Introduction Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Introduction
« Allons, ne faites pas de verbalisme médical.
Excusez-moi. Rien ne déteint comme ce délicieux et fécond dialecte. On le raille, on le singe, parfois… Mais, croyez-moi, même chez Molière ou chez Rabelais, se devine la secrète et envieuse admiration de l’homme de lettres pour un langage où la libre invention des mots est admise, où la fantaisie totale est, en quelque sorte, basale et constitutionnelle.  » Paul Valéry, L’Idée Fixe.

Le vocabulaire utilisé dans l’étude du strabisme souffre des mêmes maux que l’ensemble du vocabulaire médical : absence de normalisation des termes ; signification ambiguë de multiples mots ; prolifération de néologismes discutables, pour tenter de suivre la rapide évolution des conceptions pathogéniques et thérapeutiques. Il est certain, cependant, que la terminologie strabologique présente des difficultés particulières. Le grand Walter Lancaster fut, sans doute, le premier à en être pleinement conscient et à y insister dans de multiples publications. Il est bien frappant que nombre de traités sur le strabisme (ceux de Keith-Lyle, de Bedrossian, de Hugonnier, de Bredmeyer et Bullock entre autres) soient pourvus d’un glossaire, et que la British Orthoptie Society en ait édité un en fascicule séparé. Enfin, les instances internationales ont aussi tenté de rationaliser cette terminologie, (par exemple lors du congrès de Giessen (1 966), sous l’éminente direction de Linksz). Ces efforts renouvelés, et dont on ne voit guère l’équivalent dans d’autres branches de l’ophtalmologie, témoignent clairement de la difficulté propre au vocabulaire du strabisme.

Principes de ce livre
Le présent livre n’est pas exactement un glossaire, mais plutôt un dictionnaire raisonné ; les principes généraux d’un tel ouvrage sont parfaitement exposés dans le « Guide de lexicographie médicale  », Annexe n° 6 du « Dictionnaire français de médecine et de biologie  » (Masson éd., Paris), auquel nous nous permettons de renvoyer le lecteur. Nous dirons quelques mots, par contre, des principes particuliers à ce livre, qui tiennent à la nature même de la terminologie strabologique. Les mots spécifiques à cette discipline qui nécessitent une explication peuvent se classer en trois catégories : mots de physiopathologie de la motilité oculaire ; mots de physiopathologie de la vision binoculaire ; mots concernant les traitements. C’est donc sur ces termes que porte notre attention dans ce livre. En revanche, il n’est pas nécessaire d’envisager des mots d’anatomie, d’optique, etc. Certes, la définition de ce·qu’est le « grand oblique  » ou « l’astigmatisme  » est fort nécessaire en strabologie ; mais ce ne sont pas de tels mots qui sont embarrassants, notamment pour le débutant, et ils sont d’ailleurs fort bien définis dans d’autres ouvrages. Nous nous limitons donc strictement aux mots du strabisme lui-même.

Règles pratiques de ce livre
Une revue du vocabulaire est d’abord un constat des mots existants, mais un constat critique, associé à des choix et des recommandations, et pour lesquels nous avons obéi aux critères suivants :
  • N’introduire aucun mot nouveau : il n’y en a déjà que trop, aux significations discutées selon les écoles (pensons par exemple à « microtropie  » ou à « blocage  » !) ; beaucoup sont éphémères ; et certains font double emploi (quelle différence, par exemple, entre « suppression  » et « neutralisation  » ?) ;
  • Généraliser le sens de certains mots courants, mais dont l’emploi paraît trop restreint, et qui répondent en fait à un concept général (par exemple : « incomitance  », mot que l’on peut appliquer, comme le souligne pertinemment Quéré, à toute variation spatiale de l’angle de déviation) ;
  • Déconseiller les termes ambigus, notamment ceux qui mélangent objectif et subjectif, donnée physique et perception sensorielle (par exemple le mot « projection  », qui a été utilisé pêle-mêle pour désigner la « projection d’images sur un écran  », ou la « projection corticale de la rétine  », ou la « projection spatiale des impressions visuelles  », etc.) ;
  • Ne pas citer tous les mots démodés, qui encombrent inutilement beaucoup de dictionnaires. Une exception, cependant, a été faite pour certains mots considérés comme désuets et peu utilisés, mais qui ont le mérite d’être clairs et sans réel équivalent (par exemple le mot « haplopie  », qui ne peut être rendu que par une formule plus compliquée, comme « vision binoculaire simple  ») ;
  • Se limiter strictement à définir les mots ; les commentaires sont seulement destinés à les expliquer, et à signaler les ambiguïtés. Il n’y a donc, sauf exceptions, ni séméiologie clinique, ni discussion pathogénique, ni mode d’emploi des instruments, ni descriptions chirurgicales dans ces définitions ; tout ceci est le rôle des manuels de strabisme, dont nous donnons la liste en fin de volume ;
  • Les types de mots répertoriés (ou du moins d’unités de langage utilisées) sont les suivants :
    • Les lettres : qui servent à désigner en strabologie, soit des axes (axes X, Y et Z de Fick), soit des formes cliniques (strabismes dits alphabétiques), etc.
    • Les noms : qui peuvent être classés en 3 rubriques :
      • Noms généraux, mais avec 3 niveaux de complexité : les noms très élémentaires (exemple : angle) ; les noms plus élaborés (exemple : angle de déviation) ; les noms complexes (exemple : incomitance de l’angle de déviation) ;
      • Noms spécifiques (par exemple ceux qui servent à désigner un instrument orthoptique ou une modalité chirurgicale) ;
      • Noms propres, où sont regroupés tous les signes, syndromes, instruments, etc., qu’on dénomme habituellement d’après un auteur, ce qui est aussi une manière de rendre hommage à maints grands noms de la strabologie ;

    • Les adjectifs et les verbes sont rares et généralement indiqués dans les mots dérivés du nom correspondant ;
    • Les préfixes et suffixes sont par contre largement utilisés parce qu’ils permettent de regrouper logiquement des termes voisins, mais aussi de lever certaines ambiguïtés (par exemple : « myo  », qui a trois sens différents) ;
    • Certains termes anglo-saxons sont couramment utilisés en France (exemple : « cover-test  ») ; il paraît légitime de les conserver, dans la mesure où il n’existe pas d’équivalent en français, ou quand celui-ci est lourd ou ambigu ;
    • Enfin, quelques termes de ce « Dictionnaire du Strabisme  » se présentent plutôt sous forme de chapitre explicatif que de définitions proprement dites (c’est notamment le cas pour les termes : « abréviations strabologiques  » et « classification  ») ; ils nous ont néanmoins paru nécessaires dans un tel ouvrage ;

  • Quant aux références du texte, elles comportent seulement le nom du premier auteur et l’année de parution ; la liste des références est en fin d’ouvrage, mais on a séparé les références d’articles de revue (groupées sous le titre : « références  ») et les livres et traités (groupés sous le titre : « bibliographie  »), qui incluent non seulement les livres cités dans le texte, nais aussi un ensemble de livres importants sur le strabisme (cf. : « Documentation bibliographique  »).
    Enfin, on ne manquera pas de remarquer la stricte limitation du nombre des mots principaux (moins de 200) ; le but de ce livre étant de cerner et clarifier les concepts du strabisme, autant que d’en définir les termes. Bien entendu, les définitions et les recommandations proposées n’ont aucun caractère dogmatique ; ce sont des suggestions ouvertes à la discussion, afin de mieux comprendre la difficile terminologie strabologique.


Remerciements
Un livre comme celui-ci est essentiellement à base de documentation, et je remercie donc tous ceux qui m’ont aidé pour le réaliser : et notamment Madame Charles, inlassable bibliothécaire du Centre National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts ; la bibliothèque Javal ; le docteur Decour et le Centre de Documentation des Laboratoires Chibret.
Je remercie également les laboratoires et sociétés dont la participation sous forme de publicité a permis l’édition de ce livre.

Liste des annonceurs
Laboratoires et Sociétés : Alcon (POS & Biophysic Medical SA), Bausch & Lomb (Chauvin-Blache), Luneau, Allergan, Merck (Chibret), Moria, Essilor (BBGR) & Lissac.

Abréviations utilisées dans le texte
all. : Allemand
angl. : Anglais
biblio. : Bibliographie
cf. : se reporter au mot en question
étym. : Étymologie
gr. : Grec
lat. : Latin
par ex. : Par exemple
pron. : Prononciation
réf. : Référence
trad. : Traduction