Les lunettes et le strabisme accommodatif Jean-Pierre Barberie
Introduction

« L’importance de la qualité des lunettes pour un traitement efficace  ».
Il y a déjà plus de 10 ans en ce même lieu étaient définis 10 commandements pour le traitement médical des strabismes et le conférencier ajoutait qu’il ne fallait pas s’affranchir de ces dix commandements.
Reprenant à mon compte ce schéma de présentation, la règle à suivre, et en m’appropriant la maxime chère au Professeur Péchereau « dire tout ce que l’on fait et faire tout ce que l’on dit  » je vais vous rappeler les 10 commandements pour que les lunettes soient le support efficace pour mener à bien vos traitements.

1er commandement

« Les montures doivent respecter l’intégrité du champ de regard  ».
Pour atteindre cet objectif il faut
:

• Que la forme de l’oculaire de la monture prenne en compte la différence constatée entre le champ de regard de l’adulte et celui de l’enfant qui est légèrement plus grand dans le cadran inféro-nasal.
• Que le dessin de calibre soit plus arrondi que la norme dans la partie supérieure car cette zone du champ de regard d’avantage utilisée par l’enfant lorsqu’il regarde le monde des adultes qui pour lui se situe vers le haut.
2e commandement

« Les montures doivent favoriser le processus d’adaptation binoculaire spatiale  ».
En raison de la moindre projection de l’appendice nasal, et pour favoriser la vision des objets rapprochés, les montures qui serviront de support pour le traitement des strabismes accommodatifs devront avoir un angle interne très dégagé. Pour atteindre cet objectif, il faut que le pont soit étroit, et ce d’autant plus que l’enfant est petit car, à cet âge, l’espace de préhension est très proche puisque conditionné par la longueur du bras.

3e commandement

« Les montures doivent recevoir sans difficulté la correction optique totale  ».
Malgré les progrès réalisés en optique oculaire grâce aux verres asphériques, aux nouveaux matériaux organiques et aux verres calculés sur mesure par rapport à la monture choisie, il est toujours nécessaire de concevoir des montures dont les formes seront très étudiées en fonction de quelques mesures faites par tranche d’âge et qui sont: la distance interpupillaire, l’écart sphénoïdal, l’écart au niveau du sillon auriculaire
Le schéma ci-dessus met en évidence cet aspect sur une COT de + 500 ∆, centrée rigoureusement dans les deux cas mais avec un bon choix et un mauvais choix de calibre utile.

4e commandement

« Les montures doivent être choisies en adéquation avec la morphologie de l’enfant  ».

5e commandement

« Les montures doivent être stables sur le visage du porteur  ».
Si la stabilité d’une monture est assurée principalement par une bonne assise sur le nez, il ne faut pas négliger tous les détails qui permettront de répartir harmonieusement sur le visage le poids de l’équipement optique.
Il faut veiller, en particulier à ne pas exercer de compression sur les tempes et à donner l’accroche nécessaire soit sur la boîte crânienne ou en suivant le contour d’oreille.
Cet équilibre des masses et des forces permet au porteur d’avoir toujours en face des lignes de regard des oculaires bien centrés ce qui est le but recherché.

6e commandement

« Les montures doivent être confortables et garantir la sécurité du porteur.  »
Pour optimiser le confort des montures on utilise des matériaux légers, non allergisants qui respectent la fragilité du tissu cutané.
En particulier pour le tout-petit on a recours au silicone chirurgical pour faire dans ce matériau un coussin nasal qui améliore le confort des montures.
De même pour les plus grands dans un souci de sécurité on équipe le porteur de cette tranche d’âge avec des charnières à ressort recouvertes d’une gaine caoutchoutée afin d’éviter tout traumatisme en cas de choc.
C’est aussi en raison des accidents qui arrivent lors des jeux d’enfants que l’on proscrit les lunettes métalliques. Mais la raison principale de notre refus d’équipement avec ce type de montures est que celles-ci se déforment trop rapidement, glissent sur le nez et par conséquent ne correspondent pas aux impératifs du traitement médical.

7e commandement

« Les montures doivent être esthétiques  ».
Si la base géométrique des lunettes est toujours la même depuis leur création, (rond, ovale, carré, trapèze, triangle) les évolutions de la mode, l’apport des nouveaux matériaux, l’aide de la CAO, la précision des outils de fabrication nous permettent de concevoir et de réaliser aujourd’hui des montures plus fines, plus légères, très résistantes et dans une palette de coloris illimitée.
Tous ces avantages permettent de proposer une gamme de montures dans lesquelles l’opticien saura conseiller le modèle idéal pour réussir le traitement proposé par l’ophtalmologiste.

8e commandement

« Les montures doivent être ajustées selon des règles précises  ».
Adapter une monture au visage de l’enfant demande à l’opticien une connaissance parfaite des règles d’ajustage et une grande efficacité. Cette opération de réglage doit être faite rapidement pour ne pas agacer le jeune porteur tout en obtenant la tenue souhaitée sur le visage pour atteindre le but recherché: c’est-à-dire le succès attendu dans le traitement du strabisme accommodatif.
Par rapport à l’âge du porteur, on emploie deux techniques particulières pour l’ajustage des branches.
Pour les bébés et nourrissons on utilise des branches thermoformables qui sont modelées au profil crânien et dont la tenue est assurée par un ruban reliant les deux branches entre elles.
Pour les plus grands, il faut améliorer l’accroche derrière l’oreille par un double coude et un élastique de retenue entre les deux branches.
Dans les deux cas, il s’agit de garantir le maintien des lunettes devant les yeux mais en aucun cas d’en faire un masque de souffrance que le jeune porteur retirera au plus vite.

9e commandement

« Les montures doivent être acceptées par le porteur et son entourage  ».
Tous les professionnels de la vision le savent, le port des lunettes n’est jamais bien vécu quel que soit l’âge du porteur.
Dans le cas du strabisme accommodatif, le préjudice esthétique est déjà tellement évident que le port des lunettes ne fait que renforcer un sentiment d’injustice qu’il faut atténuer par des paroles et une attitude d’empathie.
L’opticien doit donc expliquer aux parents en langage simple et rassurant que ce préjudice n’est pas une fatalité et que les lunettes vont permettre au couple oculaire de fonctionner en harmonie.
Ce discours est facilité par le redressement de l’œil dévié obtenu en mettant les lunettes avec la correction optique totale sur le visage de l’enfant.
Pour conforter son argumentation, l’opticien peut s’aider de photos ou de posters d’enfants équipés de lunettes prouvant ainsi que l’on peut allier esthétique et fonctionnalité.

10e commandement

« Les montures doivent résister au mode de vie des jeunes porteurs et être assurées contre les accidents  ».
Un bébé pleure lorsqu’on lui met des lunettes, puis il les arrache de son visage, dort avec, plus tard l’enfant cachera ses lunettes, les perdra, les rayera, en changera, apprendra à vivre avec et ce, grâce aux efforts de tous.
Si, par statistique, on sait que la première année du traitement, il change quatre fois de lunettes, puis deux fois par an entre un et six ans, il faut donc que les lunettes n’aient pas d’impact économique sur le budget familial.
Tous ces critères ont été pris en considération par les opticiens qui proposent des montures mais aussi des verres avec des prix préférentiels ainsi que des assurances casse pendant un ou deux ans.
Les remboursements sécurité sociale et mutuelle faisant le reste, on peut dire que l’aspect économique n’est plus un frein pour obtenir le succès escompté dans le traitement du strabisme accommodatif.

Conclusion

Après avoir écouté les différents exposés de ce colloque sur la thérapeutique employée pour guérir le strabisme accommodatif, je mesure l’importance du rôle de l’opticien et sa responsabilité dans la réussite du traitement. En ce qui concerne, le concept des montures, le choix de celles-ci l’aide que nous apportons aux porteurs, aux parents et aux prescripteurs, je vous ai dit tout ce que nous faisons et je vous assure que nous faisons tout ce que je vous ai dit.