux yeux, amblyopie profonde, amblyopie avec fixation non centrale, ou cécité d’un œil, il faut avoir recours à la méthode de Krimsky.
En admettant que la déviation soit concomitante, c’est-à-dire, de même valeur dans toutes les directions du regard, on fera dévier l’œil fixateur, au moyen du prisme (sommet dans le sens de la déviation) de façon à faire redresser l’œil dévié.
Dans un strabisme convergent de l’œil gauche, on déplacera en convergence l’œil droit qui demeure fixateur, jusqu’à ce que l’œil gauche paraisse redressé.
Mme Baranowska (Stettin), s’aide du visuscope dans cet examen. Les résultats obtenus sont très voisins.
L’œil dévié étant dilaté, le fond d’œil est observé au visuscope. L’œil dévié se redressant progressivement, il vient un moment où la macula se trouve superposée à l’étoile du visuscope projetée sur le fond d’œil.
La mesure de la déviation est donnée par la puissance du prisme ayant permis cette superposition.
La méthode de Krimsky s’apparente à celle d’Hirschberg, mais permet plus de précision, de par l’utilisation de la barre de prismes, De plus, elle a l’avantage de permettre un examen de près et de loin dans des conditions semblables, et de ce fait, les résultats sont comparables.
Il est bien évident que la méthode de Krimsky perdrait toute sa valeur si l’observateur était placé trop latéralement par rapport au sujet.
La méthode de Krimsky a cependant des limites et ne peut s’appliquer aux angles supérieurs à 40 dioptries (puissance maxima de la barre de prismes) et si l’on interpose un prisme isolé de plus de 40 dioptries devant l’œil fixateur, le sujet peut avoir une certaine difficulté à retrouver dans la pièce l’image de l’objet fixé. De plus, cette méthode ne peut s’appliquer en cas de paralysie oculomotrice d’une part du fait de l’incomitance et d’autre part de l’incapacité de l’œil dévié à se redresser en cas de paralysie complète d’un muscle oculomoteur.
La méthode de Krimsky étant la plupart du temps employée en cas d’amblyopie profonde, où l’on ne peut viser qu’à un résultat esthétique, elle est dans la pratique assez rigoureuse pour permettre d’établir un protocole opératoire.

Méthode objective

Nous nous basons, rappelons-le, sur la fixation maculaire des deux yeux.
La méthode sera la même, comme nous l’avons signalé, pour les hétérophories et les strabismes manifestes dont le diagnostic différentiel aura été établi au préalable.
Elle se pratique de loin et de près avec et sans correction si nécessaire, et dans des conditions identiques qui permettront de comparer les résultats obtenus.
Elle se fait en premier lieu, en position primaire, position droit devant, puis dans les neuf positions cardinales, ou déviomètre, pour la recherche et la mesure d’une incomitance.
Dans la vision de près, le déviomètre de Lavat (figure n° 5) est d’un grand secours
; il consiste essentiellement en un point lumineux, mobile autour d’un axe central.
Le point est mis successivement dans les neuf positions, et les résultats obtenus sont enregistrés sur un graphique.
Il est bon d’utiliser une mentonnière, pour éviter que le malade ne bouge la tête, ce qui modifierait la distance d’examen, ou qu’il ne la tourne, ce qui modifierait le parcours demandé à chaque muscle.
Dans un strabisme d’apparition brusque, le déviomètre, examen dans les neuf positions, permet parfois, en révélant l’absence d’incomitance de faire le diagnostic différentiel entre une paralysie récente (où l’on doit retrouver une incomitance) et une hétérophorie brusquement décompensée.
Il est nécessaire également, chaque fois que c’est possible, de mesurer la déviation, œil droit fixateur, le prisme étant sur l’œil gauche, puis œil gauche fixateur, le prisme étant sur l’œil droit.
Ceci permet, en cas de paralysie, de comparer la déviation primaire (œil sain fixateur), et la déviation secondaire (œil atteint fixateur). Cette mesure est cependant infiniment plus facile à réaliser de loin, au synoptophore
; nous y reviendrons lors de l’étude de cet appareil.

Examen moteur

Mesurer de la déviation. Le sujet est placé devant un point lumineux, non éblouissant et le fixe en position primaire.
On place la barre de prismes devant l’œil choisi, sommet dans le sens de la déviation.
Pour plus de clarté nous prendrons l’exemple d’un strabisme convergent de l’œil droit.
La barre de prismes d’action horizontale est donc placée sommet interne.
À l’aide de la palette, on fait fixer chaque œil alternativement et l’on observe le mouvement fait par chaque œil pour reprendre la fixation. Celui-ci est bien entendu inverse de la déviation à mesurer.
On augmente progressivement la puissance du prisme et l’on constate que le mouvement de chaque œil diminue.
Lorsque, passant de la fixation de l’œil droit à celle de l’œil gauche, on ne voit plus de mouvement pour reprendre la fixation, c’est que par le prisme, l’image du point de fixation a été placée sur les deux axes visuels
: on est donc à l’angle objectif.
On note alors ésotropie de 30 dioptries ou et 30  ∆.
Il faut avoir bien soin de tenir la barre de prismes strictement verticale, pour ne pas créer un décalage inexistant.
De plus, il peut arriver parfois que l’on ne soit pas totalement sûr de sa mesure. On peut alors augmenter encore la puissance du prisme, et si le mouvement s’est inversé, c’est que la mesure précédente était bonne.
Ceci est particulièrement utile en cas d’un très petit angle. Il n’est pas rare qu’au cours de cet examen, apparaisse un élément vertical associé qu’il faudra éliminer pour avoir la mesure exacte de la déviation. On placera alors, sur l’autre œil de préférence, la barre de prismes d’action verticale, le sommet étant orienté dans le sens de la déviation.
Il est parfois impossible de supprimer tout mouvement en passant de la fixation de l’œil droit à celle de l’œil gauche, un œil paraissant trop corrigé et l’autre trop peu. Pratiquer alors le cover-test non dissociant, comme pour une hétérophorie et vérifier qu’en conditions binoculaires chaque œil fixe la lumière. La mesure de la déviation est alors donnée par la puissance du prisme utilisé.
Le tableau ci-dessous (tableau n° 1) donne les annotations abrégées que nous utilisons. Pour ne pas alourdir le tableau, il n’a pas été fait de distinction, dans les déviations associées entre les déviations verticales qui peuvent être tantôt phoriques tantôt tropiques.
De nombreux praticiens utilisent une autre annotation pour les déviations verticales
:

• D/G hauteur droite;
• G/D hauteur gauche
;
• Θ absence de déviation verticale.

Dans le compte rendu remis à l’ophtalmologiste, il est préférable d’éviter les abréviations, sauf entente avec lui.

Examen sensoriel

Étudier la réponse subjective du malade. Une fois la déviation mesurée, l’examen ne serait pas complet sans l’étude de l’état sensoriel du sujet: il faut savoir comment il voit les images dans ces conditions d’examen.
Il est bon alors de s’aider d’un verre rouge (ni trop clair ni trop foncé), ou de la barre de filtres de Bagolini, qui permettra tant au sujet qu’à l’observateur de localiser l’image vue par chaque œil.
On peut également utiliser les verres striés de Bagolini, mais ce n’est pas leur but essentiel, nous y reviendrons dans le chapitre qui leur sera consacré.

À l’angle objectif

Plusieurs réponses sont possibles:
La fusion
Le sujet ne voit qu’une lumière rosée. Le verre rouge étant placé devant l’œil droit, la lumière rouge, vue par l’œil droit, est superposée à la blanche vue par l’œil gauche. Les deux maculas qui fixent simultanément la lumière localisent au même endroit.
L’angle objectif, et l’angle subjectif (angle où le sujet voit les images se superposer) sont donc égaux, et il y a correspondance rétinienne normale.
La neutralisation
Le sujet ne voit qu’une lumière rouge ou blanche:

• S’il ne voit que la rouge, son cerveau n’enregistre pas la lumière blanche vue par l’œil gauche, les stimulations visuelles de l’œil gauche n’atteignent pas son cerveau, il y a neutralisation de l’œil gauche.
• S’il ne voit que la blanche, il y a neutralisation de l’œil droit.
• S’il voit, tantôt la blanche, tantôt la rouge, il y a neutralisation alternante.

La diplopie
Le sujet voit deux lumières, une rouge et une blanche. Il y a diplopie, c’est-à-dire vision double d’un même objet.
Si l’examen est correctement mené, et que l’on peut se fier aux réponses du sujet, on peut conclure dans ces cas-là qu’il y a correspondance rétinienne anormale dans ces conditions d’examen. Le sujet ne voit pas les images superposées, la diplopie est croisée dans un strabisme convergent.
Si par hasard, elle semblait homonyme, c’est
:

• Ou bien que l’orthoptiste s’est trompée dans son examen et qu’elle n’est pas à l’angle objectif;
• Ou bien que le malade ne répond pas bien (ceci arrive quand les enfants sont trop jeunes, et mieux vaut alors renoncer provisoirement à cette partie de l’examen, en indiquant qu’il n’est pas possible d’obtenir des réponses sensorielles valables).

Si l’on se rapporte au schéma de la correspondance rétinienne anormale (figure n° 1 du chapitre de la correspondance rétinienne anormale), lorsqu’à l’aide du prisme on replace l’objet sur la macula de l’œil dévié, on stimule celle-ci en même temps que la macula de l’œil fixateur, mais la macula de l’œil dévié a perdu sa direction visuelle principale du droit devant en conditions binoculaires et localise à tort comme un point temporal, donc en nasal.

À un angle autre que l’objectif

Il faut maintenant trouver à quel angle le malade superpose ses deux images, donc mesurer son angle subjectif.
Si l’on diminue la puissance du prisme, le sujet voit les images se rapprocher, mais il faut parfois l’aider à en prendre conscience.
Là encore, plusieurs réponses sont possibles
:
Le subjectif défini
Le sujet voit une lumière rosée due à une superposition anormale. Il y a superposition des images à un angle inférieur à l’angle objectif; il y a donc un angle subjectif défini, dont la mesure est donnée par la puissance du prisme ayant permis cette superposition. La différence entre l’angle objectif et l’angle subjectif est l’angle d’anomalie, qui de ce fait peut aussi être chiffré.
La neutralisation
Le sujet ne voit qu’une lumière à la fois, la rouge, la blanche ou tantôt l’une tantôt l’autre. Il y a neutralisation, droite, gauche, ou alternante à un angle inférieur à l’angle objectif.
La correspondance rétinienne anormale n’est donc qu’imparfaitement établie. Certains auteurs l’appellent correspondance rétinienne anormale négative.
La recherche de la réponse sensorielle est indispensable, pour faire le diagnostic exact du trouble de la vision binoculaire présenté par le sujet.
Elle s’impose chez l’adulte, même en cas d’amblyopie, si l’intervention est envisagée, car elle donne de précieux renseignements sur les risques de diplopie postopératoire.
Le tableau ci-dessus (tableau n° 2) donne les différentes réponses obtenues.
Comme nous l’avons dit plus haut, il est parfois nécessaire d’avoir recours à la baguette de Maddox dans certaines hétérophories, pour obtenir une meilleure dissociation donc empêcher momentanément le sujet de fusionner, et obtenir la déviation maxima, qui sera plus stable. La recherche d’un angle subjectif inférieur à l’angle objectif ne s’impose pas puisque dans l’hétérophorie la correspondance rétinienne normale est de règle.
La baguette de Maddox (figure n° 6) la plus utilisée est montée sur manche, et comporte une série de cylindres de forte puissance, qui donnent d’un point une image rectiligne. Elle est généralement de couleur rouge.
Dans les boîtes de verres d’essai existe une baguette de Maddox avec cylindre unique et d’utilisation moins commode.
Il existe également des modèles plus perfectionnés sur monture de lunettes avec manche. D’un côté la baguette de Maddox peut tourner sur elle-même, de l’autre se trouve un prisme tournant dont la puissance maxima est de 30 dioptries (figure n° 7).
Enfin, certains modèles sont monoculaires, prisme et baguette de Maddox étant superposés (figure n° 8).

Méthode d’examen

L’examen se fait successivement à 5 m et à 30 cm; sur un point lumineux non éblouissant, la baguette devant un œil.
Le sujet se trouve mis dans des conditions inhabituelles
:

• D’un œil il voit la lumière blanche;
• De l’autre un trait rouge.

La superposition des images est possible, mais pas la fusion, puisque les images sont dissemblables.
Nous allons envisager successivement les différentes réponses possibles, suivant la nature de l’hétérophorie.
Rappelons en premier lieu, qu’en cas d’orthophorie, il n’y a pas de déviation latente mise en évidence par la baguette de Maddox, le trait rouge coupe la lumière (figure n° 9).
Dans une ésophorie (figure n° 10), la baguette étant devant l’œil droit, le trait rouge est vu à droite de la lumière, puisque la convergence latente est rendue manifeste et la correspondance rétinienne est normale.
Par le prisme placé sommet interne devant l’œil droit, on va ramener le trait rouge sur la lumière. La puissance du prisme utilisé donne la mesure de l’ésophorie.
Le trait rouge sera souvent instable et le sujet aura l’impression qu’il se déplace. C’est bien souvent parce que la dissociation n’est pas totale, il faut tenter de l’obtenir par un cover-test dissociant
: fixation alternée plusieurs fois de suite.
Il est ensuite nécessaire de contrôler l’exactitude des réponses du sujet par un coup d’écran
: on doit se trouver à l’angle objectif, ou bien l’ésophorie n’est que partielle: strabisme à petit angle plus ésophorie.
Dans une exophorie (figure n° 11), le trait rouge vu par l’œil droit est situé à gauche de la lumière.
Il est souvent difficile et parfois même impossible d’obtenir la dissociation totale, même en recourant à la méthode de dissociation indiquée ci-dessus.
Certains exophoriques ayant une grosse déviation à compenser se bloquent en strabisme convergent, et l’examen au Maddox donne une réponse de convergent qu’il ne faudrait pas prendre pour une correspondance rétinienne anormale.
Le cover-test révélera que le sujet, malgré la dissociation donnée par la baguette de Maddox se remet en légère convergence dès qu’il est en conditions binoculaires, ceci doit être clairement noté sur la fiche d’observation.
Dans une hyperphorie droite (figure n° 12), le trait rouge vu par l’œil droit sera plus bas que la lumière.
Dans une hyperphorie gauche (figure n° 13), le trait rouge vu par l’œil droit sera plus haut que la lumière.
L’examen doit se faire avec la baguette et le prisme sur l’œil gauche, l’œil droit étant fixateur, puis le prisme et la baguette sont mis devant l’œil droit pour avoir la mesure œil gauche fixateur.
Il faut rechercher et mesurer l’hétérophorie horizontale, la baguette étant orientée de façon que le trait soit vertical, et ne pas oublier ensuite de rechercher et mesurer une éventuelle hétérophorie verticale, la baguette étant tournée de 90° pour obtenir un trait horizontal.
L’examen se fait de loin et de près, avec et sans correction chaque fois que la nécessité s’en fait sentir.
Les résultats se notent comme suit (par exemple pour une ésophorie)
:

• OD fixateur E10 H0  ∆ E’30 HD 1  ∆;
• OG fixateur E6 H0  ∆ E’25 HD 3  ∆.
Mesure de l’amplitude de fusion avec les prismes de Berens

Lorsque nous avons pu déterminer que nous nous trouvons devant une orthophorie, une hétérophorie, plus ou moins bien compensée d’ailleurs, l’examen ne serait pas complet si nous ne mesurions pas l’amplitude de fusion dans l’espace, avec les prismes.
Cette mesure se fait de loin et de près, avec et sans correction si nécessaire, tant en convergence qu’en divergence.
Il est bon d’y associer le verre rouge ou les verres striés de Bagolini pour s’assurer que le sujet ne neutralise pas.

Mesure de l’amplitude de convergence

De loin
Le sujet fixe la lumière et n’en voit qu’une, sans neutralisation. Placer la barre de prismes d’action horizontale, sommet interne devant un œil et surveiller la fixation des deux yeux.
L’œil qui se trouve derrière le prisme doit faire un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur pour compenser la diplopie provoquée par le prisme, donc pour ramener l’image du point lumineux sur les deux maculas simultanément.
Ceci peut se faire spontanément, ou bien le sujet remarquera un certain temps de diplopie qui disparaît rapidement par fusion des deux images.
Augmenter la puissance du prisme jusqu’à ce que le sujet ne puisse plus fusionner.
La mesure de la convergence est donnée par le prisme le plus fort qui a pu être compensé et s’inscrit comme suit
: PC 12  ∆ ou C 12  ∆.
De près
Agir de la même façon, avec le point lumineux situé à 30 cm. Le résultat s’inscrit:
PC’30  ∆ ou C’30  ∆.

Mesure de l’amplitude de divergence.

On procédera de la même façon de loin et de près, mais en plaçant alors le prisme sommet externe.
On notera les résultats comme suit
:

• PD 2  ∆ ou D 2  ∆;
• PD’6  ∆ ou D’6  ∆.

Pour que l’amplitude de fusion soit valable, il faut la recommencer plusieurs fois, car la fusion peut ne pas être très bonne, on verra alors l’amplitude de fusion diminuer très vite. Inversement, le sujet qui n’a pas l’habitude d’un tel examen peut n’avoir pas très bien réagi, en ce cas son amplitude de fusion sera meilleure à la deuxième tentative.
Une amplitude de fusion de 8 à 10 dioptries de convergence de loin et de 30 à 40 dioptries de près est considérée comme normale. De même une amplitude de fusion de 2 à 4 dioptries en divergence de loin et de 6 à 8 de près.
Il faut cependant tenir compte de la facilité avec laquelle le malade atteint ces mesures.
En cas de traitement en vue d’améliorer une amplitude de fusion, il faut dépasser ces mesures, de façon à constituer une bonne réserve.

Prismes utilisés pour le traitement binoculaire

Maintenant que nous avons vu l’utilisation des prismes dans l’examen binoculaire, nous allons voir leur utilisation dans un but thérapeutique.
Les prismes sont utilisés d’une part pour améliorer l’amplitude de fusion, d’autre part pour tenter la normalisation de la correspondance rétinienne.

Amélioration de l’amplitude de fusion

Il s’agit d’améliorer l’amplitude de fusion, lorsque celle-ci a été révélée insuffisante par l’examen, et que le sujet en ressent une gêne: céphalées, larmoiement, vision trouble, ou diplopie occasionnelle.
Il s’agit donc, d’orthophories, d’hétérophories plus ou moins bien compensées ou de strabismes intermittents. Dans ces derniers cas il faut avoir bien soin de s’assurer que le sujet s’est redressé avant d’essayer de le faire travailler de cette façon.
On procédera comme pour la mesure de l’amplitude de fusion, mais on incitera le sujet à aller plus loin. Il faut entraîner les muscles oculaires extrinsèques, particulièrement les droits internes, le mouvement à faire étant commandé par le déplacement de l’image d’un œil, obtenu par l’interposition du prisme.
Dans la pratique, l’utilisation des verres striés de Bagolini est souvent préférable à celle du verre rouge. En effet, en cas de fusion très instable, la simple adjonction du verre rouge peut suffire à faire lâcher la fusion, alors que le seul désir de garder la croix de Bagolini peut aider à maintenir la fusion.
Il faut commencer par entraîner la convergence de près, c’est plus physiologique, donc plus efficace. Une simple mesure de la convergence de loin permettra, la plupart du temps de constater que celle-ci s’améliore d’elle-même au fur et à mesure du traitement de la convergence de près.
Pour l’entraînement de la divergence, il serait plus logique de commencer par le traitement de loin, mais cela varie selon les sujets.
Dans certains cas d’hyperphorie ou tropie mal définie, associée, il est parfois bon de commencer les exercices de convergence en corrigeant l’élément vertical par le prisme voulu. On tendra à le diminuer pour l’éliminer complètement par la suite. Si cependant, il reste une grosse différence entre les mesures obtenues avec et sans l’aide du prisme vertical, cela peut être un élément déterminant pour la prescription d’un prisme vertical à porter en permanence.
Ces variations de la puissance de convergence du sujet doivent apparaître clairement sur la fiche d’observation et le rapport remis à l’ophtalmologiste.
Il est parfois nécessaire de stimuler l’attention du sujet en imprimant de petites secousses à l’objet de fixation de près, ou de lui demander de cligner rapidement des yeux, ou encore de froncer les sourcils « en faisant de petits yeux  », ce qui stimule l’accommodation.
Il se peut que le sujet signale que l’image est brouillée
; ceci est normal, puisqu’on fait appel à son accommodation, cela prouve simplement que celle-ci répond, peut-être un peu plus qu’il n’est nécessaire, et en général tout rentre dans l’ordre au cours du traitement.
Il faut cependant éviter que la convergence ne se fasse par à-coups ce qui risquerait d’entraîner un spasme d’accommodation.
Enfin, il peut arriver au début du traitement, qu’après un trop gros effort que le sujet n’a pas encore appris à doser, il se trouve bloqué en convergence. Il suffit en général de lui demander de fermer les yeux quelques instants, mieux vaut cependant ne pas prolonger la séance ce jour-là.
Nous utilisons généralement un point lumineux non éblouissant, mais un petit objet sphérique (tel que la boule d’une épingle à chapeau), noir ou de couleur contrastant avec le fond ambiant, convient aussi bien (sans Bagolini).

Normalisation de la correspondance rétinienne avec les prismes de Berens

Dans un strabisme convergent avec correspondance rétinienne anormale, il y a croisement des images à l’angle objectif mesuré avec les prismes.
L’image de l’œil dévié est localisée de façon erronée, il faut essayer de la réorienter correctement par la fixation exacte de chaque œil, l’autre étant occlus. Il faut faire prendre conscience au sujet que chaque image, la blanche puis la rouge (car l’adjonction du verre rouge est utile), se place exactement au même endroit. Il faut ensuite laisser un bref instant binoculaire en demandant au sujet d’essayer de les superposer.
C’est une pratique très difficile qui demande beaucoup de rigueur car il faut sans cesse se trouver à l’angle objectif exact. Il faut donc que le sujet soit parfaitement immobile, et son angle tout à fait stable. Il est parfois nécessaire de s’aider des myotiques, pour stabiliser l’angle de déviation.
Il est parfois utile de provoquer une divergence relative du sujet en utilisant un prisme légèrement supérieur à l’angle objectif. Cela produira une diplopie croisée de correspondance normale, il faudra ensuite regagner l’angle objectif en demandant au sujet de superposer ses images.
Cette méthode qui demande une très grosse habitude n’est pas à recommander à une débutante qui risquerait, en l’appliquant mal, de favoriser la correspondance rétinienne anormale et de l’ancrer. Mieux vaut ne pas pratiquer cette méthode que de la pratiquer en mauvaises conditions.
Les prismes sont encore utilisés séparément en port permanent, pour certains traitements spécifiques. Nous envisagerons plus loin l’utilisation des prismes séparés en port permanent, pour réaliser l’hypercorrection prismatique, ou l’orthophorie sensorielle.