Quand arrêter le traitement d’une amblyopie  ? Béatrice Roussat
Introduction

En cas d’amblyopie de leur enfant, les parents posent fréquemment la question de la durée prévisible du traitement, surtout quand ils commencent à en comprendre les contraintes. Tout en tenant compte de ces dernières, le médecin ne peut qu’insister sur le but à atteindre, qui est d’ailleurs différent selon les cas. Le délai pour parvenir au résultat escompté est donc variable, selon de nombreux paramètres, tout comme le moment où l’on peut espérer que ce résultat se maintienne sans traitement. En fait, il faut préciser d’emblée que tout œil amblyope devra être surveillé régulièrement, au moins jusqu’à l’âge adulte, puisqu’une rechute est toujours possible.

Règles de base de larrêt du traitement dune amblyopie
• Lorsque le projet était de récupérer une acuité visuelle égale à 10/10°, on peut envisager l’arrêt du traitement intensif dès que cet objectif est atteint et perdure au minimum pendant trois mois. De toute façon, il convient d’envisager une phase de maintien du résultat, où l’on associe une pénalisation appropriée par filtre Ryser sur le verre controlatéral à une surveillance trimestrielle.
• Lorsque le but se limitait à une
récupération partielle de l’acuité visuelle, la fin de la phase intensive du traitement se décide de la même façon, sur la base de l’acuité recherchée. Cette situation concerne les cas suivants: amblyopie organique, importants troubles réfractifs unilatéraux, traitement commencé à un âge trop tardif, mauvaise observance ou abandon du traitement par l’enfant ou sa famille. Plus encore que dans le cas précédent, il faudra maintenir une pénalisation légère pendant plusieurs années.
• Lorsqu’il apparaît une
diplopie qui n’existait pas auparavant, la stimulation occlusion doit être interrompue, puisqu’il existe de rares cas de diplopie définitive. Un contrôle s’impose après quelques semaines, pour décider éventuellement de la reprise du traitement, en fonction de l’amblyopie.
Commentaires

Lors de chacune des consultations, la qualité du traitement par stimulation occlusion doit être vérifiée, qu’il s’agisse de la période d’attaque ou de celle d’entretien. Au début, on répétera donc qu’une occlusion totale doit être réalisée avec un pansement occlusif porté à même la peau, de jour comme de nuit sans un manque.
Plus tard dans la prise en charge, on détaillera les modalités de l’occlusion partielle ou alternante destinée à pénaliser l’œil fixateur. Chaque praticien utilise pour cette pénalisation la technique de son choix. Nous donnons la préférence à l’adjonction d’un filtre Ryser sur les verres de lunettes (calculées pour corriger la totalité des troubles réfractifs): nous le justifions auprès des parents par le fait que les modifications de la pénalisation en cours d’évolution se font au niveau du filtre, ce qui est tout aussi efficace et moins coûteux que de faire changer régulièrement l’appareillage optique.
Contrairement au cas de la diplopie, l’aggravation d’un strabisme préexistant, ou même la révélation d’un strabisme ne sont pas un motif d’arrêt de la stimulation occlusion permanente qui caractérise la phase d’attaque. On justifiera cette décision par le fait qu’il faut impérativement récupérer le plus tôt possible l’acuité visuelle et que la déviation des axes oculaires pourra bénéficier ultérieurement d’une opération chirurgicale.
Il est judicieux de prévenir les parents que la durée du traitement peut être très longue, allant jusqu’à plusieurs années en cas d’amblyopie profonde au moment de la prise en charge. Cette annonce doit intervenir rapidement pour conduire les parents à respecter les impératifs du traitement.
Sur le long terme, on veillera à contrôler l’état de la réfraction sous cycloplégie, tous les six mois puis tous les ans. En cas de rechute, un traitement s’impose, avec une pénalisation proportionnelle à la perte visuelle.