Orthoptie Pratique - Présentation Marie-José Besnard

Cahiers de Sensorio-Motricité
École d’Orthoptie de Nantes
Orthoptie pratique
Marie-José Besnard
Version 1.0
Éditeurs (2
006): A & J Péchereau

Avant-Propos
Alain Péchereau

Ce livre est comme la madeleine de Proust. Elle est le souvenir de ma découverte de l’examen d’un strabisme, si riche et si subtil, à la fois si simple et si compliqué. Il a été un livre fondamental dans mon apprentissage de la strabologie. C’est la raison principale de sa réédition: remettre à la disposition de tous, cet ouvrage simple et pédagogique.
Sa réédition s’est voulue la plus fidèle possible dans l’esprit si ce n’est dans la forme. Les changements par rapport au texte initial sont très marginaux et n’ont été faits que pour en faciliter la lecture. Par ailleurs, un certain nombre de graphiques ont été refaits et un certain nombre de photographies ont été réactualisées, tout ceci dans un souci de rendre plus lisible cet ouvrage.
Sa relecture a été à la fois un grand plaisir et une certaine déception.

• Un grand plaisir
Le souci de l’auteur de la simplicité et de la décomposition des éléments de base de l’examen clinique est toujours un modèle du genre. Il doit être un exemple pour tous ceux qui auraient la même ambition. Mon expérience de l’enseignement montre que cette étape est trop souvent négligée.
• Une certaine déception
La lecture de l’ouvrage montre que les considérations physiopathologiques de l’époque sont très présentes dans l’ouvrage. Mais comment pourrait-il en être autrement
? Il est très difficile voir impossible d’isoler l’examen clinique des conceptions physiopathologiques du temps. Toutefois, pour cet examen clinique, nous devons tous le réaliser de manière descriptive et non interprétative comme cela est trop souvent le cas. Un exemple caricatural en est « l’up-shoot du petit oblique  » qui n’est de façon séméiologique qu’une élévation en adduction, élévation en adduction qui n’est que rarement une hyperfonction de l’innervation isolée de l’oblique inférieur comme semble l’indiquer « l’up-shoot du petit oblique  ».
Mais cette déception doit être atténuée pour une deuxième raison. Cet ouvrage nous fait un remarquable état des connaissances en strabologie et en orthoptie en 1
973. Nous pouvons voir les formidables progrès conceptuels de ces dernières années: une véritable révolution des paradigmes (en tant qu’observateur des pratiques actuelles, il faut bien avouer que cette révolution n’a pas atteint les pratiques quotidiennes de bien des thérapeutes).
Enfin, cet ouvrage montre que des méthodes dont l’inefficacité a été démontrée reviennent de façon itérative bénéficiant de l’ignorance (et de sa mauvaise formation) du lecteur, mais également de la pseudo-nouveauté qu’apporte l’informatique ou Internet. La consultation des sites Internet, en particuliers américains, mais il en existe également de bien français, montre combien, sous des noms ronflants et en utilisant un vocabulaire pseudo-scientifique [par exemple
: « vision training  » (it’s to make money! L Tychsen, communication personnelle)], ces méthodes reviennent d’une façon ou d’une autre. On pourrait en rapprocher ces enseignements réalisés dont la compétence des orateurs en est leur seule autoproclamation (la hiérarchie des connaissances scientifiques heurte de plein front l’égalitarisme démocratique).

Tout ceci montre que la lecture de cet ouvrage ne peut être que profitable pour tous et il faut la conseiller. À ce commentaire, nous rajouterons cette citation de Claude Bernard dans « l’Introduction à la Médecine Expérimentale  »: « Dans les sciences expérimentales, le respect mal entendu de l’autorité personnelle serait de la superstition et constituerait un véritable obstacle aux progrès de la science; ce serait en même temps contraire aux exemples que nous ont donnés les grands hommes de tous les temps. En effet, les grands hommes sont précisément ceux qui ont apporté des idées nouvelles et détruit des erreurs. Ils n’ont donc pas respecté eux-mêmes l’autorité de leurs prédécesseurs, et ils n’entendent pas qu’on agisse autrement envers eux.  » Cette citation reste toujours d’actualité dans le monde de la médecine en général et dans le monde de l’orthoptie en particulier.

Par ailleurs, la réédition de cet ouvrage montre qu’il existe une lacune dans la littéraire française
: un ouvrage expliquant les bases de l’examen clinique en strabisme. Nous avons l’intention mes collaborateurs et moi-même ainsi que d’autres équipes (l’école d’orthoptie de Tours par exemple) de combler cette lacune. Si d’autres veulent se joindre à nous, ils seront les bienvenus. La maîtrise des outils informatiques et les possibilités qu’offrent Internet doivent nous permettre d’offrir sous forme gracieuse ces ouvrages. Pour terminer cet avant-propos, je vous souhaite de bien déguster cette madeleine de la littérature strabologique et orthoptique.

Merci encore à Mademoiselle Marie-José Besnard pour cet ouvrage.


NB. Les erreurs ou les fautes étant consubstantielles à l’exercice de l’édition, n’hésitez pas à les signaler au webmaster par l’intermédiaire du site
: http://www.strabisme.net ou en écrivant à: webmaster@strabisme.net

Référence de l’ouvrage initial

Besnard MJ. Orthoptie pratique. Ed Doin, Paris, 1973, 185 p.

Référence de l’ouvrage actuel

Besnard MJ. Orthoptie pratique. Ed A & J Péchereau, Nantes, 2006, 112 p.

Préface
Préface à l’édition originale

La rééducation de la vision binoculaire dans le strabisme, qu’elle soit pré ou postopératoire, est un élément capital du traitement. Or, s’il existe un grand nombre de manuels qui traitent de strabologie, ces livres sont avant tout destinés aux Ophtalmologistes. Aucun livre de langue française n’a paru jusqu’à ce jour, qui soit directement à l’usage des orthoptistes qui sont professionnellement appelées à être les collaboratrices directes de l’ophtalmologiste dans le traitement des troubles de la motilité oculaire.
Il faut féliciter Mlle Marie-José Besnard d’avoir entrepris de combler cette lacune.
S’occupant directement depuis plus de quinze ans de la formation des orthoptistes dans le service du Professeur Pierre François, aimant passionnément son métier, Mlle Besnard était particulièrement qualifiée pour rédiger ce manuel.
Écrit par une orthoptiste à l’usage des orthoptistes et surtout des élèves, il s’est voulu pratique et limité aux éléments qui sont du ressort de l’auxiliaire médicale.
Celle-ci doit pouvoir y trouver facilement la solution technique aux problèmes qui se posent à elle quotidiennement dans l’utilisation des nombreux appareils qui sont mis à sa disposition.
Ce manuel ne peut remplacer un ouvrage comme celui du Professeur Hugonnier, mais il aura aussi sa place entre les mains des futurs ophtalmologistes. Ceux-ci y trouveront matière, au cours de leurs années de certificat, à se familiariser avec des techniques essentielles qui, a priori, paraissent rébarbatives.
Conçu pour être consulté et transporté facilement, il remplira, j’en suis sûr, tout son rôle.
Que soit remerciée Mlle Besnard du service qu’elle rend aux débutants et souhaitons un succès légitime à ce petit livre dont, en fin de compte, nos malades tireront aussi bénéfice.


Professeur Agrégé Marcel Woillez
Ophtalmologiste des Hôpitaux

Introduction
Marie-José Besnard

Placer à tout instant l’orthoptiste devant le sujet qu’elle (1) doit examiner est le but de ce manuel. Il n’est nullement dans notre intention de faire ici un traité théorique du strabisme et des autres troubles de la vision binoculaire. Il en existe d’excellents, composés par des ophtalmologistes. Le plus couramment utilisé en France est celui de M. le Professeur Hugonnier, devenu à juste titre « la Bible  » de l’ophtalmologiste et de l’orthoptiste.
Notre manuel se veut essentiellement pratique. Après six mois de stage, une élève orthoptiste doit être capable d’effectuer l’examen d’un sujet atteint de n’importe quel trouble de la vision binoculaire, mis à part les examens de nystagmus, car ce n’est qu’une question de technique. Par contre, ce n’est qu’à la longue lorsqu’elle aura revu ces malades avec une orthoptiste plus expérimentée, qu’elle pourra tirer les conclusions de ces examens et surtout les exprimer avec, dans certains cas, toute la réserve nécessaire. Il incombe aux orthoptistes chargées de la formation technique des élèves de veiller à cette progression.
Au début de ses stages on demandera à l’élève orthoptiste de regarder attentivement tout ce qui se fait. Il n’est pas toujours souhaitable qu’elle pose de nombreuses questions en cours d’examen, ce qui en interrompt le déroulement, et de ce fait distrait le malade, mais il faut qu’elle les pose par la suite et surtout que l’on se donne la peine de lui répondre.
Si la débutante a d’abord, par la force des choses un rôle de spectateur, il ne faut pas cependant en prolonger la durée outre mesure. On pourra, sous contrôle vigilant, lui confier une partie de la séance d’examen ou de traitement, afin d’éviter sa lassitude et de l’intéresser à ce qu’elle apprend, mais cela suppose qu’elle aura par elle-même, et à l’aide de cours théoriques, étudié les bases anatomiques et physiologiques de l’acte visuel, ainsi que les questions optiques concernant les malades à examiner
: et cela, aucun stage ne pourra le lui inculquer.
Souvent, au bout de quelques mois, pourvu qu’elle ait eu l’occasion de pratiquer les différentes étapes d’un examen, on pourra lui confier un malade à débrouiller, à condition, bien entendu, de le revoir ensuite avec elle. Il ne serait pas judicieux de lui confier un malade présentant des difficultés particulières, tant du point de vue pathologique que psychologique. Il lui serait désagréable de se confronter à un adulte qui pourrait lui poser des questions auxquelles elle serait incapable de répondre. C’est en général avec un enfant de huit à douze ans qu’elle se sentira le plus à l’aise.
Après ces quelques considérations préliminaires destinées à celles qui par la force des choses assument la tâche de monitrices, nous allons voir en quoi consiste l’examen orthoptique d’où découlera le traitement. L’examen orthoptique ne peut se pratiquer qu’après avoir pris connaissance d’un certain nombre d’indications communiquées par l’ophtalmologiste, et concernant entre autres, la réfraction, la correction portée, l’acuité visuelle, et si nécessaire la fixation de chaque œil.
L’orthoptiste, face à son sujet, bien installé, procédera à l’interrogatoire qui doit la renseigner sur la nature du trouble binoculaire qu’il présente. Il faudra également noter la position de la tête, pratiquer l’étude des mouvements oculaires. On en vient ensuite à l’étude de la déviation
: sens, fréquence, alternance ou unilatéralité. Cette étude peut et doit se faire selon différentes méthodes: il est communément admis de distinguer entre les méthodes d’examen (et de traitement) dans l’espace, moins dissociantes et plus proches des conditions habituelles de vision, et au synoptophore, où les conditions de vision sont tout à fait artificielles. Le synoptophore risque en certains cas de rompre la fusion du sujet, surtout si celle-ci est fragile, mais de par sa conception, il présente l’inestimable avantage de permettre d’étudier en profondeur les différents degrés de vision binoculaire et leurs variations.
L’étude de la déviation constitue l’examen moteur, mais celui-ci doit absolument être complété par l’examen sensoriel. C’est le rôle de l’orthoptiste de pratiquer un examen aussi complet que possible.
Dans un but didactique, et pour que l’élève orthoptiste puisse plus facilement se repérer, nous baserons ce manuel pratique sur la description et l’utilisation, pour l’examen et le traitement, des appareils actuellement utilisés de façon courante. Seuls seront étudiés les appareils mis à la disposition de l’orthoptiste.

Table des matières
Préliminaires à l’examen orthoptique 1
Interrogatoire 1
Acuité visuelle 2
Acuité visuelle monoculaire 3
Acuité visuelle binoculaire 6
Les mouvements oculaires 7
Étude de la déviation 9
Méthode des reflets cornéens ou de Hirschberg 9
Méthode de Priestley Smith 9
Méthodes au périmètre de Charpentier 10
Première méthode 10
Deuxième Méthode 11
Autres méthodes 12
Test de l’écran/cover-uncover test 12
Strabisme manifeste visible à l’œil nu 12
Peu ou pas de déviation apparente 13
Mécanisme d’apparition de la correspondance rétinienne anormale 15
Verres striés de Bagolini (sans la barre de prismes) 17
Prismes et verre rouge 18
Synoptophore 18
Diplopie provoquée au verre rouge foncé 18
Épreuve maculo-maculaire de Cüppers 18
Post-images de Bielschowsky 19
Les barres de prismes de Berenset la baguette de Maddox 21
Prismes utilisés pour l’examen binoculaire 21
Généralités 21
Méthode de Krimsky 23
Méthode objective 23
Prismes utilisés pour le traitement binoculaire 30
Amélioration de l’amplitude de fusion 30
Normalisation de la correspondance rétinienne avec les prismes de Berens 31
Verres striés de Bagolini 33
Principe d’utilisation 33
Méthodes d’examen 34
Sans l’aide des prismes 34
Avec les prismes de Berens 35
À l’angle objectif de l’espace, ou point d’équilibre 35
Méthodes de traitement 36
Dans les strabismes 36
Dans les hétérophories 36
Dans les unions binoculaires 36
Le synoptophore 39
Stéréoscopes à miroirs 39
Stéréoscopes à prismes 40
Stéréoscopes à lentilles 40
L’amblyoscope de Worth 40
Le synoptophore 40
Le grand amblyoscope de Lyle 40
Tests utilisés dans le synoptophore 42
Tests de vision simultanée 42
Tests de fusion 42
Tests de vision stéréoscopique 43
Test de la mesure de l’angle alpha 43
Tests pour la mesure de l’aniséïconie 43
Examen au synoptophore 44
Méthode aux reflets 44
Méthode objective 44
Différents tests 45
Tests de premier degré: vision simultanée 45
Tests de fusion 47
Tests de vision stéréoscopique 48
Déviomètre 49
Traitement au synoptophore 49
Normalisation de la correspondance rétinienne 50
Développement de l’amplitude de fusion 54
Entraînement de la vision stéréoscopique 56
Traitement des unions binoculaires 56
Avantages et inconvénients du synoptophore 56
En ce qui concerne l’examen 56
En ce qui concerne le traitement 57
Les post-images de Bielschowsky 59
Description de l’appareillage 59
Méthode d’examen 59
Interprétation des résultats 60
La correspondance rétinienne normale 60
La neutralisation 60
La correspondance rétinienne anormale 60
La dualité de correspondance 60
Intérêt et limites de ce test 61
Le Lancaster 67
Appareil de Hess 67
Appareil de Lancaster 67
L’écran 68
La mentonnière 68
Les schémas 68
Méthode d’examen 69
Étude de la déviation de l’œil droit 69
Interprétation des résultats 69
Intérêt et limites du Lancaster 73
Le Hess Weiss 74
La forme simple 74
La forme à choix multiple 74
Appareillage de Lees 74
Appareils permettant de mettre en évidence une fonction binoculaire 77
Boîte à lumières de Worth 77
Description 77
Principe 77
Examen 77
Intérêt et limites de cet appareil 79
Stéréotest de Wirt 80
Description 80
Interprétation des résultats 81
Intérêt et limites du stéréotest de Wirt 81
Le pendule de Pulfrich 82
Description 82
Méthode d’examen 82
La barre de lecture ou lecture contrôlée 83
Résultat 84
Intérêt et limites 84
Le stéréoprojecteur 84
Description 84
Méthode d’examen 85
Utilisation du stéréoprojecteur 88
Critères de guérison 89
Le traitement de l’amblyopie 91
L’occlusion 91
Occlusion directe 91
Occlusion inverse 93
Post-images 93
Post-images à l’euthyscope de Cüppers 93
Post-images au pléoptophore 95
Coordinateur 96
Coordinateur sur table 96
Coordinateur dans l’espace 96
Le synoptophore 96
Le localisateur 98
Le correcteur 99
Le mnémoscope 99
L’entraîneur de dissociation 100
Le synoptophore 100
Hypercorrection prismatique 101
Méthode de Mme Pigassou 101
Méthode de Starkiewicz et Mme Baranowska 101
Nystagmus 102
Pénalisation 102
Principe 102
Rôle de l’orthoptiste dans la pénalisation 104
Intérêt et limites de la pénalisation 104
La mise en orthophorie sensorielle 107
Mise en orthophorie sensorielle dans les strabismes concomitants 107
Mise en orthophorie sensorielle dans les strabismes paralytiques 108
Méthode de traitement 108
Intérêt et limites de la mise en orthophorie sensorielle 110