Torticolis et Biomécanique de l’Aplomb Pierre-Yves Robert
Introduction

L’aplomb du corps humain se fait par rapport au sol. Sur le plan biomécanique, il s’agit d’équilibrer une première verticale par rapport à l’horizontalité du sol. Puis, il s’agit de maintenir cette verticalité sur toute la hauteur de l’édifice que représente « l’homme debout  ».
En effet l’homme debout prend la référence de l’horizontale avec la plante des pieds. Toute une série de mécanismes en chaîne (articulaires, musculaires et neurologiques sur le plan moteur, statique, et proprioceptif) vont permettre que l’aplomb se maintienne des pieds aux genoux, des genoux aux hanches, du bassin à la cage thoracique et la colonne dorsale par la colonne lombaire, et de la cage thoracique et la colonne dorsale au crâne par la ceinture scapulaire et la colonne cervicale lieu électif de vos communications de ces deux derniers jours.
Les torticolis idiopathiques récidivants dont personne ne trouve la cause, ni sur le plan radiologique où les clichés sont sempiternellement segmentaires, ni sur le plan clinique où les examens se limitent classiquement à la région cervico-faciale, ont très souvent une origine beaucoup plus complexe et globale, le symptôme me « torticolis  » étant la résultante d’une perturbation de l’aplomb dans sa globalité, dont l’origine est à rechercher dans la saturation des capacités de compensations et, d’adaptations de l’organisme dans son ensemble tant sur le plan neurologique que musculaire et articulaire pour maintenir cet aplomb.

• On aura ainsi:
¬ Des torticolis « d’origine haute  » si l’on peut dire, dont l’étiologie est à rechercher sur le plan de la sphère crânienne, ophtalmique, dentaire, ORL ou neurologique.
¬ Des torticolis « d’origine basse  ». Ils viennent d’une perturbation de l’aplomb dans sa totalité et résultent d’une saturation des capacités de compensations de l’organisme quand au maintien de la verticalité du crâne par rapport à la ceinture scapulaire, via la région cervicale. Cet ensemble est déséquilibré dans son aplomb par des perturbations sous-jacentes ne peut plus s’équilibrer autrement qu’en verrouillant le système musculaire et articulaire de la région cervicale.
¬ Des torticolis d’origine mixte. Ils conjuguent les deux types d’étiologies avec toutes les variantes possibles.
Trois plans de l’espace

Deux notions: horizontalité-verticalité.
Trois Plans de l’Espace
: un seul horizontal et deux verticaux.
Sur les trois plans de l’espace qui gouvernent les mouvements de toute structure, sur le plan mécanique, seul un plan est horizontal
: celui de la rotation, les deux autres: celui de la flexion/extension et celui des flexions latérales droit/gauche sont verticaux.
La notion de l’aplomb de l’entièreté, du corps humain est soumise à l’équilibre de la verticalité et de l’horizontalité qui résume l’équilibre des trois plans de l’espace gouvernant les structures articulaires et mécaniques qui composent l’organisme. C’est-à-dire que sur le plan de la biomécanique de chaque vertèbre, et de chaque région vertébrale, certaines structures, et certaines régions vont être plus spécifiquement destinées à maintenir
:

• Plus la verticalité par rapport à l’horizontalité;
Dans ces régions et ces structures, les mouvements préférentiels seront la flexion/extension et les flexions latérales droit/gauche.
• Ou plus l’horizontalité par rapport à la verticalité. Dans ces structures et ces régions, les mouvements préférentiels seront les rotations droite/gauche.

Ainsi, la charnière occipito-cervicale où les mouvements préférentiels sont les rotations sera une région préférentielle & équilibrage de l’horizontalité de la base occipitale et des trois premiers espaces articulaires cervicaux par rapport à la verticalité constituée par les quatre espaces articulaires cervicaux suivants où les mouvements préférentiels sont la flexion/extension et les flexions latérales.
La charnière cervico-dorsale quand à elle sera plutôt une région d’équilibrage de la verticalité sus-citée par rapport à l’horizontalité constituée par les trois espaces articulaires de la charnière cervico-dorsale où les mouvements préférentiels sont aussi les rotations combinées avec les mouvements de la ceinture scapulaire.
À chaque espace intervertébral, on a trois haubanages musculaires et ligamentaires verticaux
: deux intertransversaires et un inter-épineux qui vont équilibrer l’horizontalité des plateaux vertébraux sus et sous-jacents. Et deux fois deux haubanages obliques: un double centrolatéral et un double latéro-central si l’on raisonne de haut en bas, les muscles transversaires épineux qui vont équilibrer la verticalité de l’empilement vertébral. Voir schéma ci-dessous.

Zones Primaires et Zones Secondaires

Sur l’axe rachidien, on peut considérer qu’il existe:

• Trois zones « primaires  » constituées de plus d’os que de muscles et d’articulations:
¬ La zone crânienne,
¬ La zone thoracique,
¬ La zone pelvienne.
• Deux zones « secondaires  » constituées de plus de muscles et d’articulations que d’os
:
¬ La colonne cervicale localisation des torticolis qui nous concerne aujourd’hui,
¬ La colonne lombaire localisation des lombagos qui sont à la colonne lombaire ce que les torticolis sont à la colonne cervicale.

On a ainsi déterminé « une unité du haut  » constituée:

• Du système crânien « zone primaire  » localisation du système nerveux central, du système oculaire du système dentaire et du système ORL;
• Du système dorsal haut « zone primaire  » localisation du système cardio-pulmonaire et donnant attache à sa jonction avec le système cervical à la ceinture scapulaire.
• De la région cervicale « zone secondaire  » qui sert essentiellement de zone de « compensation  » pour toutes les lésions qui ne peuvent plus se compenser dans les zones « primaires  » sus et sous-jacentes.

C’est cette « unité du haut  » qui est concernée principalement par les étiologies des torticolis sur le plan local, et c’est de ceux-ci que vous avez principalement parlé ces deux derniers jours.
Mais cette « unité du haut  » est indissociable de « l’unité du bas  » qui la soutient, et dans l’étiologie de bon nombre de torticolis également
: ceux liés aux perturbations de ce que nous appellerons « la biomécanique de l’aplomb  ».
Cette « unité du bas  » est constituée de
:

• La zone primaire dorsale basse stabilisée essentiellement par le diaphragme et ses piliers réalise avec la jonction des deux psoas le « sablier thoraco-pelvien  ». Celui-ci équilibre et stabilise « l’unité du haut  » sur « l’unité du bas  ». C’est le grand moteur de tous les mouvements tissulaires et fluidiques dans l’organisme, liés à la respiration. Et zone fonctionnelle & insertion des deux membres inférieurs.
• La « zone primaire pelvienne  » coque du navire et berceau de la reproduction, lieu d’insertion anatomique des deux membres inférieurs se stabilisant sur le sol par l’intermédiaire indispensable des deux hanches, des deux genoux et des deux pieds bases de l’aplomb de l’ensemble de l’organisme.
• La « zone secondaire des lombaires  » zone de centrage du sablier thoraco-pelvien, zone essentiellement viscérale et de compensations des lésions des « zones primaires  » sus et sous-jacentes.
Espaces « charnière  » et Espaces « de compensation  »

Nous parlerons d’espaces et non de pièces articulaires, car c’est la liberté des espaces articulaires qui conditionne le mouvement et préserve la mobilité dans chacune de ces zones primaires et secondaires. L’équilibre de l’aplomb (verticalité/horizontalité) dépend de la liberté des espaces articulaires et de l’harmonie des mouvements qui en résultent.
On constate que chaque zone d’espaces charnière, plus positionnelle que très mobile est constituée de trois espaces articulaires atypiques nous l’avons vu, localisation élective des mouvements de rotation et stabilisant l’horizontalité.
Pour l’unité du haut qui focalise votre intérêt aujourd’hui, ce sont les espaces articulaires
:

• Occipital/Atlas;
• Atlas/Axis
;
• Axis/C3.

Ils équilibrent l’horizontalité des temporaux, de la base du crâne et de l’occipital et celle de la tente du cervelet au niveau intracrânien sous la verticalité de la faux du cerveau sus-jacente et sur la verticalité de la zone d’espaces de compensation constituée des espaces articulaires plus mobiles que positionnels:

• C3/C4;
• C4/C5
;
• C5/C6
;
• C6/C7.

Espaces articulaires cervicaux typiques où les mouvements préférentiels sont la flexion/extension et les flexions latérales droit/gauche et surtout chargés d’équilibrer la verticalité sous l’horizontalité de la charnière occipito-cervicale et sur celle de la charnière cervico-dorsale où s’insère la ceinture scapulaire.
La zone charnière cervico-dorsale constituée des trois espaces articulaires plus positionnels que très mobiles et anatomiquement atypiques
:

• C7/Dl;
• D1/D2
;
• D2/D3.

Dans lesquels les mouvements électifs sont théoriquement les rotations et qui stabilisent l’horizontalité sur la verticalité sous-jacente. Ce qui donne le schéma suivant.
Pour la ceinture scapulaire également très impliquée dans les torticolis d’origine basse, nous avons le schéma n° 5.
Les trois espaces « Primaires  », « charnière  » de la ceinture scapulaire sont
:

• L’articulation gléno-humérale;
• L’articulation acromio-claviculaire
;
• L’articulation sterno-claviculaire. Zones électives de rotation et de stabilisation de l’horizontale.

Les quatre espaces, « secondaires  » de « compensation  » et équilibrage de la verticalité, où se font préférentiellement les mouvements de flexion/extension et de flexion latérale droite/gauche sont 4 et 5 les articulations sterno-costales 1 et 2, 6 et 7, les articulations costo-transversaires et costo-corporéales 1 et 2.
Voilà donc posé le cadre anatomique et biomécanique des torticolis. Nous n’avons pas assez de temps pour poser précisément le cadre biomécanique de l’unité du bas ce que l’on devrait faire car ce sont les déséquilibres de celui-ci et la saturation des capacités de compensations et d’adaptations de celle-ci qui vont en remontant déclencher les torticolis d’origine basse
:

• Sur toute la hauteur de l’organisme en effet, autant que le positionnement des pièces anatomiques qui le composent, c’est la liberté de mouvement de chaque pièce qui importe, et Cette liberté dépend de l’entretien des espaces existant entre chaque pièce, et seule cette harmonie du mouvement de toutes les pièces anatomiques constituant l’organisme maintient l’aplomb de l’ensemble c’est-à-dire l’équilibre des trois plans de l’espace et des deux notions de verticalité et d’horizontalité de façon dynamique et statique, l’harmonie de la dynamique conditionne la stabilité de la statique.
• C’est-à-dire que les contractures musculaires qui constituent le torticolis (et les lumbagos pour la colonne lombaire) sont à la fois la cause et la conséquence de la restriction de mobilité engendrée par la perte de liberté de l’espace articulaire. Et les trois composantes articulaires musculaires et capsulaires sont en interdépendance constante et, réciproque.
Trois grandes classes de torticolis

On peut déterminer ainsi trois grandes classes de torticolis.

Les torticolis d’origine haute

Ils viennent de toutes les pathologies du système crânien, c’est-à-dire des plans ophtalmique, dentaire, ORL ou neurologique central dont il a été question depuis deux jours.
Les chaînes musculaires latérales récupèrent les pathologies de localisation temporales et mastoïdiennes liées au système de l’oreille moyenne et interne, et mandibulaire et transmettent les tensions dans les chaînes musculaires de la ceinture scapulaire qui s’insèrent presque toutes au niveau de la mastoïde, système d’équilibrage antéro-postérieur du crâne et des clavicules SCM et des muscles longs, haubanage des deux charnières occipito-cervicale et cervico-dorsale et de la ceinture scapulaire Les chaînes musculaires centrales des problèmes ophtalmiques répercutent les tensions sur l’occipital et les muscles sous-occipitaux, charnière OC/C1 et les muscles longs de la zone de compensation C3/C4, C4/C5, C5/C6 et C6/C7
: à ce niveau passent les « chaînes lésionnelles descendantes  » et également « montantes  ».

Les torticolis d’origine basse

On en a bien peu parlé. Ils viennent d’une saturation des capacités de compensations de l’organisme au niveau de son aplomb, et qui peuvent s’expliquer comme suit (pour préciser certain terme, on entendra par lésion la diminution ou perte de liberté de mouvement articulaire et musculaire):

• Les « zones primaires  » évacuent leurs lésions vers les zones secondaires.
• Les « zones charnières  » évacuent leurs lésions vers les « zones de compensation  ».
• Quand les zones charnières et de compensation des zones primaires et secondaires de l’unité du bas sont saturées, elles vont demander de l’aide, si l’on peut dire au niveau de l’unité du haut.
¬ Quand les capacités de compensation et d’adaptation des zones charnière et de compensation des deux zones primaires crânienne et dorsale et thoracique haute sont saturées, par toutes sortes de causes de séquelles traumatiques pathologiques ou chirurgicales
:
¬ Du plus loin au plus près.
ø Les traumatismes et anomalies congénitales de la ceinture scapulaire qui perturbent la charnière cervico-dorsale et tout le système musculaire occipito-cervico-scapulaire.
ø Les traumatismes et anomalies congénitales de la cage thoracique haute et du système pulmonaire et cardiaque et les interventions chirurgicales y afférant qui perturbent les transmissions articulaires et musculaires de la cage thoracique haute qui iront se compenser en cas de saturation dans le système « scapulo-cervico-occipito-temporal  ».
ø Lorsque l’aplomb de « l’unité du bas  » ne peut plus se faire, en raison de traumatismes ou de malformations congénitales ou d’interventions sur les membres inférieurs qui déséquilibrent l’aplomb du bassin, l’équilibrage du « sablier thoraco-pelvien  », par l’intermédiaire du diaphragme et de la cage thoracique basse perturbe la cage thoracique haute et la ceinture scapulaire qui, elle-même va perturber les muscles cervicaux et le système articulaire cervical.
¬ On a des torticolis idiopathiques irréductibles et récidivants, saturation des zones charnière et de compensation de la zone cervicale dont on obtiendra résolution durable que par une libération des espaces articulaires et une détente précise des haubans musculaires de l’entièreté des structures de l’unité du haut et de l’unité du bas
!
Les torticolis d’origine mixte

Ils sont une combinaison des deux premiers types.

Les autres torticolis

Ce sont les torticolis dont l’origine est loco-locale antérieure ou postérieure, traumatique, congénitale ou séquellaire chirurgicale.

Conclusion

Quelle que soit la région d’origine de l’étiologie des torticolis haute, moyenne, basse ou mixte, les traitements de tout torticolis auront très souvent besoin d’une ré-harmonisation des espaces articulaires et des chaînes musculaires:

• De l’unité du haut;
• De l’unité du bas
;
• Des membres supérieurs qui font partie de l’unité du haut.
• Des membres inférieurs qui font partie de l’unité du bas.
• Des « chaînes viscérales  » et vasculaires par une ostéopathie intelligente et bien appliquée que ce soit
:
¬ De façon accessoire et complémentaire des traitements justifiés et judicieux sur le plan ophtalmique, ORL, dentaire ou neurologique,
¬ Ou de façon nécessaire et principale quand aucune autre pathologie causale n’est à incriminer et que c’est la perturbation de l’aplomb général qui est la principale cause de ces torticolis récidivants.