D Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Décompensation
Nom féminin
Définition générale : état pathologique au cours duquel l’équilibre normal troublé par un processus pathologique ne peut être rétabli, même au moyen d’un travail de suppléance effectué par les parties de l’organisme non concernées initialement par cet équilibre, ou par les parties restées saines lors du processus pathologique.
Alors que le concept de compensation peut s’appliquer à des processus physiologiques ou pathologiques (cf. : compensation), la décompensation est toujours un phénomène pathologique. Elle traduit le fait que les processus de compensation sont dépassés, débordés, par l’importance des processus pathologiques.
  • En strabologie, le terme de « décompensation  » a d’abord été appliqué aux hétérophories : une hétérophorie est dite décompensée si elle provoque des symptômes fonctionnels.
  • En fait ce sens est beaucoup trop étroit, et il paraît légitime d’étendre la notion de décompensation à :
    Tout état pathologique où les processus sensoriels ou moteurs de suppléance qui contrebalançaient, partiellement ou complètement, les effets nocifs d’une perturbation de l’oculomotricité ou de la vision binoculaire, ne sont plus capables de le faire.
  • On pourra distinguer 3 sortes de décompensation :
    • La décompensation fonctionnelle : constituée par l’ensemble des symptômes fonctionnels qui gênent le sujet ;
    • La décompensation sensorielle : les processus de suppléance ne sont plus capables de maintenir la vision binoculaire normale, et il existe, par exemple : confusion ; diplopie ; horror fusionis ; etc.
    • La décompensation motrice : les processus de suppléance ne sont plus capables de maintenir la stabilité oculaire normale, et il existe par exemple : déviation au cours d’une phorie-tropie ; absence de blocage d’un nystagmus ; etc.
    • Bien entendu, la décompensation est en fait souvent mixte ; et par exemple il peut exister à la fois une diplopie (décompensation sensorielle) et une déviation oculaire (décompensation motrice) dans la phase tropique d’une phorie-tropie ; ou encore il peut exister à la fois une oscillopsie (décompensation sensorielle) et un mouvement nystagmique (décompensation motrice) dans un nystagmus latent en vision monoculaire ; etc.
    • Enfin, il existe des degrés dans la décompensation ; et il serait logique de distinguer entre la décompensation partielle, encore réversible spontanément, et la décompensation complète, qui n’est plus réversible d’elle-même, et qui nécessitera donc un traitement actif.

Défocalisation
Nom féminin
Toute circonstance où l’objet fixé par l’œil ne forme pas une image nette sur la rétine.
En optique physiologique, le terme de focalisation (cf.) désigne le processus qui amène sur la rétine une image nette de l’objet fixé par l’œil.
Le terme « défocalisation  » est un néologisme forgé pour désigner le processus inverse.
On peut distinguer diverses sortes de défocalisation :
  • Défocalisation amétropique
    Défocalisation due à une amétropie et compensable (hypermétropie) ou non (myopie, astigmatisme) par l’accommodation.
  • Défocalisation anisométropique
    Défocalisation d’un des yeux quand l’autre est focalisé, en rapport avec l’inégalité de réfraction des deux yeux, l’accommodation étant normalement à peu près symétrique.
  • Défocalisation forcée
    Défocalisation artificiellement induite par un verre approprié ou par un cycloplégique, utilisée dans le traitement de l’amblyopie strabique ; c’est le principe de la pénalisation (cf.).

Déneutralisation
Nom féminin
Ensemble des méthodes optiques et orthoptiques ayant pour but de supprimer la neutralisation qui se produit dans le strabisme au cours de l’acte binoculaire.

Desmarres (règle de)
Règle mnémonique commode pour la localisation relative des images visuelles perçues au cours de la diplopie horizontale :
  • Quand les axes se croisent les images se décroisent (c’est-à-dire : dans une ésotropie la diplopie est homonyme) ;
  • Quand les axes se décroisent, les images se croisent (c’est-à-dire : dans une exotropie la diplopie est croisée).
    Ces règles ne sont naturellement valables qu’en cas de correspondance rétinienne normale, en particulier au cours des paralysies oculomotrices ; elles ont de plus l’inconvénient de n’être valables que dans les déviations horizontales ; une règle plus générale est :
  • La fausse image est localisée dans la direction du muscle déficient, qui est valable dans toutes les formes de déviations.

Désocclusion
Nom féminin.
Mode de suppression d’une occlusion monoculaire pratiquée pour le traitement de l’amblyopie strabique.

Déviation
Nom féminin
Définition générale : écart de la normale, qu’il s’agisse d’un objet concret (déviation d’une route) ou plus ou moins abstrait (déviation d’un rayon lumineux ; d’un axe géométrique ; voire d’un comportement).
En strabologie et en oculo-motricité, les principaux termes dérivés sont :

Déviation basique
Déviation existant en l’absence de fusion, les yeux en position primaire, fixant à l’infini, et après élimination de l’accommodation (Lancaster, 1 950 ; Costenbader, 1 958).
Pour éliminer l’accommodation et la convergence qui en dépend, la seule correction optique complète ne suffit pas toujours, et des techniques de supplément peuvent être nécessaires, par exemple pour extérioriser une exotropie basique (Burian, 1 971).

Déviation conjuguée
Déviation des deux yeux ensemble, dans le même sens, de façon parallèle.
Il s’agit en règle d’un signe neurologique et non de strabologie proprement dite.

Déviation primaire
Expression ambiguë qui peut avoir trois sens différents :
  • Dans une paralysie oculomotrice : désigne la déviation qu’on mesure quand l’œil non paralysé est utilisé pour la fixation ;
  • Dans un strabisme, paralytique ou non : désigne la déviation qu’on mesure quand l’œil habituellement fixateur est utilisé pour la fixation ;
  • Dans un strabisme : indique le caractère idiopathique, sans cause évidente, du strabisme (il est plus exact alors de dire : « primitif  »).

Déviation secondaire
Expression ambiguë qui peut avoir trois sens différents :
  • Dans une paralysie oculomotrice : désigne la déviation qu’on mesure quand l’œil paralysé est utilisé pour la fixation ;
  • Dans un strabisme, paralytique ou non : désigne la déviation qu’on mesure quand l’œil habituellement dévié est utilisé pour la fixation ;
  • Dans un strabisme : indique le caractère étiologique du strabisme, survenu consécutivement à une cause connue (par ex. : exotropie due à la surcorrection chirurgicale d’une ésotropie).

Déviation strabique
Caractéristique d’un strabisme qui spécifie, de manière qualitative et quantitative, et au moyen de multiples paramètres, comment un des yeux (dit œil dévié) occupe par rapport à l’autre œil une position qui s’écarte de la position de référence définissant l’équilibre oculomoteur normal (position primaire, position de fixation).
La déviation strabique est un des concepts de base de la strabologie ; il n’est pas aisé d’en donner une définition simple, et elle peut être décrite au moyen de 8 paramètres qui servent aussi à la classification des strabismes et qui sont les suivants :
  • Sens de la déviation ;
  • Caractère manifeste ou latent ;
  • Dominance d’un œil ;
  • Taille de l’angle ;
  • Variations temporelles : constance ; intermittence ; strabisme cyclique ;
  • Variations spatiales : concomitance, incomitance ;
  • Chronologie de la déviation ;
  • Étiologie.
(cf. tous ces mots).

Diplopie
Nom féminin
Vision double.
Plus précisément : phénomène visuel consistant en la perception en deux endroits distincts de l’espace de deux images visuelles identiques, déclenché par un objet de fixation unique (ou par son équivalent haploscopique), et dû à la stimulation de points rétiniens des deux yeux suffisamment disparates pour que les images visuelles ne puissent être ni fusionnées, ni perçues en stéréoscopie.
  • Cette définition complexe correspond à la diplopie binoculaire très généralement rencontrée en clinique ; elle n’inclut cependant pas :
    • La diplopie dite « homo topique… : perception de deux images visuelles au même endroit (synonyme de : « confusion…) ;
    • La diplopie monoculaire : perception de deux images visuelles par un seul œil ;
    • La polyopie : perception de plus de deux images (triplopie, tetraplopie).
      Elle s’oppose par définition à l’haplopie (cf.).

  • Les expressions dérivées sont nombreuses, mais ne font en général que désigner des modalités particulières de diplopie ; et on citera donc seulement :
    • Diplopie croisée (ou hétéronyme), diplopie directe (ou homonyme) ;
    • Diplopie proximale, diplopie distale ;
    • Diplopie horizontale, verticale, torsionnelle ;
    • Diplopie conforme à la règle (de Desmarres, cf.), diplopie paradoxale (non conforme à la règle) ;
    • Diplopie pathologique, opposée à la diplopie physiologique (cf.).

On insistera enfin sur deux modalités importantes :

Diplopie physiologique
Forme de diplopie binoculaire, réalisable chez le sujet normal dans des conditions artificielles de vision, où le sujet porte son attention sur les objets situés en avant ou en arrière du point de fixation, c’est-à-dire en dehors de l’horoptère.
Les objets situés au-delà du point de fixation sont perçus en diplopie croisée ; les objets situés en deçà du point de fixation sont perçus en diplopie homonyme.
Antonyme : diplopie pathologique.

Diplopie provoquée
Forme de diplopie obtenue par une manœuvre clinique dissociant les deux yeux de façon suffisante.
Antonyme : diplopie spontanée.
La diplopie de provocation (Sedan, 1 949) est une forme particulière de diplopie provoquée ; elle consiste en la mise en place temporaire d’un prisme de forte puissance déclenchant une diplopie insurmontable. Lors du retrait du prisme cette diplopie disparaît aussitôt chez le sujet normal ; elle persiste au contraire un certain temps en cas de paralysie oculomotrice antérieure, ce qui en permet le diagnostic rétrospectif.

Direction
Nom féminin
Le concept général de direction est un concept dynamique signifiant : « mouvement orienté, soit vers un point donné, soit à partir d’un point de référence donné  ». Il s’entend du plus concret (« côté vers lequel une chose va  », Littré) au plus abstrait (direction d’une affaire ; direction de conscience). Cette dualité se retrouve en strabologie où le mot « direction  » est utilisé aussi bien dans un sens concret et géométrique que pour décrire des phénomènes subjectifs. Nous envisagerons cinq expressions dérivées primordiales :
  • Direction du regard,
  • Direction d’un mouvement oculaire,
  • Ligne de direction,
  • Direction visuelle,
  • Direction tout droit.
Direction du regard
Concept désignant la direction dans laquelle sont orientés, à un instant donné, les axes de fixation des deux yeux.
  • Il convient de distinguer : « direction du regard  » de « position des yeux  » ; les deux expressions désignent en fait la même chose, mais « direction  » et « regard  » sont des termes plutôt abstraits alors que « position  » et « yeux  » sont concrets, directement visibles par l’observateur ; pour cette même raison, il paraît logique de ne pas dire : « position du regard  » ou « direction des yeux  ».
  • Il faut aussi distinguer : « direction du regard  », notion statique qui définit une situation instantanée, de : « direction du mouvement des yeux  », notion dynamique qui définit un processus d’une certaine durée (cf.).
Direction d’un mouvement oculaire
Direction de l’espace dans laquelle se déplace la ligne de fixation d’un œil, ou des deux yeux, pour faire passer cet œil, ou les deux yeux, d’une position à une autre.
  • On parle toujours « d’un œil  » au point de vue théorique, mais bien entendu dans la réalité il s’agit toujours d’un mouvement des deux yeux de façon conjuguée, même si on ne s’intéresse qu’aux ductions monoculaires.
  • Il faut distinguer : « direction d’un mouvement oculaire  », notion dynamique qui définit un changement d’une certaine durée, de : « direction du regard  », notion statique qui définit une situation instantanée (cf.).
Ligne de direction
On appelle ligne de direction toute demi-droite joignant le point nodal (premier point nodal, point nodal antérieur ou point nodal unique de l’œil réduit) à un quelconque point objet.
  • Cette demi-droite peut être prolongée à partir du point nodal jusqu’à la rétine ; l’ensemble des lignes de direction forme donc un faisceau de droites :
    • Centrées sur le point nodal,
    • Partant des divers points objets de l’espace,
    • Et aboutissant à divers points rétiniens.

  • Dans ce faisceau de lignes de direction, deux sont essentielles en strabologie :
    • D’une part, la ligne de direction qui passe à la fois par le point objet de fixation et par la fovéola ; c’est la ligne principale de direction, encore appelée, par définition, axe visuel ;
    • D’autre part, la ligne de direction qui, dans l’œil dévié du sujet strabique, passe à la fois par le point objet de fixation (fixé par l’autre œil) et par un point rétinien périphérique (point zéro, ou point de Harms, cf.) ; l’angle formé entre cette ligne de direction et l’axe visuel de l’œil dévié constitue l’angle objectif du strabisme.

  • Le concept de ligne de direction appartient à la géométrie de l’optique physiologique ; on peut en dessiner un schéma exact ; c’est donc un concept abstrait, certes, mais qui appartient néanmoins au monde physique, objectif. La notion de « ligne de direction  » s’oppose donc ainsi à celle de « direction visuelle  », concept subjectif, avec laquelle il ne faut pas la confondre ; et il est regrettable que le même mot de : « direction  » soit utilisé dans les deux cas pour les définir.

Direction visuelle
Concept exprimant la localisation subjective des objets visuels relativement les uns aux autres, en vision monoculaire ou binoculaire.
  • Le concept de « direction visuelle  » appartient à l’espace subjectif, perçu, phénoménal ; il ne doit pas être confondu avec celui de « ligne de direction  » qui est une notion géométrique appartenant au monde physique (cf.).
  • La notion de « direction visuelle  » n’implique pas d’idée de distance, mais seulement une certaine orientation relative.
  • Le concept de « direction visuelle  » concerne seulement la localisation relative des objets les uns par rapport aux autres ; il doit être soigneusement distingué du concept de « localisation égocentrique  », ou localisation « absolue  » qui concerne la localisation des objets visuels par rapport au sujet lui-même (cf. : Walls, 1 951).
  • On distingue de plus les catégories suivantes de « directions visuelles  » :
    • Direction visuelle monoculaire
      Directions visuelles telles que les perçoit le sujet avec un seul œil.
    • Direction visuelle binoculaire
      Directions visuelles telles que les perçoit le sujet en vision binoculaire, et caractérisé par le fait qu’il existe une « direction visuelle commune  » aux deux yeux pour chaque objet perçu.
      Cette « direction visuelle commune binoculaire  » est liée à la notion de points rétiniens correspondants, qu’elle sert d’ailleurs souvent à définir.

Direction visuelle principale
Direction visuelle privilégiée.
  • Au point de vue sensoriel, par le fait que l’objet perçu est le mieux vu (vu le plus nettement, le plus précisément, avec la meilleure discrimination visuelle) ;
  • Au point de vue moteur, par le fait que c’est la direction visuelle de valeur oculomotrice zéro (cf.), (c’est-à-dire qu’aucun mouvement de refixation n’est nécessaire pour que le sujet fixe le point objet de fixation).
C’est la combinaison de ces deux éléments qui fait que la « direction visuelle principale  » est ressentie par le sujet comme référence subjective des coordonnées visuelles, autour de laquelle s’organisent les directions visuelles secondaires.
En physiologie normale, la « direction visuelle principale  » sera donc le fait de la fovéola.
En pathologie, les deux composantes peuvent être perturbées isolément (excentric viewing) ou concurremment (fixation excentrique vraie) (cf. : Fixation).

Direction visuelle secondaire
Direction visuelle perçue par le sujet comme orientée dans l’espace visuel autour de la direction visuelle principale.
Toute direction visuelle secondaire est donc caractérisée :
  • Au point de vue sensoriel, par le fait que l’objet visuel correspondant est moins bien vu qu’il ne le serait dans la direction visuelle principale ;
  • Au point de vue moteur, par le fait que la valeur oculomotrice est positive (cf.) (c’est-à-dire qu’un mouvement de refixation est nécessaire pour que le sujet fixe le point objet).
En physiologie normale tout ceci est vrai, mais en pathologie les composantes peuvent être perturbées de façon dissociée.

Direction tout droit
Concept exprimant la localisation subjective d’un objet visuel par rapport au sujet (localisation égocentrique), comme siégeant en un point situé à l’intersection du plan sagittal et du plan horizontal subjectifs.
  • La direction tout droit appartient à la localisation égocentrique, c’est-à-dire la localisation subjective des objets visuels par rapport au corps du sujet tel que celui-ci le ressent (schéma corporel, image du corps) ; on l’appelle parfois localisation absolue, pour la distinguer de la localisation relative des directions visuelles.
  • Il ne faut donc pas confondre « direction visuelle principale  » et « direction tout droit  ». La première est un concept de localisation relative des objets entre eux. La seconde est un concept de localisation absolue des objets par rapport au sujet ; les deux ne coïncident que dans le seul cas précis et restreint où les deux yeux, la tête, le cou, le tronc, le corps, sont dans la position dite primaire, ou fondamentale, ou « naturelle  » (notion plutôt vague !) mais pas dans les autres.
Disparité
Nom féminin
Définition générale : absence d’égalité entre deux éléments que l’on compare.
En strabologie, on parle de :
Disparité binoculaire
La définition est un peu différente selon que l’on parle d’un point objet ou d’un objet complexe.
  • Pour un point objet :
    On dit qu’il existe une disparité binoculaire si les deux images rétiniennes de ce point ne se forment pas sur des points rétiniens exactement correspondants.
  • Pour un objet complexe :
    On dit qu’il existe une disparité binoculaire si les deux images rétiniennes de cet objet présentent une inégalité de taille, de forme, telle qu’elles ne se forment pas sur des zones rétiniennes exactement correspondantes.


Disparité de fixation
Variété de disparité binoculaire suffisamment faible pour n’empêcher ni la fusion ni la vision stéréoscopique.
La disparité de fixation est un phénomène normal, dont l’amplitude moyenne est de 5 à 10 minutes d’arc. Ce n’est pas une phorie, mais elle s’y associe souvent, et elle est dans le même sens. Ce n’est pas non plus une microtropie, mais elle est dans certains cas une forme de transition entre la vision binoculaire normale et pathologique.
Bibliographie : Ogle, 1 967 ; Crone, 1 969, 1 979.

Dissociation
Nom féminin
Définition générale : séparation d’éléments associés ; plus précisément : séparation survenant entre deux (ou plusieurs) éléments normalement liés entre eux à l’état physiologique, et dont l’un (ou certains) est pathologiquement modifié, alors que l’autre (ou certains autres) demeure non perturbé, ou est perturbé selon un degré ou un mode différent.
En strabologie, le terme « dissociation  » est utilisé avec des acceptions variables, dans plusieurs expressions dérivées :

Dissociation accommodation - convergence
Modification artificiellement induite de l’accommodation sans changement de la convergence qui lui est normalement liée.
S’obtient par stimulation au moyen de verres concaves, sans changer la distance du point de fixation.
Seconde définition, symétrique de la précédente :
Modification artificiellement induite de la convergence sans changement de l’accommodation qui lui est normalement liée.
S’obtient par exemple au moyen de prismes ou en rapprochant les bras du synoptophore.

Dissociation forme lumière
Perturbation sensorielle caractéristique de l’amblyopie strabique, où le sens des formes est altéré alors que le sens lumineux reste normal (Wald, Burian, 1 944).

Dissociation loin-près
Parfois utilisé pour désigner une déviation très différente de loin et de près.
Dans le même sens, on dit parfois aussi : dissociation gauche droite ; dissociation haut bas ; etc. on désigne ici en réalité divers types d’incomitances, et il serait plus juste de s’en tenir à ce terme (cf. : incomitance).

Dissociation de la vision binoculaire
Altération complète ou incomplète d’un équilibre binoculaire préexistant, normal ou pathologique :
  • Déclenché par une modification des stimuli binoculaires ;
  • Entraînant des modifications motrices, sur la déviation, et sensorielles, sur la coopération entre les deux yeux.
  • Le concept de dissociation est un des plus fondamentaux de la strabologie ; il convient d’en distinguer avec soin les composantes :
  • La dissociation peut être complète ou incomplète ; il y a une différence non de degré mais de nature entre ces deux modes (cf.) ;
  • L’équilibre binoculaire préexistant peut être non seulement la vision binoculaire du sujet normal, mais aussi le néoéquilibre binoculaire fragile compensateur adopté par le sujet strabique ;
  • La modification des stimuli binoculaires est réalisée par le moyen de tests dits précisément plus ou moins dissociants suivant l’importance de cette modification des stimuli ;
  • Les conséquences sensorielles et motrices sont fonction du mode de dissociation.

Dissociation binoculaire complète
Dissociation binoculaire obtenue par suppression totale des stimuli visuels structurés pour un des yeux.
  • Cette dissociation complète est obtenue par cover-test (méthode brève) ou par occlusion (méthode prolongée) ;
  • Conséquences motrices :
    • Provoque la déviation dans une phorie ou une phorie-tropie ;
    • Peut changer la taille de l’angle et également changer l’œil qui fixe dans une tropie ;
    • Peut déclencher un spasme musculaire ;
    • Déclenche un nystagmus latent ;
    • Provoque la déviation verticale dissociée ; etc. ;

  • Conséquences sensorielles :
    • Réalise une privation monoculaire, de façon monomorphe et non graduée ;
    • Supprime la rivalité binoculaire ;
    • Lève la neutralisation du deuxième œil ;
    • Peut supprimer à terme l’amblyopie de ce deuxième œil ; etc.

En résumé, la dissociation binoculaire complète réduit la vision à n’être que strictement monoculaire.

Dissociation binoculaire incomplète
Dissociation binoculaire obtenue en modifiant, de manière variable suivant les tests utilisés, les facteurs de stimulation entrant en jeu dans la réalisation de la vision binoculaire habituelle.
  • La vision binoculaire normale se fait sur des objets réels, solides, à trois dimensions, qui fournissent aux deux yeux des images à peu près semblables en forme, en couleurs et en luminosité ; elle a lieu dans un espace libre, structuré, tridimensionnel, et à un niveau lumineux suffisant (photopique). La dissociation incomplète est obtenue par modification plus ou moins importante d’un ou plusieurs de ces facteurs, ce qui, étant donné leur nombre, permet de nombreuses gradations dans les degrés de la dissociation ; et un test de vision binoculaire sera donc dit plus ou moins dissociant suivant la façon dont il modifie ces facteurs (cf. : Tests) ;
  • Conséquences motrices : elles sont analogues à celles de la dissociation complète, mais plus ou moins nettes ; par exemple, les verres striés ne dissocient pas les phories ; au contraire le synoptophore peut faire dévier une phorie-tropie ; une pénalisation légère ne déclenche pas un nystagmus latent ou une déviation verticale dissociée ; une pénalisation plus forte le fait ; etc.
  • Conséquences sensorielles : ce sont surtout elles qui méritent d’être envisagées dans la dissociation partielle. À l’inverse de la dissociation complète, la dissociation incomplète ne réalise pas une privation sensorielle. Au contraire, elle stimule la rivalité binoculaire, en fournissant des stimuli différents aux deux yeux. Elle ne supprime pas la neutralisation du deuxième œil, mais agit cependant sur elle et permet de la mesurer. Elle laisse des facteurs d’association binoculaire plus ou moins nombreux pour stimuler la fusion. Il en résulte que la dissociation partielle est à la fois une méthode d’étude et de traitement de la vision binoculaire.
Dissociation (difficulté de)
Difficulté spécifique du sujet amblyope strabique à lire des optotypes alignés (acuité visuelle linéaire) alors qu’il peut lire les mêmes optotypes quand ils sont présentés isolément (acuité visuelle angulaire).
Le mot « dissociation  » a donc ici un sens étroit et concret ; il ne faut pas confondre ce phénomène avec la « dissociation binoculaire  ».
Synonyme : difficulté de séparation : sans doute meilleur, car plus univoque. Crowding phénomène : terme anglais équivalent.
Dérivé : entraîneur de dissociation : appareil servant à traiter la difficulté de dissociation.

Dissociant
Adjectif
Se dit d’un test, ou de conditions visuelles, qui entraînent une dissociation binoculaire plus ou moins complète.
Antonyme : associant. Terme guère utilisé, et qui correspond cependant à une réelle entité, pour désigner les tests qui stimulent l’association entre les deux yeux : par ex. : Images de fusion de synoptophore ; tests de stéréoscopie.

Divergence
Nom féminin
Définition générale : caractéristique de plusieurs lignes qui s’écartent d’un point commun.
Le terme est utilisé par exemple en optique, où l’on parle de divergence des rayons lumineux pour s’écarter à partir du foyer d’une lentille dite, précisément, lentille divergente. En strabologie, la notion de divergence s’applique aux axes visuels, et la divergence se définit dans l’ensemble par une direction des axes visuels telle qu’ils s’écartent (ou paraissent s’écarter) à partir d’un certain point. Elle se distingue ainsi du parallélisme des axes visuels et de la convergence.
Il convient de distinguer :
  • La fonction de divergence
    Fonction oculomotrice réglant la divergence, liée à un ensemble innervationnel complexe, et comportant plusieurs composantes (cf. composantes de la divergence).
    La fonction de divergence est beaucoup moins bien connue que la fonction de convergence, et son existence même est discutée.
  • Le mouvement de divergence
    Mouvement binoculaire disjoint, généralement bilatéral et symétrique, par rotation des deux yeux en dehors, faisant concourir les axes visuels en un point plus éloigné que le point précédemment fixé.
    Antonyme : mouvement de convergence.
  • La position de divergence
    Il faut faire une distinction essentielle sur les deux sens possibles de ce terme :
    • Position de divergence statique
      État de divergence des axes visuels en l’absence de tout stimulus de divergence et d’accommodation. On parle aussi en ce cas de : « position de repos en divergence  ».
      Ceci revient à dire que dans le regard à l’infini les axes visuels ne sont pas parallèles, mais tendent à s’écarter l’un de l’autre ; autrement dit qu’il existe une déviation oculaire à type d’exodéviation. C’est pourquoi on parle aussi alors de « strabisme divergent  » (cf.).
    • Position de divergence dynamique
      Définition : aboutissant d’un mouvement de divergence, c’est-à-dire état instantané de la position réciproque des deux yeux dans des conditions données de stimulation de la fonction de divergence (ou de ce qui en tient lieu).
      On voit donc l’ambiguïté que recouvre le terme : « position de divergence  » ; pour éviter les confusions le mieux serait sans doute de ne parler que de la position dynamique, et de désigner par « exo  » (exoposition, exodéviation, exophorie, exotropie) toutes les positions statiques dites en divergence ; de même, il est souhaitable de ne pas parler de « strabisme divergent  », mais d’exotropie.

Il faut encore définir :
  • Les composantes physiologiques de la divergence,
  • Les formes pathologiques de la divergence.
  • Composantes physiologiques de la divergence
    On les définit par analogie avec les composantes de la convergence bien que leur nature soit moins bien connue.
    • Divergence accommodative
      Divergence déclenchée par le relâchement de l’accommodation. En fait, difficile à séparer d’un relâchement de la convergence.
    • Divergence fusionnelle
      Divergence déclenchée par la stimulation de points rétiniens disparates, destinés à annuler la diplopie homonyme produite par celle-ci et à restituer la vision binoculaire normale à une distance plus éloignée que celle du point précédemment fixé. Elle s’oppose ainsi à la convergence fusionnelle.
      Synonyme : convergence fusionnelle négative. Ambiguë, et peu utile.
    • Divergence distale
      Divergence déclenchée par l’éloignement de l’objet de fixation, les facteurs accommodatifs ayant été éliminés par un dispositif optique approprié.
      En fait, difficile à séparer d’un relâchement de la convergence.
    • Divergence réflexe
      Divergence déclenchée automatiquement par un stimulus approprié et comportant 4 composantes : accommodative ; fusionnelle ; distale ; tonique.
    • Divergence tonique
      Divergence liée au tonus même des muscles oculomoteurs en l’absence de tout stimulus de fusion et d’accommodation.

  • Pathologie de la divergence
    • Excès de divergence
      Forme clinique d’exotropie, comportant en principe :
      • Exotropie de loin,
      • Orthophorie de près.

    • Insuffisance de divergence
      Insuffisance d’amplitude de fusion en divergence ; observée dans les ésotropies, mais aussi au cours des exotropies.
    • Paralysie de la divergence
      Autonomie discutée ; difficile à distinguer en réalité d’une paralysie des deux droits externes.

Bibliographie : Jampolsky, 1 970.
Dérivés :

Divergent
Adjectif
Qui a les caractères de la divergence.
Principalement appliqué dans la désignation des exotropies dites « strabismes divergents  ». En fait le terme est ambigu, car il peut se rapporter soit à la position de divergence statique, soit à la position de divergence dynamique, ce qui sous-entend alors que l’exotropie est due à un fonctionnement excessif des mécanismes de divergence. Pour éviter ces équivoques, il paraît préférable de parler seulement des « exotropies  », en réservant l’adjectif « divergent  » aux fonctions oculomotrices physiologiques.

Dominance
Nom féminin
Définition générale : usage préférentiel ou exclusif d’un système ou d’un organe plutôt que d’un autre système ou organe avec lequel il est en concurrence physiologique.
  • La dominance de base est la dominance cérébrale, ou hémisphérique : dominance de la moitié gauche du cerveau sur la moitié droite (la plus habituelle), ou vice-versa.
  • Quand il s’agit de comparer les deux moitiés du corps, et en particulier de comparer deux organes symétriques, on parle de latéralité et de processus de latéralisation ; la plus importante est la latéralité manuelle : prévalence de l’usage d’une main plutôt que de l’autre pour accomplir des tâches courantes ou des épreuves diagnostiques.
  • En strabologie, on est concerné avec la dominance ou latéralité oculaire :
    Prévalence de l’usage d’un œil plutôt que de l’autre pour accomplir une tâche oculomotrice ou visuelle (ou, le plus souvent, les deux ensemble).

Malgré l’analogie superficielle, la latéralité oculaire n’est pas superposable à la latéralité manuelle pour deux raisons principales :
  • Raison anatomique : la projection sur le cortex cérébral n’est pas croisée comme celle de la main, mais se fait sur les deux hémisphères ;
  • Raison physiologique : la latéralité oculaire est double : non seulement motrice mais aussi est surtout sensorielle visuelle.
Il en résulte de fréquentes discordances entre les latéralités manuelle et oculaire, ce qui, en somme, n’est pas surprenant.
En physiologie visuelle normale, la dominance, ou latéralité, oculaire n’est pas facile à mettre en évidence, et les critères sont nombreux, sensoriels, moteurs, ou mixtes d’où une multiplicité de tests (Walls, 1 951, en énumère au moins 25).
En strabologie, paradoxalement, la dominance est généralement plus facile à affirmer grâce à la présence de la déviation oculaire : c’est l’œil qui fixe spontanément qui est considéré comme œil dominant. Il est rare qu’une alternance parfaite laisse un doute à ce sujet, et les rapports entre cette latéralité oculaire et la latéralité manuelle ont un intérêt à la fois physiopathologique et pratique (Lavat, 1 967).
La terminologie en matière de dominance oculaire n’est pas parfaitement codifiée ; on parle d’œil « dominant  », ou « directeur  », ou « fixateur  », ou « préférentiel  ». Ces termes sont-ils synonymes exacts ? Et sinon, quelles sont les différences ? L’accord n’est pas absolu, mais on admet en général les significations suivantes :
  • Œil dominant : œil préféré pour accomplir les tâches visuelles monoculaires (visée, travail au microscope, etc.).
    Ce terme a donc surtout un sens moteur (action à faire), mais qui sous-entend sans doute une préférence visuelle.
    Antonyme : œil dominé (peu logique, puisqu’il s’agit d’une tâche monoculaire).
  • Œil directeur : œil prévalent au cours de la vision binoculaire.
    Le terme « directeur  » semble impliquer un processus moteur, cependant le fait qu’il s’agit de vision binoculaire est surtout à signification sensorielle.
    Antonyme : œil dirigé ; terme clair, mais peu utilisé.
  • Œil fixateur : terme ambigu, qui peut avoir deux sens bien distincts :
    • Soit : œil qui prend la fixation de façon exclusive et permanente : sert à définir le strabisme monoculaire ;
    • Soit : œil qui prend la fixation quand il en a l’opportunité, dans des conditions données, mais n’impliquant aucune dominance.

    Étant donné l’existence de termes servant à décrire la dominance oculaire, il vaudrait sans doute mieux limiter l’emploi de : « œil fixateur  » à cette dernière acception ; mais en réalité l’usage habituel fait plutôt le contraire.
    Antonyme : pas de mot propre : on dit souvent : « œil non-fixateur  », ce qui n’est pas satisfaisant.
  • Œil préférentiel : mal défini ; semble synonyme de « directeur  » ; le mot « préférentiel  » a par lui-même un sens moins absolu que : « dominant  » ou « directeur  » ; il semble sous-entendre une certaine possibilité de choix ; il est donc surtout Utilisé par les auteurs en parlant des strabismes à peu près alternants mais où un œil est plus volontiers que l’autre utilisé pour la fixation.
    Antonyme : pas de terme propre ; on dira parfois : « œil non préférentiel  », ce qui est vraiment trop lourd.


Duction
Nom féminin
Mouvement oculaire considéré sur un seul œil à la fois, dans un but séméiologique.
  • Au sens physiologique, les ductions n’ont pas d’existence propre, car tous les mouvements des yeux sont des mouvements binoculaires ; elles correspondent donc à un artifice clinique, mais qui a deux avantages :
    • Étudier les possibilités motrices de l’œil non dominant, point important dans l’examen du strabique ;
    • En particulier étudier les limites des ductions par rapport aux repères normaux de ductions :
      • Selon Kestenbaum, 1 961 : le limbe se déplace de 10 mm en adduction, en abduction et en abaissement ; de 5 à 7 mm en élévation ;
      • Selon Burian, von Noorden, 1 974 : le limbe est tangent au canthus externe en abduction ; une verticale élevée du point lacrymal inférieur passe à la jonction du 1/3 interne et des 2/3 externes de la cornée en adduction ;

  • Les ductions, rotations monoculaires sont donc à distinguer :
    • D’une part, des versions : mouvements binoculaires conjoints (cf.) ;
    • D’autre part, des vergences mouvements binoculaires disjoints (cf.).

  • Les ductions se font autour des 3 axes de Fick (cf.) et sont donc de 3 sortes :
    • Duction horizontale : par rotation autour de l’axe vertical (axe Z de Fick), qui éloigne ou rapproche le pôle antérieur de l’œil du plan sagittal médian du corps ; pour l’œil, il est plus simple de prendre comme repère le nez et la tempe pour décrire ces ductions ;
    • Duction verticale : rotation autour de l’axe horizontal transversal (axe X de Fick), qui élève ou abaisse le pôle antérieur de l’œil ;
    • Duction torsionnelle : rotation autour de l’axe horizontal antéro-postérieur (axe Y de Fick), qui incline vers le dehors (vers la tempe) ou vers le dedans (vers le nez) l’extrémité supérieure du méridien vertical de la cornée.

Pour désigner ces diverses ductions on se contente souvent de les décrire, en disant par exemple : « duction vers le haut  », ou encore : « duction en dedans et en bas  » ; il existe néanmoins une terminologie classique de mots dérivés de « duction  » et plus ou moins composés.
Dérivés :

Abduction
Duction horizontale en dehors (vers la tempe).

Adduction
Duction horizontale en dedans (vers le nez).

Deorsumduction
Duction verticale vers le bas.
Compliqué et désuet, mais plus exact que les synonymes.
Synonyme : abaissement : simple et courant, mais ne différencie pas d’une translation du globe vers le bas ;
Dépression : simple et courant, mais a un sens trop général en physiopathologie ; infraduction : mot peu correct.

Excycloduction
Duction torsionnelle en dehors (vers la tempe).
Synonyme : extorsion : plus simple, et préférable dans le langage clinique.

Incycloduction
Duction torsionnelle en dedans (vers le nez).
Synonyme : intorsion : plus simple, et préférable dans le langage clinique.

Sursumduction
Duction verticale vers le haut.
Compliqué et désuet, mais plus exact que les synonymes.
Synonyme : élévation : simple et courant, mais ne différencie pas d’un mouvement de translation du globe vers le haut ;

Supraduction : mot peu correct.
Les positions tertiaires des yeux peuvent être désignées au moyen de mots composés des précédents, mais les termes deviennent alors très encombrants, comme par exemple : « deorsumadduction  » pour désigner la duction en bas et en dedans ; on préfère en général une description.

Duction forcée (épreuve ou test de)
Épreuve clinique de duction passive du globe oculaire, consistant à le mobiliser avec une pince, pour apprécier tactilement et visuellement les restrictions d’excursion dans les diverses positions de l’œil.
  • Duction forcée négative : les mouvements s’effectuent normalement ;
  • Duction forcée positive : restriction des mouvements dans une ou plusieurs directions.
La cause d’une duction forcée positive est généralement mécanique : syndromes congénitaux (de Brown, de Stilling, strabismus fixus) ; adhérences (congénitales ou traumatiques) ; incarcération musculaire (fracture du plancher de l’orbite) ; surcorrection chirurgicale (résection) ; etc.