Le vestibule et la position de la tête : données anatomiques et physiologiques Philippe Bordure
Historique

L’oreille interne, et plus particulièrement le vestibule a un rôle déterminant dans l’équilibre de notre et la position de notre tête dans l’espace.
C’est Pierre Flourens (1
794-1867) qui précisa le premier, le rôle du vestibule dans l’équilibre et la position de la tête, grâce à ses expériences sur le pigeon. Il décrivit ainsi les différentes manifestations posturales qui surviennent après une destruction du vestibule.
En s’inspirant de ces travaux, Prosper Menière (1
799 - 1862) démontra que des vertiges aigus associés à une surdité étaient causés par une lésion de l’oreille interne.

Le vestibule

L’inclinaison anormale de la tête est connue depuis longtemps dans les atteintes neurologiques centrales, alors que sa description dans les atteintes périphériques paraît beaucoup plus récente (Halmagyi GM, Gresty MA, Gibson WP. Ocular tilt reaction with peripheral vestibular lesion. Ann Neurol. 1979 Jul; 6 (1): 80-3).
Notre équilibre, et plus particulièrement celui de notre tête est régi par trois systèmes qui informent en permanence nos centres nerveux
: le système vestibulaire, la vision et la proprioception.
Le vestibule correspond à la partie postérieure du labyrinthe
; la partie antérieure étant la cochlée qui est le récepteur sensoriel de l’audition.
Il est situé à la partie profonde de l’os temporal, protégé par un carter osseux dense qui est le labyrinthe osseux. Ce dernier enferme le labyrinthe membraneux qui baigne dans la périlymphe, liquide de type extra-cellulaire riche en sodium.

Le labyrinthe membraneux

Il comporte deux types de structures anatomiques: les canaux semi-circulaires et les organes otolithiques.

Les canaux semi-circulaires

Ils sont au nombre de trois de chaque côté. Ils renferment des récepteurs qui sont les crêtes ampullaires, situées au niveau des ampoules des canaux semi-circulaires. Chaque crête est surmontée d’une masse gélatineuse ou cupule. Du fait de cette organisation anatomique, les crêtes ampullaires vont être sensibles aux accélérations angulaires dans les trois plans de l’espace.

Les organes otolithiques

Ils sont au nombre de deux de chaque côté: le saccule et l’utricule. Ces expansions labyrinthiques renferment les récepteurs maculaires. Ce sont des récepteurs grossièrement plans et qui ont la caractéristique d’être recouvert par une membrane remplie de petits « calculs  » dénommés otoconies ou otolithes. C’est encore l’organisation anatomique de ces récepteurs qui détermine leur fonction. Les macules otolithiques sont sensibles aux accélérations linéaires, dont la gravité.

Les récepteurs vestibulaires

Maculaires ou ampullaires, ils comportent un épithélium sensoriel composé de cellules ciliées. C’est le mouvement des cils qui va déterminer la stimulation ou l’inhibition des fibres nerveuses afférentes connectées à ces cellules.
Ces fibres nerveuses se regroupent pour former le nerf vestibulaire qui rejoint les noyaux vestibulaires du tronc cérébral au niveau du sillon latérobulbaire.

Les noyaux vestibulaires

Ils représentent le centre d’intégration et de contrôle du système vestibulaire. Ils sont connectés à de nombreux systèmes et en particulier au système oculomoteur ainsi qu’aux neurones moteurs des muscles du cou. On comprend alors le rôle fondamental du vestibule et du système vestibulaire dans l’oculocéphalogyrie.
Les lésions vestibulaires périphériques complètes et brutales telles qu’on peut les observer après un traumatisme ou une infection de l’oreille interne permettent de décrire un syndrome vestibulaire aigu qui associe
: signes neurovégétatifs, nystagmus vers le côté sain, déviation posturale vers le côté lésé, inclinaison de la tête du côté de la lésion, strabisme vertical, contre-rotation oculaire, inclinaison de la verticale subjective (Ocular Tilt Reaction).
Par contre il n’a pas été décrit de torticolis dans les lésions isolées du vestibule qui surviennent progressivement ou qui sont incomplètes.
Une des caractéristiques du système vestibulaire est sa capacité à compenser une lésion. Après une lésion aiguë et totale d’un vestibule, un patient récupère dans la majorité des cas toutes ses capacités. À l’extrême, une lésion qui devient totale mais qui se développe progressivement pourra passer complètement inaperçue, à la fois du patient et parfois aussi du clinicien. Cette compensation vestibulaire est un modèle de plasticité neuronale. Ce remodelage est à la fois fonctionnel et anatomique
; il se produit principalement au niveau des noyaux vestibulaires du tronc cérébral.
Les organes vestibulaires ont un rôle majeur dans la détermination de la position de la tête dans l’espace. Les lésions vestibulaires brutales et complètes s’accompagnent d’un torticolis. Les lésions incomplètes ou progressives quand elles sont isolées ne semblent pas induire de déviation anormale de la tête. Pourtant il est raisonnable de penser que l’association d’une pathologie vestibulaire incomplète à une lésion ophtalmologique pourrait être responsable d’un torticolis même si chacune d’elle isolement ne peuvent en être responsable.