A Le « Dictionnaire du Strabisme » de Philippe Lanthony
A (pattern, phénomène, syndrome, type)
Variété de strabisme alphabétique (cf.) caractérisé par une divergence relative des axes visuels dans le regard en bas (ou par une convergence relative dans le regard en haut), figurant donc la lettre A.
Variétés : deux principales :

Ésotropie A :
Ésotropie dont l’angle diminue dans le regard en bas, et augmente dans le regard en haut.
Signes associés classiques :
  • Hyperaction des grands obliques, hypo-action des petits obliques, incyclotorsion ;
  • Torticolis : menton levé ;
  • Faciès mongoloïde.

Exotropie A :
Exotropie dont l’angle diminue dans le regard en haut, et augmente dans le regard en bas.
Signes associés classiques :
  • Hyperaction des grands obliques, hypo-action des petits obliques, incyclotorsion ;
  • Torticolis : menton abaissé ;
  • Faciès antimongoloïde.

Autres variétés :

Type A dit pur
Ésotropie regard en haut, exotropie regard en bas, orthoposition entre les deux ;

Type lambda
  • Soit ésotropie qui diminue seulement regard en bas ;
  • Soit exotropie qui n’existe que regard en bas.

Abréviations strabologiques
Les principales abréviations employées dans le strabisme sont classées ci-après sous 4 titres arbitraires :
  • Anatomiques
  • Physiologiques
  • Déviation motrice
  • Déviation sensorielle.
Abréviations anatomiques
  • DL : muscle droit latéral
  • DM : muscle droit médial, ou muscle droit inférieur ; si le contexte ne suffit pas à indiquer lequel des deux est en cause, on précise comme suit :
  • DM : droit médial
  • DI : droit inférieur
  • DS : muscle droit supérieur
  • FO : fond d’œil
  • OS : muscle oblique supérieur
  • OD : œil droit
  • ODG : deux yeux
  • OG : œil gauche
  • OI : muscle oblique inférieur
Abréviations physiologiques
  • ac : avec correction optique
  • AC/A rapport de l’accommodation-convergence à l’accommodation
  • AV : acuité visuelle
  • C : amplitude de convergence de loin
  • C’ : amplitude de convergence de près
  • D : amplitude de divergence de loin
  • D’ : amplitude de divergence de près
  • F : fusion de loin
  • F’ : fusion de près
  • HF : test stéréoscopique House Fly (mouche)
  • JOD : mesure au Javal de l’œil droit
  • JOG : mesure au Javal de l’œil gauche
  • P (suivi d’un chiffre) : acuité visuelle en vision de près au test de Parinaud ; par ex. : P3 signifie : acuité visuelle permettant la lecture du paragraphe n° 3 de ce test.
  • PI : post-image
  • ppc : punctum proximum de convergence
  • RDE : random dots E (test stéréoscopique)
  • sc : sans correction optique
  • VB : vision binoculaire
  • VOD : vision de l’œil droit
  • VOG : vision de l’œil gauche
Abréviations concernant la déviation motrice
La première lettre majuscule indique le sens de la déviation :
  • E : éso (en dedans)
  • X : exo (en dehors)
  • H : hyper (en hauteur), toujours appliqué à l’œil le plus haut
La deuxième lettre, en indice, en exposant, ou en majuscule, indique le caractère manifeste du strabisme :
  • ET : ésotropie
  • XT : exotropie
  • HT : hypertropie
Le caractère intermittent du strabisme est indiqué en mettant la lettre entre parenthèses :
  • E (T) : ésotropie intermittente
  • X (T) : exotropie intermittente
  • H (T) : hypertropie intermittente
Le caractère latent du strabisme (hétérophorie) est indiqué en supprimant la seconde lettre :
  • E : ésophorie
  • X : exophorie
  • H : hyperphorie
Pour certains, l’intermittence est aussi indiquée par l’usage simultané des deux indications de phorie et de tropie :
  • E-ET : ésotropie intermittente (ou ésophorie-tropie)
  • X-XT : exotropie intermittente (ou exophorie-tropie)
  • H-HT : hypertropie intermittente (ou hyperphorie-tropie)
L’adjonction d’un signe prime à la première lettre indique qu’il s’agit de la déviation de près ; pour la déviation de loin la lettre est seule :
  • E X H : éso exo hyper : de loin
  • E’X’H’ : éso exo hyper : de près
Une troisième lettre est parfois ajoutée pour indiquer l’œil en cause ; c’est essentiellement le cas pour les hyperdéviations ; la troisième lettre indique alors l’œil le plus haut :
  • HD : hyperphorie droite
  • HG : hyperphorie gauche
Cette convention arbitraire est critiquable, parce qu’elle néglige le fait que c’est l’œil le plus bas qui peut être pathologique : et que ce qui est indiqué comme une hypertropie droite, par exemple, peut être en réalité une hypotropie gauche en rapport avec une paralysie d’un muscle élévateur de l’œil gauche.
On notera encore que les cyclodéviations n’ont pas d’abréviations et que l’on est obligé de les mentionner de façon descriptive. Dans l’ensemble cependant ce système d’abréviation des déviations strabiques est très pratique ; par exemple : XT-X’+HD exprime en quelques signes qu’il existe une exotropie de loin constante, associée à une exophorie de près constante et à une hyperphorie de l’œil droit.
Parmi les abréviations concernant la déviation on peut aussi ranger les diverses lettres utilisées pour la description des formes dites alphabétiques de strabisme : A, V, X (ambigu !), K, et les lettres grecques employées (cf. : Alphabétique).
Abréviations concernant la déviation sensorielle
  • AA : angle d’anomalie :
  • AO : angle objectif
  • AOE : angle objectif de l’espace
  • AS : angle subjectif
  • CRA : correspondance rétinienne anormale
  • CRAH : correspondance rétinienne anormale harmonieuse ; en cas de correspondance rétinienne anormale non harmonieuse il n’y a pas d’abréviation usuelle.
  • CRN : correspondance rétinienne normale
  • PMS : perception maculaire simultanée.
Bibliographie : Lancaster, 1 943
Glossary of British Orthoptic Society Wheeler, 1 970.

Accommodation
Nom féminin
Définition, selon Helmholtz : processus par lequel l’œil est capable de voir distinctement des objets situés à des distances différentes.
L’accommodation est donc l’ensemble des processus d’ajustement dioptrique de l’œil, réalisés à peu près exclusivement par les modifications de forme du cristallin, grâce à un mécanisme de feedback dont le stimulus est la netteté de l’image optique formée sur la rétine, notamment quand la fixation change de distance.

Acuité visuelle
Pouvoir de résolution de l’œil.
En réalité, il n’y a pas une acuité visuelle mais des acuités visuelles, et il est classique de distinguer :
  • Minimum visible : plus petit objet visible :
  • Minimum de décalage : plus petit décalage perceptible entre deux lignes acuité d’alignement ;
  • Minimum de déplacement : plus petit changement de position discernable ;
  • Minimum separabile : c’est principalement celui qui est utilisé pour apprécier l’acuité visuelle en clinique :
D’où :
Mesure du plus petit angle visuel que l’œil est capable de discriminer entre deux unités spatiales données.

Adaptation
Nom féminin
Phénomène d’ajustement physiologique d’un organe ou d’un système, réalisant un nouvel équilibre de fonctionnement, et consécutif, en général, à une modification des conditions de l’environnement.
En strabologie, il est habituel de parler des phénomènes d’adaptation sensorielle et motrice du strabique à sa déviation. En fait, cependant, cette appellation n’est pas très exacte, puisque le mot « adaptation  » désigne en principe les processus physiologiques du sujet normal ; en physiopathologie, il est plus approprié de parler de processus de compensation (cf. : Compensation).

Affaiblissement musculaire
Nom masculin
Terme générique servant à désigner toute opération chirurgicale qui aboutit à diminuer l’efficacité de l’action d’un muscle oculomoteur.
Les principaux types d’affaiblissement musculaire sont les suivants :
  • Allongement
  • Anse
  • Myectomie
  • Myopexie
  • Myotomie
  • Recul
  • Ténectomie
  • Ténotomie
Pour détails, cf. tous ces mots.

Agoniste
Adjectif
Se dit d’un muscle qui, parmi un groupe de muscles participant à la réalisation d’un mouvement volontaire ou réflexe, exerce l’action principale et détermine la direction de ce mouvement.
« Agoniste  » a un sens voisin de « protagoniste  » lequel signifie : « acteur qui a le rôle principal  ». C’est un néologisme médical, venu de «  antagoniste  » (cf. ce mot) : il n’y a pas de nom correspondant (agonisme est incorrect).
À partir du muscle agoniste on définit :
  • Les synergistes homolatéraux ;
  • Les antagonistes homolatéraux ;
  • Les synergistes hétéro-latéraux ;
  • Les antagonistes hétéro-latéraux.
(cf. : antagoniste ; synergiste).
Il est essentiel de souligner qu’à un muscle agoniste donné correspondent des antagonistes et synergistes qui sont différents suivant les mouvements en cause ; par exemple le grand oblique est synergiste homolatéral du droit supérieur dans l’adduction, mais ils sont antagonistes en élévation, le droit supérieur élevant l’œil alors que le grand oblique est un abaisseur.

Allongement musculaire
Nom masculin
Opération chirurgicale aboutissant à une augmentation de longueur du muscle oculomoteur en cause, sans déplacement de son insertion.

Alphabétique (pattern, phénomène, syndrome, type)
Adjectif
Strabisme avec incomitance horizontale dans les positions secondaires verticales des yeux ;
Se traduisant par l’existence d’une différence significative entre les mesures de l’angle de déviation dans le regard directement en haut et dans le regard directement en bas.
Décrits par Urrets-Zavalia (1 948) ; dénommés par Costenbader (1 958)

Dénomination
Il n’y a pas accord unanime sur la terminologie des strabismes dits alphabétiques. Le terme « phénomène  » est sans doute trop général : « pattern  » est un anglicisme, et désigne la lettre même ; on dit : « strabisme avec pattern A  » ; le mot « type  » désigne le strabisme lui-même en spécifiant la lettre ; on dit : « type A d’ésotropie  » ou encore : « ésotropie type A  ». Il paraît plus simple encore d’éviter tous ces termes et de dire au plus court : « ésotropie A  » ou : « A ésotropie  » qui est parfaitement clair. De toute manière, il faut éviter de dire « syndrome  » alphabétique sauf dans le cas où existent les signes associés classiques.

Variétés : deux principales :
  • Strabisme A : caractérisé par une divergence relative des axes visuels dans le regard en bas (ou par une convergence relative dans le regard en haut), figurant donc la lettre A.
  • Strabisme V : caractérisé par une divergence relative des axes visuels dans le regard en haut (ou par une convergence relative dans le regard en bas), figurant donc la lettre V.
On peut ainsi décrire 5 types possibles de A et 5 types possibles de V ; dans certains cas la rectitude des yeux peut exister dans une direction donnée du regard, avec possibilité de torticolis oculaire associé et d’une certaine vision binoculaire.
Autres variétés :
Types X (ou plutôt K) ; type losange ; types lambda et gamma.
(Pour ces variétés cf. aussi aux différentes appellations : A, V, X, etc.).

Signes associés :
  • Torticolis : typiquement destiné à mettre le regard dans la direction où la déviation est minima ou nulle, c’est-à-dire :
    • Menton levé : dans A ésotropie et V exotropie,
    • Menton baissé : dans V ésotropie et A exotropie.

  • Signes faciaux
    • Type mongoloïde :
      • Hyperplasie malaire,
      • Abaissement du canthus interne,
      • Paupière inférieure rectiligne.

    • Type antimongoloïde :
      • Hypoplasie malaire,
      • Abaissement du canthus externe,
      • Paupière inférieure en S.

Inconstants et variables, ce sont cependant des signes d’appel.

Principes chirurgicaux
  • La chirurgie classique seule des muscles horizontaux peut déjà corriger jusqu’au 15 ou 20 dioptries du strabisme alphabétique ;
  • Décalage vertical des muscles horizontaux :
    Règle de Knapp : il faut déplacer l’insertion du muscle dans la direction ou l’on désire réduire son action horizontale, c’est-à-dire :
    • Déplacer les droits internes vers la pointe du pattern A ou V ;
    • Déplacer les droits externes vers l’ouverture du pattern A ou V ;

  • Recul oblique des droits horizontaux : (Bietti, 1 970 ; Boyd, 1 971 ; Lavat, 1 972)
    • Il faut reculer davantage le muscle dans la partie dont on désire réduire le plus l’action horizontale ;
    • Règle pratique :
      • Recul en V dans les strabismes A ;
      • Recul en A dans les strabismes V ;

  • Action sur les obliques :
    Elle n’est justifiée qu’en cas d’hyperaction, d’hypo-action ou de torsion ;
  • Action sur les droits verticaux :
    Règle : décaler le muscle dans la direction où l’on veut augmenter son action horizontale.


Alternance
Nom féminin
Caractéristique d’un phénomène qui porte tour à tour et de façon sen-si-blement égale sur chacun des deux yeux.
  • Dans le langage courant, le mot « alternance  » (ne pas confondre avec « alternative  ») est défini comme : « action d’alterner  », c’est-à-dire : « se succéder régulièrement  » (Larousse), ou : « faire une chose à deux et tour à tour  » (Littré) définition qui s’applique particulièrement bien aux deux yeux ;
  • En strabologie, cependant, la définition de l’alternance est un peu équivoque, car on dit souvent qu’un strabisme est alternant quand chacun des deux yeux est capable de prendre et de garder plus ou moins longtemps la fixation. En réalité, pourtant, ce n’est pas la fixation qui sert à définir le strabisme, c’est la déviation : et il serait donc plus exact de dire que l’alternance est cette caractéristique d’un strabisme où chacun des deux yeux dévie tour à tour. C’est d’ailleurs ce qui est déjà sous entendu quand on parle d’hyperphorie alternante ou de nystagmus alternant ; c’est le fait pathologique lui-même qui est désigné et qualifié.

Alternance (degrés d’alternance)
Caractéristique temporelle, estimant de façon quantitative l’alternance d’un strabisme, d’après la durée respective des phases pendant lesquelles chacun des deux yeux dévie ; ou, si on préfère, pendant lesquelles chacun des deux yeux est capable de prendre et de garder la fixation.
On peut distinguer les degrés suivants d’alternance (Burian, Syllabus, p. 28) :
  • L’œil habituellement dévié peut assurer la fixation durant quelques secondes, ou jusqu’à un clignement, quand l’œil habituellement fixateur a été couvert puis découvert ;
  • L’œil habituellement dévié peut prendre la fixation et la garder pendant une période prolongée, quand l’œil habituellement fixateur a été couvert puis découvert ;
  • Alternance possible sur commande ;
  • Alternance libre dans la vie courante ;
  • Enfin un cas particulier est représenté par la fixation croisée : l’œil droit est utilisé pour regarder vers la gauche, l’œil gauche est utilisé pour regarder vers la droite.
Le degré d’alternance sert à définir le pattern (ou type) de fixation binoculaire (Zipf, 1 976) (cf. : Fixation).

Amblyopie
Nom féminin
Définition générale : diminution, unilatérale ou bilatérale, fonctionnelle ou organique, de certaines fonctions visuelles, principalement de la discrimination des formes.
Cette définition générale englobe donc :
  • Non seulement l’amblyopie strabique,
  • Mais aussi :
    • Les amblyopies organiques, d’étiologies variées, pas toujours évidentes au premier abord, et qui peuvent poser un diagnostic difficile avec les amblyopies fonctionnelles ;
    • Les amblyopies fonctionnelles bilatérales, par exemple celles des amétropies fortes ou du nystagmus congénital ;
    • Non seulement la baisse de l’acuité visuelle, signe le plus évident d’amblyopie, mais aussi tout le cortège des signes associés, qui font des amblyopies plus un syndrome qu’un signe isolé.

En matière de strabisme, cependant, on donne généralement au mot « amblyopie  » un sens plus restreint qui peut s’exprimer ainsi :
Définition de l’amblyopie strabique : syndrome fonctionnel de diminution unilatérale de certaines fonctions visuelles, dont la principale est la discrimination des formes, sans cause cliniquement décelable, non améliorable instantanément par la correction optique de l’amétropie, mais curable en général à terme par une thérapeutique appropriée.
Il convient encore de souligner que :
  • « Sans cause cliniquement décelable  », cela indique la possibilité de lésions organiques infracliniques, comme celles qui ont été provoquées expérimentalement chez l’animal (cf. par exemple : Wiesel. Hubel. 1 963 ; von Noorden, 1 971) ;
  • « Curable à terme  », cela n’est valable que dans certaines limites d’âge et de précocité du traitement ;
  • Il faut formellement distinguer l’amblyopie de la neutralisation :
    • L’amblyopie est unilatérale. Elle existe en vision monoculaire et persiste en vision binoculaire ;
    • La neutralisation est bilatérale, mais sur un seul œil à la fois ; elle n’existe qu’en vision binoculaire et disparaît en vision monoculaire.

Mots dérivés :
Amblyopie alternante : synonyme de neutralisation.
Terme déplorable et équivoque qu’il faut éviter.

Amblyopie amétropique :
Amblyopie attribuable à une amétropie non corrigée, non améliorée ou normalisée aussitôt par la correction optique. On distingue de plus l’amblyopie isométropique et l’amblyopie anisométropique.

Amblyopie anisométropique :
Amblyopie unilatérale, attribuable à une anisométropie non corrigée, et portant sur l’œil le plus amétrope.

Amblyopie d’arrêt (Chavasse) :
Amblyopie fonctionnelle, attribuée à une interruption dans le développement normal de la vision, survenu précocement dans la vie et bloquant l’acuité visuelle au niveau normal atteint à ce moment.

Amblyopie congénitale :
Au sens large : amblyopie existant dès la naissance (et qui peut être mise en évidence par des méthodes objectives). On restreint souvent le sens de ce terme à une amblyopie unie ou bilatérale, sans cause organique évidente, sans amétropie ni strabisme manifeste et dont la cause peut rester indéterminée.

Amblyopie par défocalisation :
Amblyopie fonctionnelle attribuable à une mauvaise ou insuffisante mise au point sur la rétine de l’image dioptrique de l’œil. Ce mécanisme est valable non seulement pour les amblyopies amétropiques mais aussi pour l’amblyopie strabique puisque l’œil dévié n’est pas correctement focalisé sur l’objet qui forme son image sur sa rétine (Ikeda. Wright. 1 974).

Amblyopie par déprivation :
Amblyopie fonctionnelle attribuable à une insuffisance ou une absence de stimuli appropriés atteignant la rétine, du fait d’un obstacle siégeant sur le trajet des rayons lumineux, et qui persiste après la suppression de cet obstacle (cataracte congénitale, ptôsis congénital, taies de cornée, etc. Voire aussi tarsorraphie précoce ou occlusion).

Amblyopie ex anopsia :
Terme classique qui sert généralement à désigner l’amblyopie strabique.
En réalité, cependant, le terme est assez équivoque, et il paraît beaucoup plus logique de le réserver, comme le fait von Noorden (1 968), aux amblyopies par déprivation, qui sont véritablement « ex anopsia  », c’est-à-dire « par non-usage  ».

Amblyopie d’extinction (Chavasse) :
Amblyopie fonctionnelle attribuée à une interruption dans le développement normal de la vision, compliquée d’une régression de l’acuité visuelle à un niveau inférieur à celui qui avait été atteint. Ce niveau visuel peut cependant être récupéré par un traitement approprié.

Amblyopie facultative : synonyme de neutralisation.
Terme très équivoque et qu’il faut éviter.

Amblyopie fonctionnelle :
Amblyopie dans laquelle il n’est retrouvé cliniquement aucune lésion apparente de la rétine ou des voies visuelles pouvant lui servir de substrat anatomique.
L’amblyopie fonctionnelle s’oppose donc à l’amblyopie dite « organique  » ; cependant en fait :
  • La limite n’est pas très bien tranchée, et il peut exister des lésions organiques infracliniques, comme celles qui ont été provoquées expérimentalement chez l’animal (cf. par exemple : Wiesel. Hubel. 1 963 ; von Noorden, 1 971) ;
  • L’association des deux types est possible, l’amblyopie fonctionnelle se superposant à l’amblyopie organique et abaissant encore l’acuité visuelle ; le diagnostic se fait alors par le caractère réversible sous traitement de la part fonctionnelle d’amblyopie ;
  • On peut considérer qu’il existe en fait une gradation dans l’organicité de l’organique pur au fonctionnel pur ; cette gradation permet une classification des types d’amblyopies (cf. : amblyopie organique).

Amblyopie hystérique : cf. : hystérique.

Amblyopie isométropique :
Amblyopie bilatérale, attribuable à une amétropie forte non corrigée ; il ne faut pas la confondre, bien entendu, avec l’acuité visuelle insuffisante due simplement à l’absence de correction optique, et totalement et immédiatement normalisée par celle-ci. L’amblyopie isométropique, au contraire, n’est que peu améliorée immédiatement par la correction, et ne régresse que progressivement.

Amblyopie obligatoire :
Synonyme d’amblyopie fonctionnelle unilatérale.
Terme employé par opposition à « amblyopie facultative  » qui sert à désigner parfois la neutralisation. Le qualificatif « obligatoire  » exprime le fait qu’elle ne disparaît pas en vision monoculaire, à l’inverse de la neutralisation.
Toute cette terminologie complexe et équivoque doit être évitée.

Amblyopie par occlusion :
Amblyopie qui se développe dans un œil après une occlusion plus ou moins prolongée, en général pour traiter une amblyopie de l’autre œil. On appelle parfois cette amblyopie « amblyopie à bascule  » ; mais en réalité cette appellation est inexacte car les deux sortes d’amblyopies sont radicalement différentes :
  • La première, celle qu’on a voulu traiter par l’occlusion, est en général une amblyopie strabique, déclenchée comme phénomène réactionnel à la déviation et à la redondance des informations visuelles, que l’amblyopie élimine ;
  • La seconde, l’amblyopie par occlusion, est au contraire une amblyopie par déprivation, provoquée par la suppression des informations visuelles ; on ne peut donc absolument pas les assimiler l’une à l’autre et parler de « bascule  » comme si l’amblyopie avait seulement changé d’œil ; et ce d’autant plus que l’amblyopie primitive peut parfaitement persister sur le premier œil.

Amblyopie organique :
Amblyopie dans laquelle on retrouve cliniquement une lésion de la rétine ou des voies visuelles à laquelle cette amblyopie est attribuable. En réalité, cependant, il n’est pas toujours facile de séparer ce qui est amblyopie organique et ce qui est amblyopie fonctionnelle ; en effet :
  • Il peut exister de lésions organiques infracliniques dans les amblyopies « fonctionnelles  », comme celles qui ont été provoquées expérimentalement chez l’animal, (cf. par exemple : Wiesel, Hubel, 1 963 ; von Noorden, 1 971) ;
  • Une amblyopie fonctionnelle peut être provoquée par une lésion organique, et persister après suppression de celle-ci (par exemple : l’amblyopie fonctionnelle qui persiste après opération de la cataracte congénitale) ;
  • Les deux types peuvent coexister : l’amblyopie fonctionnelle se superpose à l’amblyopie organique pour abaisser encore l’acuité visuelle ;
  • On peut donc considérer qu’il existe une gradation, d’organicité décroissante, depuis l’amblyopie organique pure jusqu’à l’amblyopie fonctionnelle pure, suivant le schéma ci-dessous (Lanthony, 1 977) :
    • Amblyopie organique, par lésion directe de la rétine ou des voies visuelles ;
    • Amblyopie par déprivation ; (cf.)
    • Amblyopie d’origine dioptrique ; (par amétropie cf.)
    • Amblyopie d’origine motrice : en général celle du strabisme ou du nystagmus congénital ;
    • Amblyopie hystérique : prise pour type de l’amblyopie purement fonctionnelle (cf.).

Bibliographie : très importante ; citons :
Monographies : Bangerter, 1 953 ; Conreur, 1 969 ; Schapero, 1 971 ;
Symposia : Weeckers, 1 967 ; Arruga, 1 968 ; Fells, 1 976 ;
Articles : Cüppers, 1 956, 1 957, 1 961, 1 962, 1 963, 1 967 ; Linksz, 1 964, Roth, 1 968 ; von Noorden, 1 968, 1 978 ; Thomas, 1 971, 1 973 ; etc.

Amétropie
Nom féminin
Modification de l’état de la réfraction oculaire telle que l’image d’un objet à l’infini ne se forme pas, en l’absence d’accommodation, dans le plan de la rétine.

Ammann (test d’Ammann)
Normalisation de l’acuité visuelle en basse lumière au cours de l’amblyopie fonctionnelle.
Le test est réalisable au moyen de filtres neutres (von Noorden, Burian, 1 959) ou d’un adaptomètre avec appréciation de « l’acuité visuelle  » (Bessière et coll. 1 967) ; il a une certaine valeur pour distinguer les amblyopies fonctionnelles des amblyopies organiques (Ammann, 1 921).

Amplitude
Nom féminin
Définition générale : écart maximum possible, par rapport à une valeur ou à une position moyenne d’équilibre, d’une quantité qui varie autour de cette valeur ou de cette position.
En strabologie, on parle de :

Amplitude de fusion motrice
Quantité totale de vergence possible sans dissocier la vision binoculaire (ou : sans rompre l’haplopie).
On la subdivise en amplitude de convergence, de divergence, de vergence verticale et de vergence torsionnelle.

Amplitude de fusion sensorielle
Entité clinique moins étudiée, mais de réalité certaine, elle correspond en physiologie normale à la disparité de fixation ; en pathologie, elle désigne la pseudo-fusion qui peut exister dans la correspondance anormale entre un point d’un œil et une zone plus ou moins étendue, et en tout cas non ponctuelle, de l’autre œil.

Angle
Nom masculin
Le concept d’angle est fondamental en strabologie, et on peut distinguer :
  • Les angles de l’optique géométrique ;
  • Les angles du strabisme.

Angles de l’optique géométrique
On en a décrit de multiples, mais nous nous limiterons à ceux qui ont un intérêt en clinique strabologique.
  • Angle alpha
    Angle entre l’axe optique et l’axe visuel : intérêt théorique.
  • Angle kappa
    Angle entre l’axe visuel et l’axe pupillaire : intérêt théorique.
  • Angle lambda
    Angle entre l’axe pupillaire et la ligne de visée principale. C’est cet angle que l’on mesure en pratique clinique, car il a son sommet à la pupille d’entrée, qui est une entité clinique réellement observable ; on doit distinguer :
    • Angle lambda positif : ligne de visée nasale par rapport à l’axe pupillaire ; règle habituelle (si grand angle : pseudo-exotropie) ;
    • Angle lambda négatif : ligne de visée temporale par rapport à l’axe pupillaire ; plus rare (si grand angle : pseudo-ésotropie).
      En pratique clinique, on parle souvent de la mesure de l’angle alpha, ou de l’angle kappa ; ce n’est pas entièrement correct, mais la différence pratique est inappréciable. (Franceschetti, Burian, 1 971).

  • Angle visuel
    Angle sous-tendu par deux droites tracées à partir des extrémités d’un objet, ou à partir de deux points objets séparés, et concourant sur un point de référence de l’œil (pupille d’entrée, point nodal, etc.).
    Synonyme : angle optique, diamètre apparent.
    La notion d’angle visuel est importante, car c’est à partir d’elle que sont définies les diverses sortes d’acuités visuelles : angle visuel de minimum visible ; angle visuel de minimum separabile ; etc. (cf. : acuité visuelle).

Les angles du strabisme
Pour ces notions fondamentales et complexes on ne peut se contenter de définitions brèves, d’autant plus que les confusions sont fréquentes sur cette matière et nécessitent des explications détaillées.
Il y a trois angles dans la terminologie du strabisme :
  • L’angle objectif,
  • L’angle subjectif,
  • L’angle d’anomalie ;
Ils seront étudiés dans cet ordre, qui n’est pas l’ordre alphabétique, mais qui est l’ordre logique.

Angle objectif
L’angle objectif est l’angle entre l’axe visuel (ou ligne de direction principale) de l’œil dévié et la ligne de direction secondaire de cet œil qui passe par le point objet de fixation.
  • Cette définition géométrique montre que l’angle objectif se définit d’une façon monoculaire ; c’est un angle entre deux lignes de direction, mesuré au premier point nodal (ou au point nodal unique de l’œil réduit) ;
  • Un angle pratiquement équivalent à l’angle objectif est l’angle dont doit tourner l’axe de fixation de l’œil autour du centre de rotation pour ramener l’image du point objet de fixation sur la fovéola de l’œil dévié. En toute rigueur cet angle est un peu différent de l’angle objectif géométrique puisqu’il est mesuré par référence au centre de rotation et que celui-ci n’est pas superposable au point nodal (étant situé 5-6 mm plus en arrière que lui). En pratique clinique la différence est négligeable ;
  • Les deux définitions précédentes correspondent aux deux manières de mesurer en pratique clinique l’angle objectif du strabisme :
    • Pour mesurer l’angle objectif géométrique on utilise le recentrage (anatomique) des reflets cornéens en compensant la déviation (méthode prismatique de Krimsky ; centrage passif des reflets au synoptophore). Cette méthode est véritablement objective, car elle ne nécessite même pas la vision du sujet : on peut la pratiquer chez l’aveugle, ou en cas de fixation excentrique. Elle a le défaut d’être imprécise, et il faut tenir compte de l’angle kappa (ou, plus exactement, de l’angle lambda) ;
    • Pour mesurer l’angle équivalent pratique de l’angle objectif, on utilise le mouvement de refixation, jusqu’à ce qu’il soit totalement compensé (cover-test alterné avec prismes, mouvement des bras du synoptophore avec flashing alterné). Ce procédé, réputé objectif, nécessite cependant la perception visuelle du point objet de fixation et le mouvement actif de refixation. Il est plus précis que le précédent, mais n’est pas valable en cas de fixation excentrique ;

  • L’angle objectif ne doit pas être défini comme : « l’angle entre les axes visuels du strabisme  ». C’est une confusion qui ne tient pas compte de la convergence normale, et ce n’est vrai qu’à l’infini. L’angle entre les axes visuels constitue ce que Lavat a appelé : « Angle Objectif de l’Espace  » (cf. plus loin) ;
  • Enfin il ne faut pas perdre de vue que l’angle objectif est aussi perçu subjectivement, ce qui permet de le comparer à l’angle subjectif et à l’angle d’anomalie au moyen de procédés appropriés :
    • Quand le strabisme a une correspondance rétinienne normale, l’angle objectif est tout bonnement superposé à l’angle subjectif, et la mesure de celui-ci donne la mesure de l’angle objectif ; (ex. : Test de Lancaster) ;
    • Mais même si la correspondance rétinienne est anormale l’angle objectif peut être mis subjectivement en évidence avec un procédé approprié (ex. : test de Giessen) permettant de le comparer aux deux autres, qui sont précisément déduits de leurs différences avec lui.

Synonyme : angle strabique ; angle de déviation.
Dérivés :

Angle de déviation primaire, secondaire (cf. : déviation) ;

Angle résiduel : angle persistant après une intervention chirurgicale sur le strabisme.

Angle Objectif de l’Espace (Lavat, Prigent, 1 964, 1 966)
Angle formé au point d’intersection des axes visuels des deux yeux dans un strabisme (une ésotropie).
Ses caractéristiques principales sont les suivantes :
  • Il est égal à la somme de l’angle objectif et de l’angle de convergence pour une distance donnée ; il n’est égal à l’angle objectif que dans un seul cas : le regard à l’infini ;
  • Il est déterminé par un cover-test alterné rapide et peu dissociant, et marqué par l’absence de tout mouvement de fixation ;
  • Son sommet siège sur l’horoptère de correspondance rétinienne normale du strabique, et la stimulation bifovéolaire à cet angle est capable de susciter une réponse du sujet en correspondance normale ;
  • Il partage l’espace visuel du sujet en deux zones : une zone distale, dite zone E, où le sujet est en ésotropie, et qui est donc pathologique, avec neutralisation, correspondance anormale, etc. ; et une zone proximale, dite zone X, où le sujet est en exotropie relative, zone favorable puisqu’elle est dépourvue des altérations sensorielles du strabisme, et qui permet un traitement dans l’espace libre de celles-ci.

Angle subjectif
Écart perçu par le sujet strabique entre les deux images visuelles d’un même objet au cours de la diplopie binoculaire.
  • L’angle subjectif n’existe que dans la perception visuelle du sujet ; il n’a pas de réalité dans le monde objectif, où il n’est ni dessinable, ni mesurable ; c’est pourquoi nous parlons d’un « écart  » et non d’un « angle  ». On peut, certes, mesurer cet écart, par exemple sur l’écran du test de Lancaster ; mais on ne peut pas, à partir des deux spots rouge et vert projetés sur cet écran, tracer des lignes qui dessineraient l’angle subjectif : elles aboutiraient, non à un point de concours, mais aux deux yeux ;
  • L’appréciation de l’angle subjectif dépend au premier chef de l’état de la correspondance rétinienne, puisque cet « angle  » est obtenu à partir de données venues de chaque œil. Il s’oppose par là à l’angle objectif, qui a été défini d’une manière monoculaire, donc indépendamment de la relation fonctionnelle entre les deux rétines ;
  • La mesure de l’angle subjectif en clinique sera donc faite d’une manière mesurable indirectement d’après les réponses du sujet :
    • Soit en mesurant l’angle dont il faut (objectivement) déplacer le stimulus d’un des yeux pour arriver à la superposition subjective des deux images visuelles qu’il perçoit (mouvement gradué des bras du synoptophore, prismes variables de puissance connue, etc.) ;
    • Soit en demandant au sujet d’indiquer l’écart qu’il perçoit entre les deux images visuelles, par rapport à une échelle de référence objectivement quantifiée, mais qu’il perçoit subjectivement (ex. : la croix de Maddox dans le test de Giessen) ;

  • La comparaison des mesures de l’angle objectif et de l’angle subjectif permet de définir les divers types de correspondances rétiniennes :
    • Angle objectif = Angle subjectif : correspondance rétinienne normale ;
    • Angle subjectif nul : correspondance rétinienne anormale harmonieuse ;
    • Angle subjectif inférieur à l’angle objectif : correspondance rétinienne anormale non harmonieuse (cf. : correspondance rétinienne).

Angle d’anomalie
La définition de l’angle d’anomalie n’est pas univoque et on peut en proposer plusieurs, plus ou moins équivalentes :
  • 1re définition, la plus simple et la plus courante :
    Différence entre l’angle objectif et l’angle subjectif.
    L’angle subjectif varie depuis zéro jusqu’à la taille de l’angle objectif, et n’est jamais plus grand que lui. Donc l’angle d’anomalie variera de même entre zéro et l’angle objectif, et ne sera jamais plus grand que lui. Sa valeur sera, bien entendu, fonction inverse de celle de l’angle subjectif.
  • 2e définition :
    Écart perçu par le sujet strabique entre l’image visuelle de l’objet qui stimule la fovéola de l’œil fixateur et l’image visuelle de l’objet qui stimule la fovéola de l’œil dévié.
    Cette définition, opérationnelle et directe, correspond en pratique au test par les post-images de Bielschowsky et à l’épreuve fovéolo-fovéolaire de Cüppers.
  • 3e définition :
    Écart perçu au visuscope par l’observateur, examinant la rétine de l’œil dévié, entre la fovéola de cet œil et le point rétinien excentrique où le sujet perçoit subjectivement l’image de l’étoile du visuscope comme superposée à l’image visuelle de l’objet fixé par la fovéola de l’œil fixateur.

Cette 3e définition, de formulation plus compliquée, correspond au second temps de l’épreuve dite fovéolo-fovéolaire de Cüppers ; elle a l’intérêt d’être en partie objective, mettant sous le regard de l’observateur le « centre rétinien d’anomalie  ».

Aniso
Préfixe
Préfixe (gr. « anisos.  » : inégal) exprimant une inégalité de forme, de structure, de fonction entre deux ensembles, ou parties d’un ensemble.
En strabologie, on l’utilise principalement pour désigner une inégalité anatomique ou fonctionnelle entre les deux yeux : inégalité d’acuité visuelle (anisoacuité), inégalité de réfraction (anisométropie, ou anisoréfraction), inégalité des diamètres pupillaires (anisocorie), inégalité de taille entre les deux images rétiniennes (aniséïconie).
Plus spécifiquement, on parle de :
Anisophorie (Friedenwald, 1 936)
Forme d’hétérophorie dans laquelle l’angle de déviation varie avec la direction du regard.
Cet excellent terme, court et précis, est en fait peu utilisé, et on peut le regretter. On a aussi suggéré l’emploi du terme voisin : « anisotropie  » (par ex. Lang, 1 981 pour désigner les hétérotropies où l’angle varie avec la direction du regard) ; le terme paraît d’autant plus logique qu’il aurait un sens très voisin de celui qu’il a déjà en physique (Larousse : « anisotrope  » : « se dit d’un corps dont les propriétés physiques varient suivant la direction dans laquelle on les évalue  »). À défaut de : « anisotropie  », on pourrait au moins parler de : « anisodéviation  » pour désigner les strabismes où l’angle varie avec la direction du regard ; mais ces termes ne font pas partie dl vocabulaire strabologique usuel.

Anse
Nom féminin
Procédé chirurgical d’affaiblissement avec allongement musculaire, celui-ci étant réalisé au moyen de deux fils qui ne sont pas serrés sur le point de leur attachement au globe, mais auxquels est laissée une certaine longueur formant une anse.
Diverses variantes ont été décrites, suivant :
  • Le siège de réattachement : avec recul (Gobin, 1 968) ou au talon du muscle (Weiss et coll., 1 978) ;
  • La technique de mesure : plaque (Hass, 1 965) ou sonde (Gobin, 1 977) (Boulad et coll., 1 980) ;
  • L’orientation de l’anse : anse oblique, par exemple.
L’avantage de l’anse sur le recul serait la conservation de l’arc de contact du muscle dans les cas favorables ; mais des adhérences secondaires la rendent en fait souvent équivalente à un simple recul (Béchac et coll, 1 981).

Antagonisme
Nom masculin
Définition générale : action de deux forces opposées qui tendent à compenser ou annuler leurs effets de façon réciproque.
En strabologie, le mot « antagonisme  » peut avoir une signification sensorielle ou motrice :
  • Au point de vue sensoriel, on parle communément de « l’antagonisme rétinien  » ; en fait ce terme est doublement critiquable :
    • D’une part, « antagonisme  » a déjà un sens moteur, que nous allons revoir ;
    • D’autre part, « rétinien  » est inexact et trop limitatif, les processus essentiels se produisant au niveau du cortex cérébral.

    Il est donc indiqué de proscrire : « antagonisme rétinien  » et de dire à la place « rivalité binoculaire  » (cf. ce mot).
  • Au point de vue moteur, il s’agit de l’antagonisme musculaire.
    Action d’un muscle qui, parmi un groupe de muscles participant à la réalisation d’un mouvement volontaire ou réflexe, s’oppose à celle du muscle agoniste.
    (cf. : Agoniste).
    Il convient de souligner que :
    • L’antagonisme n’est pas un phénomène négatif : il sert à équilibrer et coordonner le mouvement en régularité et en amplitude ;
    • Un muscle donné n’est pas antagoniste d’un autre muscle donné de façon invariable ; le même muscle peut être soit synergiste (cf. ce mot) soit antagoniste d’un même muscle suivant le mouvement en cause ; par exemple le grand oblique est synergiste homolatéral du droit supérieur dans l’adduction, mais ils sont antagonistes en élévation, le droit supérieur élevant l’œil alors que le grand oblique est abaisseur.

Dérivés :

Antagoniste
Adjectif
Se dit d’un muscle qui, parmi un groupe de muscles participant à la réalisation d’un mouvement volontaire ou réflexe, exerce une action opposée à celle du muscle agoniste.
L’adjectif « antagoniste  » est le premier terme utilisé parmi les mots de cette famille, et d’abord avec le sens médical qu’il a gardé (Ambroise Paré, 1 560) ; le nom « antagonisme  » dérive de lui, ainsi que son contraire l’adjectif « agoniste  » ; le nom « agonisme  » n’existe pas, bien qu’il soit parfois employé.

Antagoniste homolatéral
Se dit d’un muscle qui, par rapport à un muscle agoniste donné du même œil, exerce une action opposée à celle de ce muscle, dans la réalisation d’un mouvement donné.

Antagoniste hétéro latéral
Se dit d’un muscle qui, par rapport à un muscle agoniste donné de l’autre œil, exerce une action opposée à celle de ce muscle, dans la réalisation d’un mouvement donné.
Antonyme : agoniste, synergiste (cf. ces mots).

Arc de contact
Surface dans l’étendue de laquelle un muscle oculomoteur est directement en contact avec la paroi du globe oculaire, dont la limite est d’une part l’insertion sclérale du muscle, et d’autre part le point tangent du muscle au globe oculaire.
Les longueurs moyennes classiques de l’arc de contact des différents muscles sont les suivantes (Bredemeyer, Bullock, 1 968) :
  • Droit supérieur : 39° soit 8,4 mm
  • Droit inférieur : 42 ° soit 9,0 mm
  • Droit latéral : 69° soit 15,0 mm
  • Droit médial : 29° soit 6,3 mm
  • Oblique Supérieur : 23° soit 4,9 mm
  • Oblique Inférieur : 79° soit 16,9 mm.
Ces mesures sont valables en position primaire de l’œil, mais il ne faut pas perdre de vue qu’elles se modifient considérablement lors des mouvements oculaires :
  • L’arc de contact est maximum quand l’œil tourne du côté opposé au muscle ;
  • L’arc de contact est minimum quand l’œil tourne du côté du muscle.
L’importance de la notion d’arc de contact est mise en évidence par les tendances chirurgicales récentes :
  • Soit allongement musculaire ou anses ;
  • Soit technique de myopexie rétro-équatoriale (cf. : Cüppers).

Avancement musculaire
Nom masculin
Opération chirurgicale consistant à rapprocher du limbe l’insertion antérieure d’un muscle oculomoteur, pour modifier son action.
En fait assez peu employée pour les muscles droits, que l’on préfère réséquer pour les renforcer, sauf quand une opération préalable avait reculé le muscle ; pour les muscles obliques l’avancement est par contre couramment utilisé ; ses effets sont variables suivant l’endroit de la réinsertion (action sur la torsion ; action verticale).
Synonyme : antéposition.
Antonyme : recul ; récession, rétro position.

Axe
Nom masculin
Définition générale : on appelle axe une droite passant par le centre d’un corps, et qui peut, suivant les cas, être une droite de référence pour la symétrie de ce corps, ou lui servir d’essieu pour une rotation, ou encore être pourvu d’une orientation. Le concept d’axe est donc beaucoup plus étroit et précis que le simple et élémentaire concept de ligne. Et cependant, dans le vocabulaire de l’optique géométrique de l’œil, les deux termes sont employés de façon anarchique et quasi interchangeable ; et comme les termes d’axe et de ligne sont souvent utilisés le sujet paraît très embrouillé. Nous nous limiterons aux définitions des axes dont la connaissance est importante en strabologie, et nous distinguerons :
  • Les axes de l’optique géométrique de l’œil ;
  • Les axes de Fick.

Axes de l’optique géométrique de l’œil

Axe de fixation
Droite joignant le centre de rotation de l’œil (cf. : centre) au point objet de fixation.
Grand intérêt en strabologie, puisqu’il est directement lié à la notion de motilité oculaire.
Synonyme : ligne du regard.

Axe géométrique
Ligne passant par le pôle antérieur (= centre géométrique de la cornée) et le pôle postérieur (= point rétinien situé 5° en dedans de la fovéola) du globe oculaire.
Synonyme : axe sagittal ; axe antéro-postérieur.

Axe optique
Ligne passant par le centre de courbure de toutes les surfaces de réfraction de l’œil.
En fait, l’axe optique n’a qu’un intérêt théorique, car l’œil n’est pas un système centré (système centré = système optique où tous les points de référence sont alignés). L’axe optique forme avec l’axe visuel l’angle alpha ; l’axe optique forme avec l’axe de fixation l’angle gamma.

Axe pupillaire
Droite perpendiculaire à la cornée en son centre et passant par le centre de la pupille d’entrée (cf. : pupille).
L’axe pupillaire est important en strabologie, parce qu’il forme :
  • D’une part, avec l’axe visuel, l’angle kappa ;
  • D’autre part, avec la ligne de visée principale, l’angle lambda ;
Dans la pratique c’est l’angle lambda que l’on mesure ;
On parle cependant en général d’angle kappa car la différence entre les deux est négligeable.

Axe visuel
Droite joignant le premier point nodal (ou point nodal antérieur, ou point nodal objet, ou encore le point nodal unique de l’œil réduit) au point objet de fixation, et dont le prolongement passe par la fovéola.
Synonyme : ligne principale de direction.
Il convient enfin de souligner que la ligne de visée principale (cf.), qui est un des axes les plus importants de l’œil, n’est pas désignée comme un axe dans toute cette terminologie.

Axes de Fick
Système de 3 coordonnées, perpendiculaires entre elles, intersectant au centre de rotation du globe, et servant à définir les mouvements de l’œil.
Les axes de Fick ont une importance de base en strabologie (cf. : Fick).