S Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Sagittalisation
Nom féminin

Tendance d’un des muscles obliques à occuper une direction plus sagittale que l’autre muscle oblique par rapport à l’axe visuel (Gobin, 1968).
Il est classique de dire que les deux obliques font avec l’axe visuel un même angle, évalué à 500 environ. Fink (1
962) a montré que cet angle est en réalité très variable suivant les sujets: de 31 à 64° pour le grand oblique; de 33 à 57° pour le petit oblique; de plus les deux angles ne varient pas ensemble, et il y a donc un angle plus ou moins important entre les directions des deux obliques. Ces notions sont essentielles, car un oblique est d’autant plus rotatoire en torsion que l’angle est plus grand; et il est d’autant plus rotatoire en élévation que l’angle est plus petit, c’est-à-dire que le muscle est plus sagittal.
Gobin (1
968) a souligné l’intérêt de ces notions notamment pour mieux expliquer la pathogénie des syndromes dits « alphabétiques  ».

Secteur
Nom masculin

Modalité d’occlusion, diagnostique ou thérapeutique, obturant une partie du champ visuel ou du champ du regard, et dont le but est d’obtenir une bascule (cf.).

Stéréo
Préfixe

Préfixe (gr.) signifiant: « solide  ».
Il implique donc d’abord l’étude des objets solides, comme dans les mots
: stéréométrie (géométrie des solides), stéréotomie (taille et coupe des solides). En physiologie sensorielle on parle donc par extension de stéréognosie (perception tactile d’un solide), de stéréophonie (perception d’un volume sonore), et des différents dérivés utilisés pour la vision.
Mots dérivés
:

Stéréopsie, ou vision stéréoscopique

Perception visuelle d’un corps solide comme occupant un certain volume, c’est-à-dire d’un objet perçu dans les 3 dimensions de l’espace, en particulier par la notion de profondeur (ou de relief).

• La stéréopsie n’implique pas en elle-même la vision binoculaire: on peut percevoir un volume de manière très exacte en vision monoculaire: c’est la base de la science de la perspective.
• Mais en strabologie, ce qui est important c’est la perception du relief en rapport avec la vision binoculaire, et cette vision stéréoscopique binoculaire dépend directement de la parallaxe binoculaire, c’est-à-dire de la différence du point de vue de chacun des yeux qui regarde l’objet ou les objets en cause.
Stéréoscopie
Nom féminin

Désigne de façon globale la science des effets stéréoscopiques et des moyens artificiels pour les produire, par des instruments appropriés (haploscopes, stéréoscopes, etc.).

Stéréoscopique
Adjectif

Qualifie divers termes concernant la stéréoscopie, notamment les suivants:

Acuité stéréoscopique

Évaluation quantitative de l’aptitude à percevoir les écarts en profondeur entre les objets dans la troisième dimension.
Elle s’exprime en secondes d’arc.
Synonyme
: acuité visuelle stéréoscopique: terme équivoque et inutilement compliqué qu’il vaut mieux éviter.

Pourcentage stéréoscopique

Transformation arbitraire des disparités mesurées (en secondes d’arc) en une échelle établie en fonction d’un optimum théorique de stéréoscopie.
On utilise la formule de Fry
:

pourcentage stéréoscopique = 10100/(eta + 81) -5
ou
: eta = disparité en secondes.

Ce pourcentage n’a rien à voir avec les numéros du test de Wirt, comme on le dit parfois.
On ne voit pas l’intérêt de ce système compliqué et arbitraire, et il semble légitime de l’abandonner, et de ne parler que de disparités exprimées en secondes d’arc.

Seuil stéréoscopique

Plus petite différence de profondeur perceptible par le moyen de la parallaxe binoculaire.

Tests stéréoscopiques

Ils sont très nombreux, depuis l’invention du stéréoscope par Wheastone (1838), mais on ne mentionnera que ceux qui sont utilisés en clinique strabologique:

• Soit en vision de loin: stéréo projecteurs, haploscope d’Aulhorn, etc.
• Soit en vision de près
:
¬ Stéréogrammes quantifiés pour stéréoscopes
: de Pulfrich, de Keystone, etc.;
¬ Stéréotests polarisés
: test de Wirt et Titmus-Test; Reindeer test: Randot test;
¬ Tests à points aléatoires (Random dots tests de Julesz)
: test T.N.O., test R.D.E, test de Frisby, test de Lang.
Stilling-Turk-Duane (syndrome de)

Appellation qui sert à regrouper plusieurs anomalies oculomotrices congénitales, ayant comme point commun une limitation des mouvements dans une direction d’action d’un muscle, et une rétraction du globe avec rétrécissement de la fente palpébrale dans la direction opposée.
Les principales variétés décrites sont
:

La forme typique la plus fréquente (type A de Keith-Lyle, variété I de Malbran) comporte:
¬ Abolition de l’abduction de l’œil atteint (en règle
: œil gauche);
¬ Rétraction du globe en adduction
;
¬ Typiquement, ésotropie.
• Le type B de Keith-Lyle
: simple variante du précédent;
• Le type C de Keith-Lyle, variété II de Malbran, comporte
:
¬ Abolition de l’adduction de l’œil atteint
;
¬ Rétraction du globe en abduction
;
¬ Typiquement, exotropie.
• La variété III de Malbran comporte
:
¬ Limitation de l’élévation et de l’abaissement, notamment en abduction
;
¬ Rétraction du globe en position primaire et adduction.

Pathogénie discutée: fibrose musculaire; innervation paradoxale; anomalie centrale.

Strabisme
Nom masculin

Syndrome oculomoteur avec deux composantes:

• Une composante motrice: l’un des deux yeux, dit œil dévié, occupant par rapport à l’autre œil, dit œil dominant (ou: directeur, ou: fixateur) une position anormale, dite déviation strabique, en général telle que son axe visuel ne passe plus par le point de fixation;
• Une composante sensorielle
: altération de la vision binoculaire, en général due au fait qu’un stimulus donné ne forme plus ses images rétiniennes sur les points rétiniens correspondants normaux des deux yeux, ce qui produit des phénomènes pathologiques de compensation.

Difficulté du problème
Rien n’illustre mieux la complexité des problèmes de la terminologie du strabisme que la difficulté que l’on éprouve pour définir exactement le mot lui-même. Il suffit de parcourir les définitions rencontrées dans la littérature pour s’en convaincre. Les définitions des dictionnaires de culture générale sont affligeantes: « strabisme  »: « difformité de celui qui louche  », dit le petit Larousse; soit, mais « loucher  », alors? Bien entendu, « loucher  » c’est « être atteint de strabisme  ». Les définitions des dictionnaires médicaux généraux ne sont guère meilleures. La notion de base qui devrait servir à définir le strabisme est celle que soulignait déjà Javal dans son livre: « pendant qu’un œil fixe un certain point, son congénère est dirigé vers un autre point de l’espace  »; mais cette donnée fondamentale paraît en général assez confuse dans l’esprit des auteurs. Certains parlent de « l’absence de parallélisme  » (des axes optiques, des axes de fixation, voire « des yeux  »); mais ceci n’est vrai que dans le regard à l’infini. Pour toute autre distance le parallélisme est rompu. Beaucoup d’auteurs parlent des « deux yeux  », mais les deux yeux ne tournent pas ensemble. L’un fixe, l’autre tourne. Le strabisme est aussi défini souvent comme un « défaut de convergence  »; mais en strabologie le mot « convergence  » a un sens trop précis et trop spécifique pour qu’on soit en droit de l’utiliser d’une manière aussi générale. En revanche, certaines définitions de physiologistes ou de strabologues pèchent par l’excès inverse, et s’avèrent trop complexes. Le mot « strabisme  » est un mot simple, et même le terme de base par excellence. Il n’est donc pas logique de le définir au moyen de mots complexes et de termes sophistiqués, qui sont enfin beaucoup moins clairs que ce qu’ils prétendent définir; et il n’est pas rationnel de dire que le strabisme est une: « pathologie de la position active  », ou un: « défaut d’alignement  »; ou une « déviation de l’orthoposition  » ou, pire encore, une « déviation empêchant la coordination binoculaire qui assure la fusion centrale d’images projetées  »… La définition même que nous donnons initialement n’est pas exempte d’une telle critique, puisqu’elle fait appel à diverses notions qui ne sont pas évidentes pour un lecteur qui ignorerait tout de la strabologie.
Conditions d’une bonne définition du strabisme
Il apparaît qu’une définition satisfaisante et suffisamment précise du mot « strabisme  » devrait donc préciser les points suivants:

• La définition doit être double, sensorielle et motrice; il ne faut pas se contenter de parler de déviation, il faut évoquer ses conséquences sensorielles;
• La notion de non-coïncidence des axes visuels au point de fixation est très généralement exacte en pratique
; cependant, en toute rigueur, elle ne s’applique pas aux cyclodéviations, qui sont des rotations autour de l’axe antéro-postérieur (axe Y de Fick);
• Il ne semble pas utile, en revanche, de surcharger la définition générale de détails plus contingents comme la concomitance, la permanence ou non, l’évidence, l’alternance du strabisme, et toutes autres notions qui serviront au contraire à classer les diverses variétés (cf.
: Classification-).

Mots dérivés:
Multiples et souvent désuets, comme
: strabomètre; strabotomie; strabismométrie. On utilise encore couramment:

Strabique
Adjectif ou nom masculin

Qui se rapporte au strabisme; qui est atteint de strabisme.

Strabologie; strabologiste ou strabologue

Néologismes récents, pour désigner la science du strabisme, et ceux qui la pratiquent.

Strabogène
Adjectif

Facteur de strabisme; direction strabogène: direction du regard dans laquelle un strabisme apparaît ou augmente (Berrondo).

Suppléance (opération de)

Procédé chirurgical consistant à remplacer l’action d’un muscle totalement paralysé par transposition d’un ou de plusieurs muscles voisins (cf.: Transposition).
Synonyme
: opération de substitution.

Suppression
Nom féminin

Synonyme de: neutralisation (cf. ce mot).
Le terme
: « suppression  » est le seul qui existe en anglais, et le français a donc ici l’avantage de deux termes; on doit cependant souligner que:

• Il serait peut-être licite de donner un sens différent aux deux mots, mais aucun accord d’ensemble n’existant sur ce point il est prudent de les considérer simplement comme des synonymes exacts;
• Par conséquent, on ne doit pas expliquer l’un par l’autre, en disant par exemple
: « la neutralisation est une sorte de suppression  ».
Synergie
Nom féminin

Action d’un muscle qui, parmi un groupe de muscles réalisant un mouvement volontaire ou réflexe, s’exerce dans le même sens que celle du muscle chargé de l’action principale (muscle agoniste), au moyen d’une contraction simultanée, associée et étroitement coordonnée avec celle de ce muscle.
Dérivé
:

Synergiste
Adjectif

Se dit d’un muscle agissant en synergie avec le muscle chargé de l’action principale (muscle agoniste).
On notera que
:

• On ne doit pas dire: « synergique  »;
• On définit des synergistes homolatéraux et hétérolatéraux
;
• Le point le plus important est qu’un muscle n’est pas globalement synergiste d’un autre muscle
; au contraire, suivant le mouvement en cause il peut être soit synergiste soit antagoniste du même muscle, par exemple:
¬ Les deux droits internes sont synergistes pour la convergence et antagonistes en latéro-version
;
¬ Le droit supérieur et le grand oblique sont synergistes en intorsion mais antagonistes en verticalité (droit supérieur élévateur, grand oblique abaisseur).
Synopt
Préfixe

Préfixe servant actuellement à nommer divers appareils qui permettent l’étude de la vision binoculaire (étymologie: « syn  »: avec; « opsis  »: vision).
Dérivés
: synoptoscope; synoptophore; synoptimètre; etc.