L Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Lancaster (Walter)

Éminent ophtalmologiste américain; il s’intéressa tout particulièrement à la terminologie du strabisme, et un ouvrage comme celui-ci lui doit beaucoup. Par ailleurs son nom reste attaché au test de Lancaster

Test de Lancaster

Test haploscopique d’étude de la déviation strabique et de la motilité oculaire;

• Les deux yeux étant dissociés par des lunettes rouge - vert;
• Les fentes lumineuses correspondantes étant projetées sur un écran où chaque carré représente 4 degrés (soit 7 dioptries)
;
• Un schéma résumant les résultats dans les diverses positions étudiées.
Bibliographie: sur la terminologie: Lancaster, 1932, 1943, 1950. Sur le test: Lancaster, 1939.
Latence
Nom féminin

Caractéristique d’un déséquilibre oculomoteur spontanément inapparent et dont l’existence doit être révélée au moyen d’une manœuvre clinique.
On parle ainsi de
:

• Strabisme latent: strabisme qui n’apparaît que lors d’une dissociation suffisante. C’est la définition même de l’hétérophorie (cf.: Hétérophorie);
• Nystagmus latent
: nystagmus qui n’apparaît que lors de l’occlusion d’un des yeux.

Le qualificatif de « latent  » est souvent étendu à tout caractère sous-jacent et non apparent à première vue; on parle par ex. de « correspondance rétinienne normale latente  » si un examen minutieux découvre des éléments de normalité que l’examen standard n’avait pas révélés.
La notion de latence en strabologie doit être bien distinguée de
:

• L’inapparence: celle-ci désignant des déviations si petites qu’elles échappent au premier examen (microtropies); une hétérophorie, au contraire, est souvent très évidente dès qu’on pratique le cover-test.
• La latence au sens psychophysiologique
: qui sert à désigner un délai temporel comme dans l’expression: « temps de latence  »: temps qui s’écoule entre l’application d’un stimulus et l’instant où apparaît la réponse de l’organisme stimulé.
• L’opposé de « latent  » est soit « manifeste  » soit « patent  » (cf.)
; cette opposition n’est pas cependant entièrement satisfaisante, car ces termes ne sont pas radicalement opposés à « latence  ».
Lavat (Jean)

Son nom reste attaché aux termes suivants:

Angle Objectif de l’Espace (AOE) de Lavat

Nom donné au point de rencontre des deux axes visuels du strabique, et antérieurement non spécifié. L’AOE se trouve sur l’horoptère du strabique, et la stimulation bi-rétinienne, en ce point, tend à réveiller la correspondance normale sous-jacente.

Bibliographie: Lavat et coll., 1966.
Déviomètre de Lavat

Appareil servant à mesurer la déviation, par prismes et cover-test, dans les différentes directions du regard. La superposition des résultats des deux yeux se fait sur le même schéma.

Bibliographie: Lavat, 1957.
Méthode de Lavat

Méthode de traitement dans l’espace libre du strabisme à partir de l’Angle Objectif de l’Espace (cf.).

Opération de Lavat

Méthode chirurgicale destinée au traitement des formes alphabétiques de strabisme, et consistant en un recul inégal des deux extrémités du muscle en cause suivant le type à traiter; la réinsertion du muscle est donc inclinée par rapport à l’insertion initiale (recul oblique).

Bibliographie: Lavat, Bons, 1972.
Plicateur de Lavat

Instrument de chirurgie permettant de réaliser un plissement musculaire quantifié, pour renforcer un muscle par raccourcissement.

Bibliographie: Lavat, 1961.
Ligne
Nom féminin

Le mot « ligne  » est utilisé en strabologie pour désigner des termes d’optique géométrique. Il se distingue théoriquement du mot « axe  » (cf.) mais en pratique les deux sont employés de façon quasi interchangeable.
On utilise principalement les termes suivants
:

Ligne de base

Segment de droite joignant les centres de rotation des deux yeux.

Ligne de direction

Droite joignant le premier point nodal (ou point nodal antérieur, ou point nodal objet, ou encore le point nodal unique de l’œil réduit) à un point objet de l’espace.
Il ne faut pas confondre cette « ligne de direction  », qui est une entité d’optique géométrique, avec la « direction visuelle  », notion subjective (cf.).
La ligne de direction privilégiée qui passe par le point objet de fixation et par la fovéola est dite
: « ligne principale de direction  ».
Synonyme
: axe visuel.

Ligne du regard

Droite joignant le centre de rotation de l’œil au point objet de fixation.
Grand intérêt en strabologie, puisqu’il est directement lié à la notion de motilité oculaire.
Synonyme
: axe de fixation.

Ligne de traction

Ligne tangente au globe oculaire, au point où le corps musculaire en son centre entre en contact avec le globe oculaire (point tangentiel).
Elle indique la direction de traction et d’action du muscle oculomoteur considéré, à un instant donné.

Ligne de visée

Droite joignant le centre de la pupille d’entrée à un point objet de l’espace.
La ligne de visée privilégiée qui joint le centre de la pupille d’entrée au point objet de fixation est dite
: « ligne principale de visée  ». Celle-ci est importante en strabologie, car parfaitement concrète, réunissant deux points objets facilement observables. Néanmoins elle n’a pas reçu de nom particulier pour la définir, ce qui est sûrement une lacune.

Listing (Johann Benedikt)

Savant allemand, un des fondateurs de l’optique physiologique, et dont le nom reste attaché aux termes suivants:

Loi de Listing

Tout mouvement oculaire exécuté à partir de la position primaire peut être considéré comme se faisant autour d’un axe situé dans le plan équatorial et perpendiculaire au plan qui passe par les points de fixation, initial et final, et par le centre de rotation de l’œil.
En d’autres termes, cette loi sert à définir la notion de position primaire (cf.), qui est donc cette unique position où s’applique la loi de Listing.

Œil réduit de Listing

Concept théorique, décrivant le système optique de l’œil comme s’il ne comportait qu’une seule surface réfractive, avec un seul point nodal, un seul point principal, et un indice de réfraction uniforme.

Plan de Listing

Plan frontal, déterminé par les axes, vertical (axe Z), et transversal (axe X) de Fick, et dans lequel s’effectuent les mouvements du globe à partir de la position primaire, autour d’axes de ce plan.

Local (signe)

Concept théorique (Lotze, 1852) par lequel chaque unité réceptrice est supposée douée de la propriété de distinguer sa stimulation de celle des unités réceptrices voisines, et par suite de localiser différemment dans l’espace l’origine de cette stimulation. La théorie du signe local exprime donc en d’autres termes ce qui a été défini comme la « localisation relative  ».

Localisation
Nom féminin

Le mot « localisation  » a en médecine deux sens bien différents:

• Sens anatomo-physiologique: pour dire qu’une partie du cerveau a une certaine fonction: on parle alors de « localisation cérébrale  ». L’une d’elles concerne la vision, localisée dans l’aire occipitale, mais en strabologie les aires motrices (surtout frontale) ont aussi un rôle important.
• Sens psychosensoriel
: pour définir un processus perceptif par lequel le sujet assigne subjectivement à un stimulus donné une certaine direction et distance dans l’espace, ou le situe dans le temps. Cette localisation subjective est valable pour tous les organes sensoriels, mais en strabologie on est essentiellement concerné par la localisation visuelle.
Localisation visuelle

Processus perceptif par lequel le sujet définit subjectivement dans son espace visuel la direction et la distance d’un stimulus visuel donné.
Il faut formellement distinguer la localisation des objets visuels tels que nous les percevons subjectivement de la situation objective des objets physiques dans l’espace physique. Il faut absolument écarter l’usage du mot « localisation  » pour parler des objets physiques (préférer
: « situation  », « place  » ou « emplacement  »).
La localisation visuelle se fait en théorie à partir de données exclusivement visuelles, mais en réalité les mécanismes intersensoriels ne sont guère dissociables les uns des autres et la localisation visuelle se fait en fonction du schéma corporel global.
Il convient de bien distinguer de la localisation
:

• Outre la « situation  » physique des objets physiques;
• D’une part
: « l’orientation  » qui est la localisation du sujet telle que celui-ci la ressent par rapport à un cadre de référence global (visuel et non-visuel);
• D’autre part la « 
projection  » mot extrêmement dangereux et équivoque, qu’il vaut mieux éviter (cf.).

Diverses expressions dérivent du terme global « localisation  » et on distingue ainsi:

Localisation relative: localisation des objets visuels les uns par rapport aux autres. Il ne faut pas la confondre avec la situation (physique) des objets (physiques) les uns par rapport aux autres. La localisation relative se fait en règle par référence à l’objet de fixation, qui sert de pôle des coordonnées visuelles subjectives;
Localisation absolue: terme assez ambigu qui désigne en général la localisation des objets visuels par rapport à l’observateur pris comme centre de référence. Mais il s’agit de l’observateur subjectif, du schéma corporel tel qu’il est ressenti par le sujet; il ne faut pas le confondre avec le corps objectif, l’organisme physique même du sujet;
Localisation égocentrique: terme synonyme du précédent, mais beaucoup plus clair, car il souligne le caractère subjectif, perçu, du phénomène, et on devrait donc le préférer;
Localisation oculocentrique: terme parfois utilisé, mais très ambigu, et qu’il vaut mieux éviter.
Loi
Nom féminin

Cf. Aux noms: Desmarres, Hering, Listing.

Loucher
Verbe

Terme du langage courant pour indiquer l’existence d’un strabisme.
Mot considéré comme peu scientifique, mais qui a au moins deux qualités
:

• D’une part, il s’agit d’un verbe, alors qu’il n’existe pas de verbe équivalent dans le langage médical; on doit utiliser une circonlocution comme: « présenter une hétérotropie manifeste  »;
• D’autre part, il est simple et compréhensible pour tout le monde (comme
: « daltonisme  »).

Dérivés:

Loucherie

Synonyme de: strabisme; désuet.

Louchette

Obturateur pour réaliser une occlusion thérapeutique; désuet.

Loucheur

Synonyme de strabique.

Lourd (œil)

Expression pour décrire l’hyperphorie qui accompagne fréquemment les anisométropies.
En cas d’anisohypermétropie, l’œil le plus hypermétrope est le plus haut. En cas d’anisomyopie, l’œil le plus myope est le plus bas.
Tout se passe donc comme si l’œil le plus gros était toujours le plus bas, comme entraîné par son poids.

Lustre
Nom masculin

Mode d’apparence d’une surface éclairée, telle qu’elle semble recouverte d’une pellicule brillante et miroitante à travers laquelle elle est perçue.
Le type de lustre qui intéresse la strabologie est le
lustre binoculaire:
Type de lustre induit par l’observation haploscopique permettant de superposer deux surfaces de formes et de contours analogues mais différents en luminance (par ex.
: blanche et noire) et accessoirement en couleur (lustre polychromatique).
Le lustre binoculaire est, comme la stéréoscopie, une sensation originale, propre à la vision binoculaire
; il a donc un intérêt certain pour étudier la coopération des deux yeux, mais il a été peu utilisé en pathologie (stéréogrammes de Sachsenweiger).
Synonyme
: lustre stéréoscopique: terme ambigu, qu’il vaut mieux éviter; phénomène de Dove.