B Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
Bagolini

Barre de filtres de Bagolini
Barre de filtres rouges de densité optique croissante, permettant, par interposition devant l’œil dominant, de juger de la profondeur de la neutralisation et de la quantifier.

Verres striés de Bagolini
Verres très finement striés (0,005 à 0,008 mm) de raies parallèles, et donnant d’un point lumineux l’image d’une ligne lumineuse perpendiculaire à la direction des stries (comme dans la baguette de Maddox) ; la finesse des stries du verre fait qu’elles ne sont pratiquement pas perçues par le sujet, qui perçoit l’environnement dans les conditions habituelles d’ambiance visuelle. Les deux verres striés sont placés devant les deux yeux de façon à ce que les deux lignes lumineuses que voit le sujet soient perpendiculaires entre elles, de manière à distinguer les stimuli de chacun des yeux. Par leur caractère très peu dissociant pour la vision binoculaire, les verres striés permettent l’étude de celle-ci dans des conditions très proches des conditions naturelles de la vision.
Bibliographie : Bagolini, 1 957, 1 958, 1 961.

Bascule
Nom féminin
Définition générale : système mobile sur un pivot et dont l’une des extrémités s’élève quand l’autre s’abaisse.
L’application du mot à la strabologie en a été faite par Fau, mais le développement pratique de son emploi est dû aux travaux de Berrondo (1 968, 1 977).
Système permettant la fixation d’un des yeux quand on gêne la vision de l’autre pour une distance, une direction ou une zone donnée de l’espace, chaque œil étant alternativement sollicité de façon continuelle.
Par conséquent :
  • Le point essentiel de la mise en bascule est qu’il ne s’agit pas d’un simple changement permanent de l’œil fixateur, tel qu’il est réalisé, par exemple, par l’occlusion ; il s’agit d’un changement de l’œil qui fixe qui est déclenché à chaque moment par le changement même des conditions visuelles (distance, direction, zone de l’espace en cause) ;
  • Il y a par suite 5 possibilités de bascule :
    • Bascule loin-près,
    • Bascule gauche droite,
    • Bascule haut bas,
    • Bascule oblique,
    • Bascule latérale droit devant.
      Pour déclencher la mise en bascule on a deux sortes de méthodes :
      • Méthodes optiques :
        surcorrections et sous-corrections ;
        Pénalisation (cf.) ;
      • Emploi des secteurs (cf.)

  • On appelle parfois « amblyopie à bascule  » une amblyopie qui se développe dans un œil après qu’il ait subi une occlusion plus ou moins prolongée, en général pour traiter une amblyopie préalable de l’autre œil. En fait cette appellation est inexacte, car l’amblyopie ainsi déclenchée est une amblyopie par déprivation, bien différente de nature de l’amblyopie préalable de l’autre œil. Il faut donc mieux éviter le terme de « bascule  » pour la désigner, et l’appeler « amblyopie par occlusion  » (cf.). Référence : Krajevitch, 1 962.

Bi-
Préfixe latin signifiant : « deux  ».
  • D’une façon générale, il sert à désigner un processus qui concerne les deux moitiés du corps ; d’où : bilatéral (et bilatéralité) ; binasal et bi-temporal (pour parler de déficits du champ visuel).
  • En optique, le préfixe « bi  » sert simplement à exprimer la duplication : verre biconvexe ; verre biconcave ; verre bifocal.
  • En strabologie, le préfixe « bi  » sert essentiellement à exprimer l’usage des deux yeux ensemble, d’où les multiples néologismes dérivés :

Bifixation
Nom féminin
Fixation (cf.) des deux yeux ensemble.
Antonyme : monofixation (cf.).

Bifovéal
Adjectif
Terme imprécis. Préférer bifovéolaire (cf. ci-dessous).

Bifovéolaire
Adjectif
Processus qui s’applique ensemble aux deux fovéolæ (fixation ; stimulation ; etc.)
Antonyme : monofovéolaire.

Bimaculaire
Adjectif
Terme imprécis. Préférer bifovéolaire (cf.).

Binoculaire
Adjectif
Se dit d’un processus sensoriel ou moteur mettant en jeu l’usage simultané des deux yeux.
Malgré son sens apparemment clair, le terme « binoculaire  » a en réalité plusieurs acceptions assez différentes, et même quelque peu contradictoires. On peut en effet l’employer pour exprimer :
  • Un processus sensoriel normal, et « binoculaire  » signifie alors : « unification en une seule perception des deux stimuli différents fournis par les deux yeux  ».
    De ce sens sont dérivés :
    • Vision binoculaire,
    • Fusion binoculaire,
    • Relief binoculaire,
    • Parallaxe binoculaire,
    • Acuité visuelle binoculaire.

    Termes et expressions qui sous-entendent tous l’unicité sans équivoque de la perception visuelle résultant de la stimulation des deux yeux.
  • Un processus sensoriel normal, mais instable et qui n’aboutit pas à la fusion binoculaire ; le terme « binoculaire  » exprime alors : « opposition entre les deux stimulations fournies par les deux yeux, et qui sont trop différents l’un de l’autre pour pouvoir être perçus comme unifiés  ».
    De ce sens sont dérivés :
    • Antagonisme (ou rivalité) binoculaire,
    • Contraste binoculaire,
    • Lustre binoculaire.

  • Un processus sensoriel pathologique, conséquence d’une perturbation motrice. Le mot « binoculaire  » signifie alors simplement : « qui concerne les deux yeux  ».
    De ce sens sont dérivés :
    • Diplopie binoculaire,
    • Confusion binoculaire.

  • Un processus purement moteur, exprimant la liaison des mouvements des deux yeux. Le mot « binoculaire  » signifie donc là aussi simplement : « qui concerne les deux yeux  ».
    De ce sens sont dérivés :
    • Mouvements binoculaires,
    • Équilibre binoculaire.

  • On voit que dans l’ensemble le mot « binoculaire  » n’a pas, en lui-même, une signification de normalité. On pourrait donc en principe l’employer en pathologie, et parler de la « vision binoculaire  » du strabique. En réalité on hésite à le faire et on emploie souvent des néologismes discutables comme « bi-oculaire  » ou « di-oculaire  » pour tâcher d’exprimer l’emploi des deux yeux ensemble dans des conditions anormales ; le meilleur terme est sans doute celui que propose Goldmann (1 967) : « bi-monoculaire  » ; mais il n’a pas été généralement utilisé dans la littérature strabologique.

Binocularité
Nom féminin
Néologisme qui a l’avantage d’être bref, mais qui donne lieu aux mêmes ambiguïtés que l’expression : vision binoculaire. On parle donc là encore soit de « binocularité normale  », soit de « binocularité anormale  », tout en sous-entendant que le terme employé seul signifie plutôt normalité.

Bielschowsky (Alfred)
Éminent ophtalmologiste allemand, dont le nom reste notamment attaché aux termes suivants :

Manœuvre de Bielschowsky (1 938)
Manœuvre clinique utilisée dans le diagnostic des paralysies du grand oblique ; elle consiste à incliner la tête du sujet successivement sur chaque épaule ; en cas de paralysie, on observe :
  • D’une part, une augmentation de l’hypertropie de l’œil atteint quand on incline la tête sur l’épaule du même côté ;
  • D’autre part, une diminution ou une disparition de cette hypertropie quand on incline la tête sur l’épaule du côté opposé.

Extension de la manœuvre de Bielschowsky
Plusieurs auteurs (Haagedorn, 1 942, in : Crone, 1 973 ; Parks, 1 958 ; Helveston, 1 967) ont proposé d’utiliser la manœuvre de Bielschowsky non seulement pour le diagnostic des paralysies du grand oblique, mais aussi pour le diagnostic des paralysies des autres muscles verticaux, par le moyen d’une méthode en plusieurs temps :
  • 1er temps : cover-test alterné en position primaire, qui indique l’œil en hypertropie, et limite le nombre de muscles atteints à 4 (un des deux élévateurs d’un œil, ou un des deux abaisseurs de l’autre œil) ;
  • 2e temps : cover-test dans les regards latéraux droit et gauche, qui limite le nombre de muscles atteints à deux (un élévateur d’un œil, ou un abaisseur de l’autre) ;
  • 3e temps : manœuvre de Bielschowsky, qui choisit entre les deux muscles possibles (pour détails, voir par ex. : von Noorden, 1 971).

Phénomène de Bielschowsky (1 931)
Phénomène, apparemment paradoxal, qui se produit au cours de la déviation verticale dissociée (cf.) :
  • L’œil couvert, lors du cover-test, se trouve dévié vers le haut ;
  • Si, alors, on place devant l’œil resté découvert un filtre neutre de densité suffisante, on constate que l’œil couvert effectue peu à peu un mouvement vers le bas, d’autant plus marqué que le filtre est plus dense.

Signe de Bielschowsky
Il sert en général à désigner l’élévation de l’œil atteint qui se produit lors de la manœuvre de Bielschowsky ; parfois utilisé pour désigner le « phénomène  » ou le « test  » du même auteur, ce qui est source de confusion.

Test de Bielschowsky
Il sert à désigner l’appareil qui permet de réaliser deux post-images en croix (une horizontale, une verticale) au moyen d’un stimulus lumineux (tube électrique ou flash électronique), pour tester la correspondance rétinienne. En fait il serait plus exact de dire : « test, ou épreuve, de Hering  » (inventeur du principe) et « appareil de Bielschowsky  » (inventeur de la technique) ; ou encore : « test de Hering-Bielschowsky  »

Blocage
Nom masculin
Dans le langage courant, le terme « blocage  » signifie : « action de bloquer, c’est-à-dire de rendre fixe  » (Littré) ; « action d’immobiliser, d’arrêter, de ne pas laisser de jeu  » (Larousse) ; il est synonyme de « coincer, d’empêcher de se mouvoir  » (Robert).
Dans le langage strabologique, le mot « blocage  » a en fait plusieurs sens, d’où une certaine confusion ; il peut en effet servir à désigner un signe, un syndrome ou un mécanisme pathogénique (Weiss, 1 979). Nous envisagerons ces 3 acceptions.

Le signe du blocage
Immobilisation, totale ou partielle, non paralytique, uni ou bilatérale, d’un mouvement oculaire, pouvant se produire pour une ou plusieurs directions ou distances du regard.
  • Immobilisation totale ou partielle : cela indique que le mouvement concerné peut soit disparaître entièrement, soit seulement diminuer en amplitude, vitesse, etc.
  • Immobilisation non paralytique : cela indique que le mouvement s’exerce librement en dehors des conditions spécifiques au blocage ; il insiste donc sur le caractère dynamique et variable du processus, c’est-à-dire sur son caractère essentiellement fonctionnel ;
  • Immobilisation unilatérale ou bilatérale : cela indique le fait qu’un seul des deux yeux peut être le siège du blocage, et qu’il y a donc une sorte de rupture de la conjugaison normale des mouvements des deux yeux dans ces cas ;
  • Les mouvements oculaires concernés par les blocages sont en pratique de deux types : d’une part les nystagmus, ou il s’agit de l’arrêt des mouvements oscillants qui les caractérisent ; d’autre part certains strabismes, ou il s’agit de la limitation d’un mouvement de version ;
  • Une ou plusieurs directions ou distances du regard : cela indique en fait la variabilité des circonstances dans lesquelles peut se produire un blocage. C’est ainsi qu’un nystagmus peut se bloquer dans une direction latérale du regard au loin en vision binoculaire, mais aussi ne se bloquer qu’en convergence, ou encore se bloquer en vision binoculaire alors qu’il existe en vision monoculaire (nystagmus latent), etc. De même, une ésotropie peut se bloquer pour un œil dans une position d’adduction et pas pour l’autre œil, etc.
Le syndrome de blocage
Ensemble séméiologique, individualisé par Cüppers, et comportant :
  • Une ésotropie congénitale ou précoce ;
  • Une limitation bilatérale de l’abduction (au maximum, pseudo-paralysie des droits externes), avec un nystagmus manifeste quand l’œil se porte en abduction (notamment sous anesthésie générale) ;
  • Une séméiologie clinique spéciale, avec notamment le signe du stop (Corcelle, 1 962) et le signe du prisme de Cüppers (cf.) ;
  • Une séméiologie électrooculographie spéciale.
Références : Adelstein, Cüppers, 1 966 ; Mülhendyck, 1 976 ; J Fr Orthopt. 1 978, n° 10

Le blocage comme mécanisme pathogénique
Mécanisme de compensation motrice, par lequel serait empêché de se manifester un nystagmus congénital considéré comme le dérèglement oculomoteur primitif, et qui est en général réalisé par la mise en adduction d’un ou des deux yeux aboutissant à leur immobilisation.
Cette conception pathologique est due à Cüppers, pour qui il s’agit essentiellement de phénomènes innervationnels : « procédés compensatoires innervationnels dans lesquels une impulsion innervationnelle bien définie (adduction ou déplacement du regard) est capable de diminuer ou de supprimer la manifestation d’une autre impulsion innervationnelle (le nystagmus)  » (Cüppers. 1 978). En fait ce mécanisme est discuté ne serait-ce qu’à cause de la fréquence des nystagmus sous-jacents au strabisme qu’elle suppose, de la difficulté de mettre en évidence ce nystagmus hypothétique, et de la possibilité des phénomènes de spasme et de contracture dans ces strabismes (Weiss, 1 976). Pour ne pas préjuger de la pathogénie des ésotropies congénitales von Noorden (1 976) propose le terme : « syndrome de compensation du nystagmus  » pour désigner ces formes de strabisme, formule que Cüppers trouve cependant insuffisante (1 978).

Brouillage
Nom masculin
Définition générale : action consistant à troubler ou empêcher la réception d’un signal (principalement d’un signal sonore).
L’emploi du mot en strabologie dérive directement de cette définition d’ensemble :
Méthode de traitement de l’amblyopie, consistant à réduire l’acuité visuelle au moyen d’un filtre placé sur un des verres de lunettes, et qui altère les contours et la forme des objets visibles sans les cacher complètement.
  • En pratique le brouillage est réalisé soit de façon approximative au moyen de scotch, de papier transparent adhésif, de vernis à ongle incolore, etc. Mis sur le verre de lunettes voulu ; ou bien de façon précise, au moyen de filtres adhésifs calibrés (filtres Ryser) réduisant l’acuité à un niveau connu.
  • Il est habituel de distinguer le brouillage de deux procédés, en fait voisins, de traitement de l’amblyopie :
    • D’une part l’occlusion : mais on appelle parfois le brouillage : « occlusion incomplète  » ou : « occlusion calibrée  » (cf. : Occlusion) ;
    • D’autre part la pénalisation : mais le brouillage peut être considéré comme une variante de celle-ci, et la pénalisation optique répond à une définition voisine de celle du brouillage (cf. : Pénalisation).

  • Il ne faut pas confondre le brouillage avec la méthode du « brouillard  », procédé d’étude de la réfraction.

Brown (Syndrome de)
Syndrome oculomoteur, typiquement congénital et unilatéral, et dont le signe principal est la limitation ou l’impossibilité de l’élévation de l’œil en adduction. (Brown, 1 950, 1 973).
  • La limitation de l’élévation en adduction est mise en évidence lors des ductions volontaires, des versions, et plus encore par le test de duction forcée (cf.), et Fells (1 975) a proposé une chirurgie basée sur le test de duction forcée répété à chaque temps opératoire.
  • Le syndrome est souvent plus complexe et parfois peut comporter éventuellement :
    • Abaissement de l’œil en adduction (downshoot ou downdrift des auteurs anglo- saxons) ;
    • Torticolis compensatoire ;
    • Strabisme avec A exotropie ou V ésotropie ;
    • Élargissement de la fente palpébrale en adduction.

  • L’étiologie classique du syndrome de Brown est la fibrose de la gaine du grand oblique ; en réalité cependant il a été décrit :
    • Des syndromes de Brown acquis secondaires à un traumatisme local, une sinusite frontale touchant la poulie du grand oblique, une intervention chirurgicale, etc. (parfois appelés : faux, ou simulé, ou pseudo-syndrome de Brown) ;
    • Des formes intermittentes, peut-être innervationnelles.

Brückner (tests de)
Définition : ensemble de procédés objectifs de diagnostic précoce du strabisme et de l’amblyopie chez le très jeune enfant, comportant :
  • Le test dit « de la lampe de poche  », qui met en évidence la symétrie, ou l’absence de symétrie, des reflets cornéens ;
  • Le test dit : « de transillumination  »… Qui compare à la fois la position des reflets cornéens et la couleur des deux pupilles ;
  • L’ophtalmoscopie indirecte et directe.
Bibliographie : Brückner, 1 974.