C Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Cinch (O’Connor, 1 919)
Technique chirurgicale de renforcement musculaire, consistant à raccourcir le muscle au moyen de brins d’un fil non résorbable faufilé entre les fibres musculaires et produisant un enroulement de celles-ci lors de la traction exercée sur les fils.
Intérêt : dosable et graduable.
Préconisé par Malbran (1 953) et Lavat (1 958) mais très peu utilisé depuis.

Classification (principes de)
Les principaux paramètres utilisés pour classer et dénommer les multiples formes cliniques de strabismes sont les 8 suivants :

Sens de la déviation (1)
  • En dedans : éso (certains auteurs, par ex. Arruga, 1 968, ont préconisé : endo) ;
  • En dehors : exo ;
  • En haut : hyper ;
  • En bas : hypo (la dénomination est ici en contradiction avec les abréviations puisque celles-ci n’indiquent que les hyperphories ou tropies ; il est cependant clair qu’il existe des déviations en bas et qu’il est légitime de leur donner un nom approprié) ;
  • En torsion : cyclo ;
  • Les strabismes dits obliques sont en général considérés comme une composition d’un strabisme horizontal et d’un strabisme vertical ; il faut donc employer deux termes pour les décrire.
Le sens de la déviation est presque toujours indiqué dans la désignation d’un strabisme :
Ex. : exotropie, hyperphorie ;
Pour un strabisme dit oblique : ex. : exotropie avec hyperphorie droite ;
Dans de rares cas, cependant, on omet d’indiquer le sens ; c’est sûrement un tort, mais s’explique parce qu’on sous-entend alors qu’il s’agit d’une ésotropie, probablement en raison de sa fréquence dominante :
Ex. : microtropie ; sous-entend en règle : micro-ésotropie.

Caractère manifeste ou latent de la déviation (2)
  • Manifeste : tropie,
  • Latent : phorie,
  • Tantôt manifeste, tantôt latent : strabisme intermittent ou phorie-tropie.
Le caractère manifeste ou latent n’est pas précisé si on se contente de dire : « strabisme  », il est donc préférable de parler de « phorie  » ou de « tropie  ».
On dira donc : exo (1) tropie (2)
Ou : éso (1) phorie (2).

Prédominance d’un œil pour fixer
  • Fixation sans préférence : alternant ;
  • Fixation toujours du même œil : strabisme unilatéral avec œil préférentiel, ou fixateur (on indique lequel) ;
  • En fait il existe divers degrés de dominance, et on utilise pour les désigner une combinaison des deux termes en disant : alternant, avec tel œil préférentiel.
On dira donc : exo (1) tropie (2) alternante (3),
Ou : éso (1) tropie (2) monoculaire ou unilatérale (3) œil droit fixateur, ou encore : éso (1) tropie (2) alternante (3) avec œil gauche préférentiel, ou dominant.
On doit reconnaître que tout ceci est à la fois encombrant et peu satisfaisant car il ne s’agit plus d’une simple dénomination, mais déjà d’une véritable description qui est incluse dans la dénomination même. Il n’existe pas de terme simple (comme serait, par exemple : « dextrofixateur  » pour dénommer un strabisme unilatéral où c’est l’œil droit qui fixe en permanence) pour désigner cette caractéristique.

Taille de l’angle de déviation
  • Petit angle (inférieur à 10 dioptries environ) : micro,
  • Absence d’angle visible : ortho,
  • Grand angle : peu spécifié (on ne dit pas : macrodéviation) ; on voit qu’en fait la plupart des strabismes ne seront donc pas définis d’après ce critère.
De plus c’est en tête de la dénomination qu’est indiquée la taille de l’angle ; on dit donc :
micro (4) éso (1) tropie (2) alternante (3).

Variations temporelles de la déviation
  • Présente en permanence : strabisme constant ;
  • Présente par moments : strabisme intermittent ;
  • À périodicité régulière : strabisme cyclique.
Dans la pratique on ne précise ce paramètre que si le strabisme est intermittent ou cyclique ; et l’absence de spécification sous-entend donc que le strabisme est constant.
On dira donc par ex. :
exo (1) tropie (2) alternante (3) intermittente (5), ou encore, comme nous l’avons vu (§ 2), on peut dire :
exo (1) phorie-tropie (2) alternante (3).

Variations spatiales de la déviation
  • Angle invariable : strabisme concomitant ;
  • Angle variable : strabisme incomitant.
Les variations spatiales ne sont pas en général indiquées dans la dénomination même du strabisme : elles sont expliquées ensuite, dans la description détaillée du cas en question. Le terme « concomitant  » est aujourd’hui quelque peu désuet pour dénommer un strabisme, car on sait qu’en fait très peu de strabismes le sont tout à fait : et « incomitant  » est donc en général sous-entendu. Seules les formes alphabétiques sont expressément spécifiées dans le titre, et on dira par ex. :
éso (1) tropie (2) alternante (3) avec forme V (ou pattern V, ou syndrome V) (6).
Pour simplifier, on dit souvent aussi :
type V (ou forme V) (6) d’éso (1) tropie (2) alternante (3), ou encore :
V (6) éso (1) tropie (2) alternante (3).

Chronologie de la déviation
  • Présente à la naissance : strabisme congénital ;
  • Avant 2 ans : strabisme précoce ;
  • Après 4 ou 5 ans : strabisme tardif ;
  • Et les strabismes de l’adulte.
La chronologie n’est précisée, en général, que si elle paraît importante ; on dira :
éso (1) tropie (2) alternante (3) congénitale (7).

Étiologie
Elle peut évidemment être multiple : dioptrique ; mécanique : innervationnelle ; accommodative ; paralytique ; postopératoire ; etc. Et l’étiologie n’est donc mentionnée que si elle présente une importance. On dira donc, par ex. :
éso (1) tropie (2) alternante (3) accommodative (8).
Pour utiliser rationnellement les 8 paramètres précédents on devrait logiquement les utiliser tous à chaque fois et indiquer :
Le sens de la déviation (4), sa taille (1), son caractère manifeste ou latent (2), la dominance oculaire (3), les variations temporelles (5) et spatiales (6), la chronologie (7) et l’étiologie (8) ; on aboutirait donc ainsi à une dénomination comme par ex. :
micro (4) éso (1) tropie (2) monolatérale œil gauche fixateur (3) constante (5) concomitante (6) tardive (7) postopératoire (8).
Il est clair que cet énoncé qui dit à peu près tout est fort lourd ; on se contente donc, dans le cas précédent, de dire :
micro (1) tropie (2) postopératoire (8)
Ce qui sous-entend plus ou moins qu’il s’agit aussi d’une ésotropie (2) monolatérale, mais sans préciser l’œil en cause (3) constante (5) et tardive (7), sans précision sur la concomitance (6).
De même on peut se contenter de dire par ex. :
V exotropie alternante qui paraît assez clair, mais laisse néanmoins ignorer si elle est constante (une exotropie est souvent intermittente) (5) sa date d’apparition (7) et sa cause (8) (elle pourrait aussi bien être paralytique congénitale que tardive par myopie). On constate donc que les dénominations, sans aller jusqu’à un énoncé complètement détaillé, devraient, autant que possible, donner les principales caractéristiques du strabisme ; mais il n’y a pas de règles fixées en ce domaine.

Compensation
Nom féminin
Définition générale : modification organique ou fonctionnelle tendant à rétablir un équilibre troublé de façon physiologique ou pathologique, et réalisé au moyen d’un travail de suppléance effectué par les parties de l’organisme non concernées initialement par cet équilibre. Ou par les parties restées saines lors du processus pathologique.
La définition est donc très large, et s’applique à la fois aux phénomènes normaux et aux phénomènes pathologiques. L’application en strabologie se fait dans les cas suivants :
  • Compensations physiologiques
    Le terme « compensation  » est généralement appliqué à des phénomènes oculomoteurs :
    • Mouvement des yeux dans la direction opposée au mouvement de la tête ;
    • Mouvement correctif quand on place un prisme devant un œil ;
    • Mouvements fins d’ajustement de la fixation après une saccade ; etc.
      Les phénomènes de compensation sensorielle physiologiques sont généralement appelés : « adaptation  ». Ce terme n’est donc pas synonyme de « compensation  » (cf. : Adaptation).

  • Compensations pathologiques
    En strabologie, le terme de « compensation  » a d’abord été appliqué aux hétérophories : une hétérophorie est dite compensée si elle ne donne pas de symptômes fonctionnels.
    En fait ce sens est beaucoup trop étroit, et il est légitime d’étendre, comme Cüppers (1 978), la notion de compensation à :
    Tout processus sensoriel ou moteur de suppléance qui tend à contrebalancer, partiellement ou complètement, les effets nocifs d’une perturbation de l’oculo-motricité ou de la vision binoculaire.
    On pourra donc distinguer 4 espèces principales de compensation dans le strabisme :
    • Compensation sensorielle complète : mode de compensation où c’est la vision binoculaire normale active et agissante qui empêche la déviation de se produire de façon manifeste ; exemples : hétérophorie ; phorie-tropie en phase phorique ; nystagmus latent ; déviation verticale dissociée ; etc.
    • Compensation sensorielle incomplète : mode de compensation où la modification de la vision binoculaire empêche les conséquences sensorielles anormales du strabisme (diplopie, confusion) et peut même rétablir une ébauche de vision binoculaire pathologique. Il s’agit bien entendu ici de la neutralisation, d’une part, et de la correspondance rétinienne anormale d’autre part. La compensation réalisée est évidemment très loin de rétablir la normalité.
    • Compensation motrice complète : mode de compensation où les processus moteurs suffisent à rétablir une vision binoculaire sensiblement normale. Exemples : torticolis lors de paralysie oculomotrice ; syndrome alphabétique avec rectitude dans une direction du regard ; blocage d’un nystagmus congénital ; etc.
    • Compensation motrice incomplète : mode de compensation où les processus moteurs atténuent la situation binoculaire pathologique, sans rétablir une vision binoculaire normale. Exemple : syndrome de Cüppers.

En fait, comme le montrent ces divers types, la compensation réalisée est souvent mixte, à la fois sensorielle et motrice, les deux sortes de processus réagissant les uns sur les autres.
Dérivés :

Compensateur, ou compensatoire
Adjectif
Désigne un processus moteur ou sensoriel, qui tend à corriger une anomalie de la vision binoculaire.
Il est donc légitime d’appeler : « attitude compensatrice  » une position de la tête qui contribue de façon indiscutable au rétablissement de la vision binoculaire. Mais ce n’est pas le cas de tous les torticolis, tant s’en faut, et en l’absence de certitude il paraît prudent de se contenter de parler de : « torticolis oculaire  » (cf.).

Concomitance
Nom féminin
Caractéristique d’un strabisme dans lequel la grandeur de l’angle de déviation demeure sensiblement la même, quel que soit l’œil qui fixe, et quelles que soient les variations des versions et des vergences.
La notion de concomitance était d’abord restreinte à la différence de grandeur de l’angle suivant l’œil qui fixe, en particulier au cours des paralysies oculomotrices (déviations primaire et secondaire) ; pour uniformiser le langage il paraît souhaitable d’étendre au maximum la notion, aux versions comme aux vergences. Il en résulte que plus on impose de conditions à la définition de « concomitance  », moins celle-ci devient fréquente ; c’est la tendance actuelle, en sorte que le mot « concomitance  » est de moins en moins utilisé dans le langage strabologique.
Synonyme : comitance : bref, mais peu usité.
Antonyme : non-concomitance ; incomitance (cf.).
Dérivé :

Concomitant
Adjectif
Qui a les caractéristiques de la concomitance.
Le terme « concomitant  » était naguère opposé au terme : « paralytique  ». Cette opposition doit être abandonnée pour trois raisons :
  • Les deux mots ne sont pas de même nature : « concomitant  » est descriptif et séméiologique ; « paralytique  » est étiologique ;
  • Un strabisme non-paralytique est très souvent aussi non-concomitant ;
  • Un strabisme paralytique, non-concomitant au début, peut devenir concomitant lors de l’évolution.
Confusion
Nom féminin.
Perception simultanée de deux objets visuels comme localisés subjectivement au même endroit de l’espace, avec conscience de leur dualité morphologique.
La confusion est la conséquence d’une déviation oculaire et résulte de la stimulation de deux zones rétiniennes normalement correspondantes par des images différentes ; elle se distingue donc :
  • De la rivalité binoculaire où les deux objets ne sont pas perçus ensemble
  • De la fusion (malgré l’analogie du terme), ou les deux stimuli ne donnent qu’une seule perception d’objet ;
  • De la neutralisation, ou l’un des deux objets visuels n’est pas perçu ;
  • De la diplopie qui se définit de façon inverse : perception d’un seul objet en deux endroits de l’espace. C’est pourquoi on appelle parfois la confusion : diplopie homo topique (opposée à la diplopie hétérotopique) terminologie sans doute exacte, mais lourde et peu utile en pratique.

Convergence
Nom féminin
Définition générale : caractéristique de plusieurs lignes qui tendent vers un point commun.
Le terme est utilisé par exemple en optique, ou l’on parle de convergence des rayons lumineux pour se rencontrer au foyer d’une lentille dite, précisément, lentille convergente. En strabologie, la notion de convergence s’applique aux axes visuels, et la convergence se définit dans l’ensemble par une direction des axes visuels telle qu’ils se rencontrent en un certain point. Elle se distingue ainsi du parallélisme des axes visuels et de la divergence.
Il convient cependant de distinguer :

La fonction de convergence :
Fonction oculomotrice active réglant la convergence liée à un ensemble innervationnel complexe, et comportant plusieurs composantes (cf. : composantes de la convergence).

Le mouvement de convergence :
Mouvement binoculaire disjoint, généralement bilatéral et symétrique, par rotation des deux yeux en dedans, faisant concourir les deux axes visuels en un point plus rapproché que le point précédemment fixé.
Antonyme : mouvement de divergence.

La position de convergence :
Il faut ici faire une distinction essentielle sur les deux sens possibles de ce terme :
  • La position de convergence statique :
    État de convergence des axes visuels en l’absence de tout stimulus d’accommodation-convergence. On parle aussi en ce cas de : « position de repos en convergence  ».
    Ceci revient à dire que dans le regard à l’infini, les axes visuels ne sont pas parallèles, mais se rencontrent en un point plus ou moins rapproché ; autrement dit qu’il existe une déviation oculaire à type d’ésodéviation. C’est pourquoi on parle aussi alors de « strabisme convergent  » (cf.).
  • La position de convergence dynamique :
    Aboutissant d’un mouvement de convergence, c’est-à-dire état instantané de la position réciproque des deux yeux dans des conditions données de stimulation de la fonction de convergence.

On voit donc l’ambiguïté que recouvre le terme « position de convenance  ». Il semble que pour éviter les confusions le mieux serait de ne parler que de la position dynamique et de désigner par « éso  » (ésoposition, ésodéviation, ésophorie, ésotropie) toutes les positions statiques dites en convergence. De même il est souhaitable de ne pas parler de « strabisme convergent  » mais d’ésotropie.
Il faut encore définir :
  • Les composantes physiologiques de la convergence,
    Il est classique de distinguer :
    • Convergence accommodative
      Convergence déclenchée par l’accommodation, chaque unité d’accommodation (dioptrie sphérique) produisant normalement une unité de convergence (angle métrique).
      Sa mesure constitue la mesure du rapport AC/A (cf.).
    • Convergence fusionnelle
      Convergence déclenchée par la stimulation de points rétiniens disparates, destinée à annuler la diplopie croisée produite par celle-ci et à restituer la fusion binoculaire normale à une distance plus rapprochée que celle du point précédemment fixé. Elle s’oppose ainsi à la divergence fusionnelle.
      Pour certains on distingue au contraire une convergence fusionnelle positive, correspondant à un accroissement de la convergence, et une convergence fusionnelle négative, qui correspond à une diminution de la convergence (c’est-à-dire en fait à une divergence). On appelle alors « convergence relative  » la somme des deux : c’est donc un synonyme de l’amplitude de fusion (cf.).
    • Convergence proximale
      Convergence déclenchée par le rapprochement de l’objet de fixation, les facteurs accommodatifs ayant été éliminés par un dispositif optique approprié.
    • Convergence réflexe
      Convergence déclenchée automatiquement par un stimulus approprié et comportant 4 composantes : convergence accommodative ; convergence fusionnelle ; convergence proximale ; convergence tonique.
      Antonyme. : convergence volontaire.
    • Convergence tonique
      Convergence liée au tonus même des muscles oculomoteurs en l’absence de tout stimulus de la fusion et de l’accommodation.
    • Convergence volontaire
      Convergence déclenchée par un effort conscient : en fait par l’accommodation.
      Antonyme : convergence réflexe.
      En fait, il n’est pas parfaitement exact d’opposer « volontaire  » à « réflexe  », car le mécanisme sous-jacent oculomoteur est toujours un réflexe.

  • Les formes pathologiques de la convergence.
    • Excès de convergence
      Forme clinique d’ésotropie, comportant en principe :
      • Orthophorie de loin,
      • Ésotropie de près.

    • Spasme de convergence
      Ensemble clinique comportant principalement un spasme de l’accommodation avec myopie aiguë et une ésotropie, ne persistant que transitoirement.
    • Insuffisance de convergence
      Expression employée avec deux sens différents :
      • Soit : diminution de l’amplitude de fusion en convergence manifestée cliniquement par sa réduction dans les mesures aux prismes et au synoptophore. Elle peut s’observer dans toutes les formes de strabisme, y compris dans les strabismes dits convergents ;
      • Soit : forme clinique d’exotropie intermittente, ou la déviation prédomine de près, mais qui peut aller de pair avec une amplitude de fusion normale (bien qu’on estime en général qu’il s’agit d’une complication de l’insuffisance de l’amplitude de fusion).

    • Paralysie de la convergence
      Tableau clinique associant une abolition des mouvements disjoints de convergence avec conservation de l’adduction et des versions correspondantes.

Dérivés :

Convergent
Adjectif
Qui a les caractères de la convergence.
Il est principalement appliqué dans la désignation des ésotropies, dites « strabisme convergent  ». En fait le terme est ambigu car il peut se rapporter, soit à la position de convergence statique dite aussi : « position de repos  » et signifier alors seulement cette position des yeux, soit à la position de convergence dynamique, qui peut aussi être à l’origine d’un strabisme si la fonction de convergence est anormale (strabisme dit accommodatif). Pour éviter ces équivoques il paraît préférable de parler seulement des « ésotropies  », en réservant l’adjectif « convergent  » aux fonctions oculomotrices physiologiques.

Coordimètre
Nom masculin
Définition : appareillage servant à la mesure du champ de diplopie.
L’appareil original (Hess, 1 908) comporte :
  • Un écran quadrillé vu monoculairement par un œil,
  • Sur lequel le sujet déplace un repère vu monoculairement par l’autre œil ;
  • La séparation des stimuli des deux yeux se fait au moyen de lunettes rouge- vert ;
  • La situation du repère mobile par rapport au quadrillage indique la déviation et ses variations dans les différentes directions ;
  • C’est l’angle subjectif qui est ainsi mesuré et on n’utilise donc en principe cette technique que si la correspondance rétinienne est normale.
Variantes :
  • Test de Hess-Lees : utilise deux écrans lumineux perpendiculaires entre eux ;
  • Test de Hess-Weiss : ajoute au quadrillage des points vus binoculairement permettant au sujet de fusionner de façon variable (forme dite à choix multiple).
Bibliographie : Sloane, 1 951.

Correspondance Rétinienne
Concept exprimant une relation fonctionnelle entre les unités réceptrices rétino-corticales des deux yeux, celles-ci étant homologues chacune à chacune, en sorte que leur stimulation simultanée donne lieu à la perception de deux objets localisés subjectivement dans la même direction de l’espace visuel, avec fusion en une perception unitaire si les deux images rétiniennes sont suffisamment semblables.
Il convient de souligner que :
  • Il s’agit d’unités réceptrices, et non de « points  » correspondants (cf. : Points) ; on parle de relation « fonctionnelle  », parce qu’on ignore en fait le substrat anatomique et qu’on s’appuie sur des expériences psychophysiques et électrophysiologiques ;
  • La fusion ne découle pas automatiquement de la correspondance rétinienne ; la rivalité binoculaire en est aussi la conséquence ;
  • Enfin la similitude exacte des deux images rétiniennes n’est pas non plus nécessaire à la fusion ; au contraire une certaine disparité est nécessaire à la stéréoscopie.
Il faut envisager :
  • La correspondance rétinienne normale ;
  • La correspondance rétinienne anormale
  • Les tests diagnostiques de correspondance rétinienne.

Correspondance rétinienne normale
Correspondance rétinienne du sujet normal caractérisée par :
  • La correspondance des deux fovéolæ entre elles ;
  • La correspondance chacun à chacun des points rétiniens, ou plus exactement des unités réceptrices, de la périphérie rétinienne ;
  • La très étroite amplitude de cette correspondance qui est limitée aux classiques aires de Panum (qui sont en fait une mesure de seuil) ;
  • La stabilité et la fixité de cette correspondance normale.
On peut encore remarquer qu’il existe un substrat anatomique réel à la correspondance normale du fait de l’hémi-décussation chiasmatique, de la jonction des fibres optiques venues des deux yeux au niveau du corps genouillé externe, et des inter-relations neuronales au niveau du cortex visuel. Ce qui reste encore hypothétique, par contre, est l’anatomie même qui sous-tend les processus de fusion binoculaire.

Correspondance rétinienne anormale

1re définition :
Processus de compensation sensorielle caractéristique du strabisme, traduisant une réorganisation fonctionnelle entre les unités réceptrices rétino-corticales des deux yeux, caractérisée par l’effacement de la correspondance rétinienne normale à laquelle se substitue une nouvelle relation binoculaire annulant, ou tendant à annuler, l’angle subjectif du strabisme.
La correspondance anormale peut être définie par des phénomènes négatifs :

2e définition :
Processus physiopathologique sensoriel caractéristique du strabisme dans lequel les deux favéolæ ne sont plus correspondantes ; (les points périphériques cessent aussi de l’être, sauf dans les microdéviations).
La correspondance anormale peut aussi être définie par des phénomènes positifs :

3e définition :
Processus physiopathologique sensoriel caractéristique du strabisme dans lequel la fovéola d’un œil devient correspondante d’une zone extra-fovéolaire de l’autre œil, dite zone (ou point, ou centre) d’anomalie.
Cette 3e définition est beaucoup plus spéculative que la précédente et n’est pas unanimement acceptée. Elle traduit la réorganisation fonctionnelle qui tend à annuler l’angle subjectif et donne lieu à deux concepts accessoires suivant l’importance de ce dernier phénomène : on dit alors que la correspondance anormale est harmonieuse ou non harmonieuse (ou dysharmonieuse).

Correspondance rétinienne anormale harmonieuse
Forme de correspondance anormale compensant entièrement l’angle objectif, c’est-à-dire annulant totalement l’angle subjectif (c’est-à-dire supprimant toute diplopie grâce à la réorganisation fonctionnelle binoculaire).
Correspondance rétinienne anormale non harmonieuse
Forme de correspondance anormale ne compensant qu’en partie l’angle objectif, et diminuant, sans l’annuler, l’angle subjectif (on peut donc provoquer une diplopie).
Il est cependant possible que cette forme ne soit qu’un artifice dû aux procédés d’exploration même de la correspondance rétinienne.
Il convient encore d’ajouter que la correspondance rétinienne anormale diffère notablement de la correspondance normale par divers caractères :
  • Elle est large, lâche, la fovéola d’un œil correspondant non à un point précis mais à une zone plus ou moins étendue de la rétine de l’autre œil ; au maximum, c’est toute la zone d’anomalie, et on ne peut plus guère parler de correspondance précise ;
  • Elle est instable et variable, en particulier avec la distance et la direction du regard et plus encore les conditions plus ou moins dissociantes de l’examen et le type de test (cf.) employé pour la déterminer ;
  • Elle n’a aucun substrat anatomique connu et son mécanisme est discuté et hypothétique ;
  • Elle peut coexister avec la correspondance normale : on parle alors de correspondance double, ou mixte.
Correspondance rétinienne double, ou mixte
Forme de correspondance rétinienne rencontrée dans le strabisme et qui est tantôt normale et tantôt anormale, suivant les conditions de l’examen et les tests utilisés pour la déterminer.
La correspondance mixte est fréquente et peut se rencontrer notamment dans les cas suivants :
  • Strabisme variant avec la distance : par ex. : exotropie de loin avec correspondance anormale ; exophorie de près avec correspondance normale ;
  • Strabisme tantôt en phorie, tantôt en tropie, pour une même distance d’examen ;
  • Microdéviation, avec correspondance anormale dans la zone centrale et normale en périphérie ;
  • Correspondance anormale avec un test peu dissociant (verres striés, phénomène phi) et correspondance normale avec un test dissociant (post-images).
Tests de correspondance rétinienne
La mise en évidence de la correspondance rétinienne se fait en appréciant les trois angles du strabisme : angle objectif, angle subjectif et angle d’anomalie (cf. : Angles). Une fois que l’angle objectif est déterminé, il suffit de déterminer un des deux autres, le troisième se déduisant par différence ; on peut se contenter d’une estimation qualitative : si l’angle subjectif est nul, ou bien s’il existe un angle d’anomalie, c’est que la correspondance est anormale ; une telle estimation qualitative est obtenue :
  • Pour l’angle subjectif, par les tests simples de diplopie : test au verre rouge, verres striés, Worth, épreuve de Tschermak, phénomène phi, etc. ;
  • Pour l’angle d’anomalie, par les post-images, les houppes, le test fovéolo-fovéolaire de Cüppers, etc.
Cependant il est plus satisfaisant d’obtenir une estimation quantitative de ces angles ; cela est rendu possible :
  • Par l’emploi de la croix de Maddox combinée aux épreuves précédentes (verre rouge et post-image) dans le test de Giessen (cf.) ;
  • Par la mesure aux prismes dans les diverses épreuves utilisant la diplopie ;
  • Par l’utilisation des haploscopes qui permettent la stimulation binoculaire à tous les angles voulus (synoptophore et ses variantes, haploscopie de polarisation ou à différence de phases).
Bibliographie :
Correspondance rétinienne normale : traités de Tschermak 1 947, 1 952 ; de Linksz, 1 952 ; de Burian-Von Noorden, 1 974.
Correspondance rétinienne anormale :
Bagolini, 1 967, 1 976. Braun-Vallon, Hartmann, 1 948. Burian, 1 947, 1 951.
Hallden, 1 952.
Kretschmar, 1 955.

Cover-Test
Nom masculin
Épreuve clinique consistant à couvrir et découvrir alternativement un œil ou les deux yeux, en observant les mouvements oculaires induits par cette manœuvre, et qui permet de déterminer l’existence, le type et l’importance d’une déviation oculaire.
Faut-il essayer de traduire en français le terme anglais « cover-test  » ? Les équivalents proposés sont équivoques ; « test de l’écran  » est ambigu, car un écran, en strabologie, est souvent un écran de projection (par ex. dans le test de Lancaster) ; « occlusion temporaire  » prête à confusion avec les véritables occlusions, diagnostique ou thérapeutique. Le mot le plus satisfaisant serait « occultation  », terme d’astronomie, qui désigne la disparition d’un astre causée par interposition brève d’un autre astre ; mais il ne fait pas partie du langage strabologique.
Par contre le terme « cover-test  » est parlant par lui-même ; il est bref et simple ; il est suffisamment proche du français pour être facilement compris ; il est d’ailleurs utilisé par de nombreux auteurs. Aussi paraît-il raisonnable de continuer à l’employer.
Les nombreuses modalités cliniques du cover-test, examen fondamental de la strabologie, ont donné lieu à de nombreuses expressions destinées à les décrire.
Mots dérivés :

Cover-test alterné
Modalité de cover-test consistant à couvrir puis à découvrir chaque œil à tour de rôle, sans le moindre intervalle de temps libre entre chaque ma-nœuvre.
Le cover-test alterné met en évidence la déviation totale ; mais il n’indique ni l’œil dominant, ni le type de la déviation.

Cover-test alterné avec prismes
Modalité de cover-test consistant à interposer des prismes de puissance croissante devant un des yeux tout en pratiquant le cover-test alterné, jusqu’à annulation des mouvements oculaires induits par celui-ci. La puissance du prisme mesure alors la déviation oculaire totale.
Variante : méthode de Krimsky (cf.).

Cover-test alterné avec version
Cover-test pratiqué dans toutes les directions diagnostiques du regard, pour mettre en évidence les incomitances.
Variante : cover-comitant test (White, 1 944).

Cover-test de loin (remote cover-test de Costenbader)
Cover-test effectué en plaçant l’écran employé loin des yeux (30 à 50 cm).
Méthode employée chez le jeune enfant, qui craint l’approche de son visage par l’écran ; permet de plus d’examiner l’œil couvert et son comportement ; l’écran employé doit cependant être assez grand pour occulter sûrement le point de fixation.

Cover-test monoculaire
Modalité de cover-test consistant à couvrir et découvrir à plusieurs reprises un seul œil (en principe l’œil qui fixe), sans couvrir l’autre œil.
Épreuve essentielle qui met en évidence l’œil dominant et le type de la déviation, en particulier la composante phorique (cf.).
Synonyme : cover-test unilatéral ; cover-uncover test.
Variante : cover-test unilatéral avec baguette de Maddox (White, 1 944).

Cover-test monoculaire avec prisme simultané
Modalité de cover-test consistant à interposer de façon simultanée :
  • Devant un œil, l’écran du cover-test ;
  • Devant l’autre œil, des prismes de puissance croissante, jusqu’à annulation de tout mouvement oculaire.
On mesure ainsi la part tropique d’une phorie avec tropie superposée à elle (phoriemonofixationnelle, Parks, cf.)

Cover-test négatif
Cover-test au cours duquel l’observateur ne note aucun mouvement oculaire décelable.
Le cover-test négatif n’est pas une preuve de normalité ; il existe en fait 4 possibilités :
  • Erreur sur l’œil qui fixe (possible si petit angle) ;
  • Fixation excentrique avec identité (cL) ;
  • Microtropie non visible : limite des possibilités du cover-test ;
  • Orthophorie vraie.
Cover-test objectif
Toute modalité du cover-test où on ne tient compte que des observations de l’examinateur, en particulier concernant les mouvements des yeux :
Le cover-test objectif est donc limité par les capacités de discrimination de l’observateur ; en moyenne on estime détectable une déviation de 2 dioptries (Ludvigh, 1 949 ; Romano, Von Noorden, 1 971).

Cover-test positif
Cover-test au cours duquel l’examinateur note la présence d’un mouvement oculaire spécifiquement induit par cette manœuvre.
À l’inverse du cover-test négatif le cover-test positif a une valeur absolue, traduisant l’existence d’une déviation.

Cover-test subjectif
Modalité du cover-test où l’on prend en compte la perception du sujet, c’est-à-dire en l’espèce le mouvement apparent du point fixé : il s’agit en réalité du phénomène phi (cf.).
Le cover-test subjectif est limité seulement par la capacité du sujet à détecter le mouvement apparent du point de fixation ; cette capacité est beaucoup plus fine que celle de l’examinateur à détecter le mouvement des yeux du sujet. Le cover-test subjectif peut donc déceler une microdéviation inapparente au cover-test objectif.

Cüppers

Manœuvre de Cüppers
Procédé d’examen mettant en évidence le blocage d’un muscle (principalement le droit interne) au cours d’une ésotropie.
La manœuvre consiste à faire suivre des yeux par le sujet un point mobile partant du champ temporal de l’œil fixateur pour aller progressivement vers le champ temporal de l’œil dévié :
  • Normalement les deux yeux se déplacent de façon conjuguée pour suivre le mouvement ;
  • En cas de blocage, l’œil dévié reste immobile en adduction, ou ne suit que très imparfaitement le mouvement.
Méthode de Cüppers
Méthode de traitement de l’amblyopie strabique, principalement en cas de fixation excentrique, et consistant en l’emploi d’une post-image circulaire éblouissant la région périmaculaire en respectant la macula, qui est préservée par un cache, et dont les fonctions sont alors favorisées. Les caractères et l’évolution de la post-image sont utilisés pour évaluer les résultats.
Synonyme : euthyscopie.

Opération de Cüppers
Suture d’un muscle à la sclère (myopexie), placée suffisamment postérieure pour que l’arc de contact du muscle soit rendu inefficace (« chirurgie de l’arc de contact  », Thomas), supprimant ainsi la part dynamique de l’angle de déviation strabique.
Synonyme : myopexie rétro-équatoriale ; rétro-myopexie ; opération du fil ; Fadenoperation.

Signe de Cüppers
Procédé d’examen destiné à mettre en évidence le blocage d’un muscle (principalement le droit interne) au cours d’une ésotropie.
La technique consiste à mettre brusquement en place devant l’œil fixateur un prisme de forte puissance (30 ou 40 dioptries), disposé base externe, et entraînant donc un brusque mouvement d’adduction de cet œil ; dans ces conditions :
  • Ou bien l’autre œil effectue un mouvement conjugué, se redressant plus ou moins complètement : c’est la réponse normale ;
  • Ou bien l’autre œil n’effectue qu’un mouvement faible ou nul, témoignant du blocage : c’est le signe de Cüppers (cf. : Blocage).
Syndrome de Cüppers
Forme clinique d’ésotropie congénitale, dont le signe majeur est le blocage montré par la clinique et l’électrooculographie, qui serait en rapport avec la compensation d’un nystagmus congénital, et qui est curable par l’opération de Cüppers (cf.).
Il convient de réserver l’expression à cette forme de strabisme, d’en dissocier ce qui est « manœuvre  », « test  » ou « signe  », également désigné par le nom de Cüppers.

Test de Cüppers
Le nom de Cüppers est attaché à plusieurs tests, et il convient donc de préciser chaque fois duquel on parle ; les principaux sont :

Le test dit maculo-maculaire de Cüppers
Définition : test de correspondance rétinienne, effectué par visuscopie, et mettant en évidence l’angle et le centre d’anomalie.
Il serait plus exact de le nommer : « test fovéolo-fovéolaire  » ; et par ailleurs il comporte deux modalités : seule la première est fovéolo-fovéolaire, la seconde consistant au contraire à détecter le point rétinien périphérique qui correspond dans l’œil dévié à la fovéola fixatrice.

Le test au synoptophore de Cüppers
Définition : test de correspondance rétinienne, effectué au synoptophore, par superposition dans l’appareil d’un objet réel perçu par un œil et de houppes de Haidinger perçues par l’autre œil.

Le test de Buchman-Cüppers
Définition : test de correspondance rétinienne, donnant ensemble les trois angles du strabisme.
Synonyme : test de Giessen (cf.)
On notera encore que la « manœuvre de Cüppers  » et l’utilisation d’un prisme mettant en évidence le blocage (« signe de Cüppers  ») sont souvent aussi intitulés : « tests de Cüppers  ».
Bibliographie : Adelstein, Cüppers, 1 966 ; Cüppers, 1 956, 1 957, 1 962, 1 963, 1 966,1967,1 971,1976,1 978 ; Cüppers, Sevrin, 1 956 : Mühlendyck, 1 976.

Cyclo
Préfixe
Le préfixe « cyclo  » vient de kuklos = cercle (gr.) et désigne donc une structure ou un mouvement circulaire ; on l’applique soit au sens anatomique, où il sert à désigner ce qui concerne le corps ciliaire (parce que celui-ci a la forme d’un cercle entourant la partie antérieure de l’œil) ; soit au sens physiologique pour désigner un mouvement de l’œil en forme de mouvement de roue autour d’un axe antéro-postérieur ; soit au sens temporel, pour désigner un phénomène périodique et régulier.
Les principaux termes dérivés de « cyclo  » sont les suivants en strabologie :

Cyclique
Adjectif
Qualifie une forme particulière de strabisme qui n’existe qu’à intervalle donné et suivant un rythme régulier.
Le plus typique est le strabisme dit circadien, dont la période s’étend sur une durée de 24 heures.
Un strabisme cyclique a deux phases :
  • Une phase tropie, avec présence d’une déviation oculaire et altération de la vision binoculaire ;
  • Une phase orthophorie, où le sujet paraît absolument normal, et où la vision binoculaire ne peut pas être dissociée. (Catros, 1 972 : Goddé-Jolly, 1 973).
Cyclodéviation
Nom féminin
Déviation oculaire, latente ou manifeste, se faisant autour de l’axe antéro-postérieur de référence des mouvements oculaires (axe Y de Fick).
Les cyclodéviations sont peu visibles et doivent être détectées par des méthodes spéciales :
  • Quelques-unes sont objectives : repérage du déplacement rotatoire d’une tache de l’iris ou d’un vaisseau du limbe (photo) ; pseudo-ectopie maculaire par torsion (Weiss, 1 964), avec décalage vertical de la tache de Mariotte dans le champ visuel ;
  • La plupart sont subjectives : double prisme de Maddox ; deux baguettes de Maddox montées sur le réfracteur ou sur le cyclophoromètre ; aile de Maddox ; synoptophore avec mires inclinables ; test de Lancaster avec mires linéaires.
Cycloduction
Nom féminin
Définition : cyclorotation (cf.) envisagée sur un seul œil.

Cycloplégie
Nom féminin
Paralysie du muscle ciliaire généralement obtenue au moyen d’un collyre (dit cycloplégique).
Elle entraîne une paralysie plus ou moins complète (suivant le produit utilisé et son dosage) de l’accommodation, et plus accessoirement de la pupille (mydriase).
Les principaux collyres cycloplégiques actuellement utilisés sont : l’atropine (sulfate à 0,3 ou 0,5 ou 1  %) ; l’homatropine (mandelate de tropanol à 0,5 ou 1 ou 2  %) ; le Skiacol (marque déposée, labo. POS) (cyclopentolate à 0,5  %) ; le Mydriaticum (marque déposée, labo. Chibret) (N-ethyl N-gamma picolyl amide d’acide tropique à 0,5  %).

Cyclophorie
Nom féminin
Cyclodéviation latente.

Cyclorotation
Nom féminin
Mouvement de l’œil s’effectuant par rotation autour de l’axe antéro-postérieur de référence des mouvements oculaires (axe Y de Fick).
Il s’agit donc d’un mouvement de roue qui peut se faire dans le sens horaire ou anti-horaire. Par convention, on utilise comme repère l’extrémité supérieure du méridien vertical de la cornée, et on parle de cyclorotation en dedans quand celui-ci se rapproche du nez, et de cyclorotation en dehors quand il se rapproche de la tempe.
Il faut souligner que :
  • Le seul terme de « rotation  » n’est pas suffisant pour définir ces cyclorotations, car tout mouvement oculaire est en fait une rotation autour d’un axe ;
  • Les termes « giration  » (peu utilisé) et « torsion  » sont de simples synonymes de « cyclorotation  » ; le terme « torsion  » est souvent préféré parce qu’il est plus simple et permet des composés brefs ;
  • Par contre il ne semble pas utile de parler de « cyclotorsion  » qui dit deux fois la même chose.
Cyclotropie
Nom féminin
Cyclodéviation manifeste.

Cyclovergence
Nom féminin
Cyclorotation disjointe des deux yeux.

Cycloversion
Nom féminin
Cyclorotation conjointe des deux yeux.

Cyclope (Œil)
Le concept d’œil cyclope est un des plus ambigus de la physiologie binoculaire, car il expose à une confusion continuelle entre le monde objectif des objets physiques et le monde subjectif des phénomènes visuels. Le mieux serait sans doute de l’oublier, mais comme il est cité par la plupart des manuels de strabologie il convient d’en dire quelques mots.
Il y a plusieurs façons de concevoir l’œil cyclope :
  • Dans la conception anatomique, l’œil cyclope est défini par la superposition des deux rétines dont les points rétiniens correspondants sont censés se recouvrir, s’unifier chacun à chacun, en particulier les deux fovéolæ. Un tel œil cyclope existe en effet anatomiquement : c’est le cortex visuel occipital, où cette jonction des fibres issues des deux yeux se réalise à peu près exactement. Dans cette conception l’œil cyclope n’est donc pas autre chose que ce qu’on appelle aussi la « rétine corticale  » ; il n’en est que le synonyme, et on ne voit pas très bien alors l’intérêt de la notion. Quoi qu’il en soit, il s’agit bien ici d’un objet réel, concret, objectif, qui fait partie du monde physique de l’anatomie du cerveau.
  • Dans la conception localisatrice, l’œil cyclope est considéré comme le centre subjectif de la vision binoculaire. C’est par référence à lui que nous ressentons et apprécions, en vision binoculaire, l’espace visuel et ses directions. Dans cette conception l’œil cyclope appartient donc au monde perçu, subjectif, phénoménal ; il se rattache à ce que Schilder appelait : le « schéma corporel  ». Sous cette forme, l’œil cyclope est justifié, encore qu’on ne voit pas pourquoi il s’appelle un œil, puisqu’il n’est en somme qu’un état de conscience.
  • Mais si chacune des deux conceptions précédentes est valable séparément, il est tout à fait inadmissible de vouloir les unir en une seule en prétendant situer l’œil cyclope subjectif, phénoménal, dans le corps objectif, physique. Et c’est cependant ce que l’on fait quand on décrit un œil cyclope, centre subjectif de la localisation visuelle, comme étant situé quelque part entre les deux yeux (physiques !), sur le front (physique !) du sujet (d’où, d’ailleurs, le nom d’œil cyclope, hérité de la mythologie). Un événement subjectif ne peut cependant pas avoir de situation physique dans le corps physique ; et la notion d’un œil unique médian qui remplirait le rôle des deux yeux pour assumer la vision binoculaire n’est pas moins inadmissible.
Bibliographie : Linksz, 1 952 ; Lanthony, 1 971, 1 979.