La correction optique dans le strabisme précoce Marie Andrée Espinasse-Berrod
Pourquoi prescrire?
Que prescrire
?
Que dire aux parents
?
Cas cliniques
Pourquoi Prescrire?

L’amétropie des strabismes précoces n’est pas très différente de celle de la population normale au même âge. Et le strabisme précoce, du moins à son apparition, a peu de part accommodative. Néanmoins, la correction optique est indispensable.

Correction optique indispensable pour éliminer un strabisme accommodatif

Un strabisme précoce peut apparaître vers 6-8 mois, âge auquel des strabismes accommodatifs ont pu être décrits. En effet, l’accommodation existe dès l’âge de 2 à 3 mois. Un strabisme accommodatif peut, de plus, apparaître avec une hypermétropie faible de 1 dioptrie. Certains signes cliniques (fixation en adduction, nystagmus manifeste latent) permettent d’affirmer le diagnostic d’un strabisme précoce. Mais en l’absence de ces signes, c’est parfois le port de la correction optique totale qui permet d’affirmer le diagnostic de strabisme accommodatif.

Correction optique indispensable pour éliminer la part accommodative du strabisme (vergence accommodative)

S’il est vrai qu’initialement la part accommodative du strabisme n’existe pas, elle va pouvoir apparaître secondairement et provoquer une aggravation secondaire du strabisme. Ceci est d’autant plus important que l’hypermétropie peut elle-même augmenter et solliciter d’avantage l’accommodation. Il existe un véritable cercle vicieux en raison du système instable de l’ésotropie précoce. Cette ésotropie induit une convergence anormale, qui, par le biais d’une convergence accommodante, va entraîner une participation accommodative. Ceci explique que presque tous les strabismes sont partiellement accommodatifs. L’effet angulaire de la correction optique totale est donc quasi constant et souvent imprévisible, en particulier dans les faibles hypermétropies.

Correction optique utile pour un support des secteurs chez les petits

Ces secteurs sont en effet, très utiles chez le jeune enfant pour obtenir ou maintenir une bonne alternance. Cette alternance permettra une prévention de l’amblyopie, et une réduction angulaire associée à une optimisation de l’élongation musculaire.

Que prescrire?

La correction optique totale doit être donnée après cycloplégie. Le collyre Atropine à 0,3  %, est indiqué avant l’âge de 1 an. Puis les cycloplégies peuvent être alternées entre Atropine 0,5  % et Skiacol (une goutte 45, 40 et 30 minutes avant l’examen). Les cycloplégies doivent être répétées puisque toute amétropie peut évoluer, et en particulier, une hypermétropie s’aggraver (libération d’une hypermétropie latente par le port de la correction optique et/ou les cycloplégies répétées, après chirurgie ou après adaptation de lentilles cornéennes).
D’autres types de correction sont parfois à envisager
:

• Pénalisation de loin: quand il existe une forte préférence et/ou une amblyopie, les secteurs ne sont pas suffisants, et il faut les associer à une occlusion chez le plus petit, ou une pénalisation (par exemple, de loin), chez l’enfant plus grand.
• Verres double foyers (ou progressifs)
:
Dans certains cas d’évolution spontanée (ou après chirurgie) d’un strabisme précoce vers une microtropie en vision de loin, il peut exister une incomitance loin/près d’origine accommodative avec un rapport CA/A élevé. Dans ce cas, des verres progressifs peuvent être indiqués. Mais ils doivent permettre l’obtention d’une microtropie en vision de près.
Expliquer aux parents

Il est capital d’obtenir l’adhésion des parents pour le port des lunettes. Sinon les parents seront les premiers à reprocher au médecin d’avoir été mal informés.

• L’opticien doit avoir l’habitude des petits enfants.
• L’enfant n’a pas besoin de ses lunettes pour voir, et il ne va peut-être pas les garder facilement. En effet, rares sont les très forts hypermétropes, et l’enfant se débrouille très bien sans sa correction.
• Les lunettes doivent être mises en permanence.
• Il faut s’aider du port d’élastique derrière la tête et occuper l’enfant avec des jeux pour l’aider à s’accoutumer à ses lunettes.
• Les verres peuvent paraître très forts aux parents s’ils regardent au travers.
• Il ne faut faire poser les secteurs que lorsque l’enfant est parfaitement accoutumé à ses lunettes.
• Les lunettes peuvent améliorer le strabisme mais ce n’est pas certain. Elles doivent par contre entraîner un strabisme alternativement des 2 yeux, ce qui est parfois plus impressionnant pour les parents qu’un strabisme monoculaire.
• Il faut toujours expliquer aux parents qu’un strabisme bien alternant est le but ultime du traitement.
Cas cliniques
• Cas 1
¬ 14 mois,
¬ COT
: + 2,50 ODG (SA),
¬ SC et ASC
: ET 50 et E’T 50,
¬ Pose de secteurs et surveillance de l’alternance,
¬ Strabisme précoce sans part accommodative à 14 mois.
• Cas 2
¬ Adressé pour chirurgie, 10 ans, Et précoce,
¬ CO portée
: OD: plan (90°) +1,50 et OG: plan (90°) +2,
¬ VODG
: 0,8; céphalées,
¬ SC et ASC
: ET 50 et E’T 55,
¬ Skiacol
: ODG: +2,50 (90°+1,50),
¬ COT donnée,
¬ ASC
: ET 30 E’T 35 et SC ET 50 E’T 55,
¬ Recul et fil de Cüppers,
¬ Strabisme précoce avec part accommodative.
• Cas 3
¬ Adressée pour avis chirurgical, 4 ans,
¬ Et précoce spontanément amélioré ++,
¬ Isoacuité,
¬ COT portée
: +2,25 ODG,
¬ SC ET 20 E’T 40 et ASC ET 8 E’T 30,
¬ Avec add
: +3,50 E’T 14,
¬ Prescription de verres progressifs,
¬ Strabisme précoce avec rapport CA/A élevé.
Conclusion

La correction optique totale est essentielle dans les strabismes précoces même si son efficacité n’est pas toujours d’emblée évidente. Il faut bien l’expliquer aux parents. Dans les cas, qui doivent être exceptionnels, où la correction optique n’est vraiment pas possible, il faut impérativement réaliser une occlusion alternée et insister très régulièrement sur la nécessité de réessayer régulièrement le port de la correction optique qui s’avérera, dans tous les cas, à terme, indispensable.