M Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Macro
Préfixe
Préfixe signifiant: « grand  » (gr.).
• Utilisé dans le vocabulaire médical, notamment pour définir des déformations
: macrodactylie, macrocéphalie, macroglossie, etc.
• En physiopathologie visuelle, on parle de
: « macropsie  »: illusion visuelle dans laquelle les objets apparaissent plus grands qu’ils ne paraissent habituellement.
• En strabologie, par contre, le préfixe macro n’a guère été utilisé, ce qui serait cependant utile par opposition aux multiples usages que l’on a fait de son contraire
: « micro  » (cf.).
Synonyme
: méga (ex.: mégacéphalie); mégalo (ex.: mégalocornée).
Antonyme
: micro; mini.
Maddox (Ernst)
Son nom reste attaché aux termes suivants:
Aile de Maddox
Instrument servant à mesurer les phories de près.
Les deux yeux sont séparés par deux écrans placés en sorte que
:
• L’œil gauche voit deux échelles (horizontale et verticale) graduées en dioptries
;
• L’œil droit voit deux flèches, pointées chacune vers une des échelles.
En vision binoculaire, l’emplacement apparent des deux flèches par rapport aux échelles indique la mesure des déviations horizontale et verticale.
Accessoirement, une flèche mobile permet la mesure des cyclophories.
Baguette de Maddox
Accessoire d’optique, fait d’un ensemble de cylindres étroits et longs, juxtaposés parallèlement, et donnant d’une source lumineuse ponctuelle une image linéaire, perpendiculaire à l’axe des cylindres.
Placée devant un œil, la baguette rompt la fusion du fait de la dissemblance entre les images des deux yeux
; elle sert donc à mesurer les déviations, par l’écart entre les deux images des deux yeux (point lumineux, image linéaire).
Variantes
: baguette rouge, baguette blanche; une baguette devant chaque œil; hétérophoromètre binoculaire; mesure des cyclodéviations.
Croix de Maddox
Instrument servant à mesurer les déviations de loin.
Constitué par la combinaison de deux échelles, une verticale, une horizontale, à double graduation (pour 1 m et pour 5 m), et disposées en croix, le point d’intersection étant lumineux.
Elle permet de mesurer
:
• L’angle kappa
;
• Les déviations horizontales et verticales, en association avec la baguette de Maddox
;
• La correspondance rétinienne et les 3 angles du strabisme suivant la méthode de Giessen (verre rouge et post-image, cf.).
Double prisme de Maddox
Accessoire d’optique, fait de deux prismes de 4 dioptries accolés par la base.
Il donne d’une source lumineuse ou non, ponctuelle ou linéaire, une image dédoublée, qui est utilisée pour mesurer les cyclodéviations.
Manifeste
Adjectif
Définition générale: dans le langage usuel, qualifie un fait qui s’impose à l’esprit par son caractère de certitude (Larousse).
En strabologie, on parle donc de « strabisme manifeste  » pour désigner un strabisme dont l’existence est évidente et indubitable, c’est-à-dire
:
• Où la déviation est bien visible et suffisamment grande,
• Où il n’existe aucun élément trompeur.
Le strabisme manifeste se distingue donc de 3 choses
:
• Les pseudo-strabismes (cf.)
: qui sont parfois appelés « strabismes apparents  »; le mot « apparent  » est donc bien distinct du mot « manifeste  »;
• Les strabismes latents (hétérophories)
: où la déviation n’est pas spontanément évidente, et doit être révélée au moyen du cover-test (ou de toute autre manœuvre clinique);
• Les microstrabismes
: où la déviation n’est ni manifeste (elle passe inaperçue à première vue) ni latente (elle est permanente mais très petite).
Il faut cependant remarquer que le mot « manifeste  » ainsi défini est assez ambigu
: car une hétérophorie, une microtropie sont (ou devraient) être tout à fait évidentes, indiscutables, indubitables à condition de faire les examens nécessaires; et donc l’adjectif « manifeste  » ne qualifie en réalité que le jugement du premier coup d’œil, de la simple inspection, avant tout examen proprement dit: c’est de la macroséméiologie.
Synonyme
: patent; évident.
Antonyme
: non pas « latent  », mais plutôt: douteux, incertain, discutable.
Marcus Gunn (syndrome de)
Syndrome congénital comportant typiquement:
• Un ptôsis léger unilatéral
;
• Une rétraction de la paupière supérieure au-delà de sa position normale lors de l’ouverture de la bouche et dans les mouvements de diduction de la mandibule vers le côté opposé
;
• Une parésie du droit supérieur.
Il s’agit d’une syncinésie anormale, qui serait due à des connexions neurales pathologiques.
Micro
Préfixe
Préfixe signifiant: « petit  » (gr.).
• Utilisé dans le vocabulaire médical, notamment pour définir des déformations
: microcéphalie, microphtalmie, microcornée, etc.
• En physiopathologie visuelle, on parle de « micropsie  »
: illusion visuelle dans laquelle les objets apparaissent plus petits qu’ils ne paraissent habituellement.
• En strabologie, le préfixe « micro  » est appliqué à la définition des strabismes à très petit angle (cf. mots dérivés) et des mouvements oculaires non apparents de prime abord (cf.).
Synonyme
: mini.
Antonyme
: macro; méga; mégalo.
Mots dérivés
:
Microdéviation
Terme général pour englober les très petites déviations strabiques: microstrabismes, microphories, microtropies (cf.).
Micromouvements de fixation
Petits mouvements, non visibles au simple examen, dont les yeux sont animés en permanence, même au cours de la fixation apparemment la plus stable.
Synonyme
: micronystagmus; nystagmus de fixation: mauvais termes, surtout le second, car il ne s’agit pas de nystagmus véritable.
Micronystagmus
Mot utilisé dans deux sens différents:
• Soit pour désigner un nystagmus de faible amplitude, non visible à l’œil nu, mais détecté lors de l’examen du fond d’œil à l’ophtalmoscope
: c’est le bon sens qu’il faut utiliser;
• Soit pour désigner les micromouvements de fixation (cf.)
: emploi à éviter, car il ne s’agit pas d’un véritable nystagmus, et il y a de plus équivoque avec le sens précédent.
Microphorie
Terme peu utilisé; pourrait désigner une phorie peu ou pas apparente au cover-test.
Microstrabisme
Synonyme de microtropie (cf.).
Microtropie (Lang, 1966)
Syndrome d’hétérotropie non évidente à la simple inspection, et où le cover-test est soit négatif soit positif, mais avec un très petit mouvement de refixation; les épreuves sensorielles y mettent en évidence des anomalies soit monoculaires (amblyopie) soit binoculaires (neutralisation, correspondance anormale, stéréoscopie altérée).
La définition exacte varie en fait selon les auteurs, d’où les très nombreux synonymes (Parks, 1
971, en recensait au moins 14) et les discussions sur les limites entre disparité de fixation, microdéviations et strabismes à petit angle.
Références: Jampolsky, 1951; Helveston, von Noorden, 1967; Crone, 1969; Bongrand, 1970; Parks, 1971; Lang. 1971, 1973. 1974.

Mœbius (syndrome de)
Définition: syndrome oculomoteur congénital comportant:
• Impossibilité de l’abduction de chaque œil, avec ou sans ésotropie
;
• Paralysie faciale bilatérale, avec impossibilité de la fermeture des paupières
;
• Typiquement dû à une paralysie bilatérale du VI et du VII.
Mono
Préfixe
Préfixe grec signifiant: « seul  ».
D’une façon générale, dans le langage médical, sert à désigner un processus qui concerne un élément unique: ex.: monoplégie, monoarthrite, etc.
En strabologie, le préfixe « mono  » sert essentiellement à exprimer l’usage d’un seul œil à la fois; d’où les dérivés suivants:
Monoculaire
Adjectif
Se dit d’un processus sensoriel ou moteur mettant en jeu l’usage d’un seul œil à la fois.
Il est d’usage d’opposer « monoculaire  » à « binoculaire  »
; cependant ceci n’est pas parfaitement exact:
• D’abord au point de vue grammatical, « monoculaire  » est un mot hybride, mi-grec et mi-latin
; le terme exact serait plutôt: « monophtalmique  », mais celui-ci est utilisé beaucoup plus rarement, et dans un sens restreint; et son opposé devrait être: « di-ophtalmique  », terme en réalité inusité. Par ailleurs, l’opposé de: « binoculaire  » devrait correctement être: « unioculaire  », mot en effet parfois utilisé, mais beaucoup moins couramment que: « monoculaire  ». Cependant l’usage est tellement général qu’on ne peut espérer un changement d’habitude;
• Au point de vue du sens, « monoculaire  » ne présente pas toutes les acceptions diverses de
: « binoculaire  » (cf.) et se réduit à une signification sensorielle ou motrice.
¬ Au point de vue sensoriel, « monoculaire  » signifie
: « vision qui s’exerce avec un seul œil  », mais c’est un sens très global et qui inclut en fait les possibilités suivantes:
ø Second œil absent (énucléé)
;
ø Second œil aveugle
;
ø Second œil amblyope anatomiquement (avec tous les degrés possibles)
;
ø Second œil amblyope fonctionnellement (par strabisme)
;
ø Second œil éliminé artificiellement (par occlusion).
Il est clair que l’utilisation d’un même mot pour toutes ces éventualités est loin d’être satisfaisante, et ne rend pas compte en particulier des multiples gradations possibles.
¬ Au point de vue moteur, « monoculaire  » sert à désigner les mouvements d’un seul œil. Il ne faut pas perdre de vue cependant, que ceux-ci n’existent pas en réalité
: la motilité oculaire est toujours conjuguée, et ce n’est que par un artifice clinique que les deux yeux sont considérés à part l’un de l’autre.
Monofixation
Adjectif
Absence de la bi-fixation fovéolaire normale, en raison d’un scotome de neutralisation central, mais avec présence d’une certaine vision binoculaire, attestée par l’amplitude de fusion et l’existence d’une acuité stéréoscopique appréciable (Parks, 1971).
Selon Parks, il s’agit d’un syndrome, qui peut ou non inclure divers autres signes
: strabisme, anisométropie, lésion maculaire unilatérale, amblyopie, fixation excentrique, orthophorie, hétérophorie, petite tropie, grande phorie sur petite tropie. Selon Lang (1974) la monofixation est plutôt un signe commun à diverses entités cliniques.
Monofixationnel
Adjectif
Qui concerne la monofixation.
Phorie monofixationnelle (Parks, Eustis, 1961).
Déviation tenue partiellement latente par la fusion périphérique, mais où existe une petite déviation tropique résiduelle.
La part phorique se mesure au moyen du cover-test alterné (cf.).
La part tropique se mesure au moyen du cover-test simultané (cf.).
Mouvement
Nom masculin
Terme très général pour désigner un changement, apparent ou réel, de position.
En strabologie, il s’agit essentiellement des mouvements oculaires.
Mouvements macroscopiques de rotation des globes oculaires, conjoints ou disjoints, et d’origine volontaire ou réflexe.
• Macroscopiques
: c’est-à-dire observables directement en clinique sans artifice particulier; ils se distinguent ainsi des micromouvements de fixation, qui n’ont pas d’incidence en clinique usuelle. ‘
• Rotation
: la rotation des globes oculaires se fait autour des axes de Fick, et même autour d’un centre de rotation à peu près fixe. Les mouvements oculaires normaux ne sont donc ni des « translations  » (mouvement d’un corps dont toutes les parties gardent une direction constante), ni des « déplacements  », qui signifient: « changer de place  »: le globe oculaire ne change pas de place, il tourne sur place.
• Globes oculaires
: au pluriel, car les mouvements des yeux sont toujours binoculaires, et ce n’est que par un artifice clinique que l’on oppose les mouvements dits « monoculaires  » (ou ductions) aux mouvements dits « binoculaires  » (versions et vergences).
• Conjoints ou disjoints
: c’est-à-dire de même sens ou de sens opposé; il vaut mieux éviter de dire: « conjugués  », qui est un terme ambigu.
• Volontaire ou réflexe
: cette distinction classique n’est pas exacte (cf. Linksz, 1952), en effet:
¬ « Réflexe  » est un terme de physiologie, qui implique un arc réflexe avec un stimulus initial appliqué à un organe sensible, une voie afférente, un centre réflexe, une voie efférente, un effecteur pour la réaction consécutive
; et même un mouvement dit « volontaire  » est ainsi en bonne partie basée sur des réflexes.
¬ « Volontaire  », au contraire, est un terme de psychologie
; il s’applique au monde phénoménal; son opposé n’est pas « réflexe  », mais: « involontaire  ».
Il est classique de distinguer plusieurs types de mouvements réflexes (cf.) selon qu’ils sont visuellement déclenchés (dits aussi
: « optiquement élicités  », ou « psychooptiques  ») ou déclenchés non visuellement (réflexes posturaux, statiques et kinétiques) (cf.: Réflexe).
Référence: Larmande, 1969.
Mydriase
Nom féminin
Dilatation de la pupille, qu’elle soit physiologique (par ex. à l’obscurité), pathologique (par ex. par paralysie du III) ou pharmacologique (par ex. par Instillation d’un collyre dit mydriatique).
Myo
Préfixe
Il existe en réalité 3 préfixes: « myo  » dont les étymologies sont différentes:
• Le préfixe « myo  » dérivé de
: « muein  » (gr.), verbe signifiant: « cligner de l’œil  »; dans cette acception le préfixe est utilisé dans les mots:
Myosis (ou: miosis)
Nom masculin
Constriction de la pupille, qu’elle soit physiologique (par ex. à la forte lumière), pathologique (par ex. dans le syndrome de Claude Bernard Horner) ou pharmacologique (par ex. par instillation d’un collyre dit myotique).
Myopie
Nom féminin
Amétropie dans laquelle l’image d’un objet à l’infini se fait, en l’absence d’accommodation, en avant du plan de la rétine.
Synonyme
: hypométropie.
Dérivés
: myope (nom et adjectif); myopique (adjectif); myopigène (adjectif).
• Le préfixe « myo  » dérivé de
: « myodes  » (gr.), signifiant: « semblable à une mouche  »; dans cette acception le préfixe est utilisé dans:
Myodésopsie
Nom féminin
Symptôme visuel consistant en la perception entoptique de taches noires et multiples se déplaçant dans le champ visuel.
Synonyme
: mouches volantes.
• Le préfixe « myo  » dérivé de
: « mys  » (gr.) qui signifie: « muscle  »; dans cette acception le préfixe est utilisé dans les mots:
Myectomie
Nom féminin
Section chirurgicale d’un muscle avec résection (c’est-à-dire: ablation) d’une portion de ce muscle.
Myopexie
Nom féminin
Fixation chirurgicale d’un muscle à la sclère. La myopexie peut être isolée, sans désinsertion du muscle: opération de Cüppers (cf.); elle peut se faire par suture ou par adhérences cicatricielles; elle peut être associée à un recul du muscle.
Myotomie
Nom féminin
Section chirurgicale d’un muscle.
Elle peut être
:
¬ Soit partielle
: par encoches marginales, ou fenestration centrale: ce qui produit un allongement du muscle et un affaiblissement de son action;
¬ Soit totale
: simple, sans réinsertion (myotomie libre); ou suivie de réinsertion, en règle avec recul du muscle, parfois avec avancement.