Équipement optique du torticolis Jean-Pierre Bonnac
Introduction

L’équipement optique des personnes présentant un torticolis est toujours un problème délicat. C’est probablement pour cette raison que la littérature reste très discrète sur ce sujet aussi vous me pardonnerez de me référer à mes observations personnelles parmi une population composée en partie d’enfants IMC et d’adultes victimes de traumatismes ou d’accident vasculaire cérébral.
Compte tenu de la grande diversité des formes de torticolis et de leurs conséquences, il est important pour l’adaptateur de disposer sur le cas clinique d’un maximum d’informations de la part du thérapeute ou du rééducateur.
Le choix du verre et sa position dans la lunette vont dépendre de l’attitude compensatrice de la tête, mais également de l’âge du sujet, de la nature et de la valeur de l’amétropie, de la stabilité du phénomène, s’il est identique en fixation de loin et de près, etc.
La particularité de l’optique aérienne concerne la position du système correcteur qui est solidaire des mouvements de la tête alors que les yeux sont mobiles pour explorer l’espace environnant.
Tous les verres correcteurs sont calculés pour une position bien définie devant l’œil afin de minimiser les aberrations engendrées par ces systèmes
:

• Défaut de puissance dû à la courbure de champ;
• Astigmatisme des faisceaux obliques
;
• Effets prismatiques
;
• Chromatisme
;
• Coma
;
• Grandeur de l’image rétinienne.

Dans le cas spécifique d’un torticolis, le sujet peut être amené à utiliser une zone du verre excentrée pour lutter contre les phénomènes de diplopie ou à cause d’une paralysie.
Le but de l’équipement va consister à pondérer toutes ces aberrations optiques pour conserver au sujet une qualité de vision acceptable dans son attitude de fixation.
Nous recenserons quatre formes essentielles de port de tête
:

Déclinaison

Le sujet présente un port de tête penché en avant (déclinaison négative) ou inversement rejetée en arrière (déclinaison positive). Dans cette attitude il utilise pour fixer une zone supérieure ou inférieure des verres correcteurs. Le centrage des verres à réaliser varie selon le procédé de correction adopté:

Verres unifocaux

S’il s’agit d’une faible amétropie, on décentre partiellement les verres (figure n° 1a). Par contre, si l’amétropie est importante ou si l’emploi de verres à haut indice est nécessaire, il faut décentrer les verres pour éviter les phénomènes de coma et de chromatisme.
En présence d’une anisométropie ou d’astigmatisme fort, il est recommandé de centrer les verres selon la position du regard pour ne pas créer des phénomènes d’anisophorie induits par les effets prismatiques marginaux.

Verres multifocaux

Pour un équipement à l’aide de verres bifocaux, on applique les mêmes règles que celles décrites pour les verres unifocaux en s’assurant que le sujet utilise bien ses plages de vision de près (figure n° 1b).
Dans le cas particulier des verres progressifs, il est nécessaire de centrer rigoureusement les verres en fonction de la position des lignes de regard. Selon l’importance du degré de déclinaison de la tête, on rectifie l’inclinaison de la face de la monture pour faciliter le passage vision de loin - vision de près.

Inclinaison

Si l’inclinaison de la tête est constante dans le regard de face et en vision rapprochée, pour une correction à l’aide de verres unifocaux (figure n° 2) ou multifocaux (figure n° 3), le centrage des verres est déterminé en demandant au sujet de maintenir sa tête verticale. Dans cette position, on détermine le centrage horizontal et vertical comme pour un sujet normal. Étant donné que la monture de lunettes suit l’inclinaison de la tête, il est important dans les cas d’astigmatisme confirmé, de modifier l’orientation des axes. L’évaluation de l’inclinaison de la tête s’effectue simplement à l’aide d’un rapporteur, appelé « clinomètre  » que l’on fixe sur la monture de lunette du sujet. On peut également utiliser les enregistrements vidéo ou les méthodes photographiques mais qui sont moins précises que la mesure directe sur le sujet.

• Cette rectification est essentielle s’il s’agit d’une prescription de verres progressifs.
• Il est important de souligner qu’il ne faut jamais chercher à tourner les verres correcteurs mais il faut modifier la prescription en fonction de l’angle d’inclinaison de la tête.
Dissymétries faciales

Parmi les nombreuses causes de torticolis, il faut citer le cas particulier des personnes présentant une dissymétrie faciale. Généralement les sujets inclinent la tête du côté de l’œil qui est le plus haut pour rétablir l’horizontalité des plans oculaires.
La détermination des centrages est déterminée la tête positionnée normalement en respectant la dissymétrie oculaire.
Comme précédemment, il est indispensable de modifier l’orientation des axes d’astigmatisme. (figures n° 4, 5 & 6)

Rotation

Si l’amétropie est faible ou si l’attitude est variable, dans le cas d’un équipement en verres unifocaux, il est possible de centrer les verres en position primaire ou d’effectuer un compromis en réalisant un décentrement partiel des verres (figure n° 7).
Par contre, si l’amétropie est forte ou l’anisométropie supérieure à une dioptrie dans le méridien horizontal, il est nécessaire de décentrer les verres dans la position de fixation. Il en est de même, qu’elle que soit la valeur de l’amétropie, pour un équipement à l’aide de verres bifocaux ou progressifs.
Si l’attitude est variable, comme dans certaines formes de torticolis associés à un nystagmus, l’intégration d’une compensation prismatique dans la correction de l’amétropie est préférable au décentrement (figure n° 8). La base des prismes est toujours orientée dans le sens de la rotation de la tête. Cette méthode s’impose dans les cas d’équipement en verres multifocaux et surtout progressifs.

Combinées

Ce type de torticolis associe un mouvement de rotation et d’inclinaison de la tête (figure n° 9). C’est l’attitude la plus complexe et souvent la plus fréquente. Elle fait intervenir des modifications de l’orientation des axes d’astigmatisme et des effets prismatiques obliques. Il est donc nécessaire dans tous les cas d’équipements en verres unifocaux, multifocaux ou progressifs (figure n° 10) de décentrer les verres…
La détermination de la position des centres optiques s’obtient en tenant compte uniquement de la rotation de la tête. La mesure de l’inclinaison est utilisée pour modifier l’orientation des axes d’astigmatisme.
Comme dans les rotations simples de la tête, il est possible d’associer une compensation prismatique binoculaire qui peut être horizontale, verticale ou oblique. Si un nystagmus est associé, l’emploi des verres bifocaux à grand segment de vision de près est conseillé.

Conclusion

Dans les cas de torticolis, il est parfaitement possible de réaliser tous les types d’équipements optiques: unifocaux, multifocaux ou progressifs. La détermination du décentrement des verres dans la monture de lunette réclame de la part de l’opticien beaucoup de soin et de précision. Elle ne peut être réalisée qu’avec un maximum d’information sur le cas clinique.
L’équipement optique du torticolis illustre bien comme dans tous ces cas d’équipements spécifiques, la nécessité d’une collaboration étroite entre le thérapeute, le rééducateur et l’adaptateur pour répondre le mieux possible aux attentes de ces malades.