Les différents tests stéréoscopiques et leur pratique Nicole Jeanrot
Introduction

L’étude de la vision stéréoscopique est basée sur la notion de disparité rétinienne, la mesure de cette disparité s’exprimant en secondes d’arc. Cette mesure est faite à l’aide de différents tests. Ils sont multiples, nous citons et étudions les principaux.
Tout d’abord un test très simple qui permet de vérifier la perception du relief, mais qui ne permet pas de la quantifier, c’est le test des 2 crayons de Lang ou test de coïncidence
: l’examinateur tient verticalement un crayon la pointe en bas, et demande au sujet tenant verticalement un autre crayon, la pointe en haut, de venir l’aligner sur le premier. Un sujet ayant une vision binoculaire normale, alignera correctement les 2 crayons en binoculaire et manquera la cible en monoculaire.
La classification des tests mesurant une vision stéréoscopique peut se faire sur différents critères
:

• Soit la capacité d’évaluer la plus fine acuité stéréoscopique;
• Soit celle de mesurer la vision stéréoscopique en vision de prés ou de loin
;
• Soit les bases sur lesquelles repose le test, c’est sur ce principe que nous nous appuyons.

En effet, les uns reposent sur la notion de parallaxe stéréoscopique. Ils sont constitués de 2 photographies du même objet vu sous des angles un peu différents provoquant une disparité rétinienne. Les autres sont bâtis sur le principe des nappes de points au hasard de Julesz. Ils sont constitués de stéréogrammes superposés ou présentés côte à côte, composés de nappes de points qui paraissent disposés au hasard. Mais l’ensemble est fait de telle façon que, dans la structure centrale, tous les points sont décalés dans le même sens, provoquant ainsi une disparité rétinienne.
Dans tout test stéréoscopique, la présentation des images vues par chaque œil est obtenue par différents procédés
:

• Images séparées, stéréoscopes, synoptophores;
• Images superposées dans le même plan et sélectionnées soit par des filtres polarisés, soit par des filtres colorés soit par des lentilles cylindriques.
Tests s’appuyant sur la parallaxe stéréoscopique
Tests en vision de près

Ils sont présentés à 40 cm. La distance d’examen est fixe, l’acuité stéréoscopique est appréciée d’après la disparité variée des figures.

Titmus Test

Il est constitué d’un livret comportant plusieurs tests vus au travers de verres polarisés.

• Test de la mouche: On demande au sujet de saisir les extrémités des ailes de la mouche qu’il perçoit plus ou moins en relief. Ce test grossier correspondant à une parallaxe de 1000 secs teste plus une vision stéréoscopique périphérique que centrale;
• Test de Wirt composé d’une série d’animaux dont 1 sur chacune des 3 lignes est perçu en relief, correspondant respectivement à 400, 200 et 100 sec et d’une série de 9 carrés comportant chacun 4 cercles dont un est perçu en relief mesurant une disparité de 800 à 40 secondes.

C’est un test très répandu, rapide, facile à pratiquer. Mais il ne mesure pas une acuité stéréoscopique très fine, d’autre part le décalage des 3 premiers points est perçu sans verres polarisés même en monoculaire jusqu’à environ 120 secs. Il faut savoir que certaines microtropies peuvent arriver avec ce type de test à des acuités stéréoscopiques de l’ordre de 60 secs.

Tests en vision à différentes distances

Tests présentés à l’aide d’un stéréoscope ou d’un synoptophore permettant de supprimer l’accommodation.

• Les appareils à tige de type Howard-Dolman ou Colayanni, peu employés en orthoptie. Le sujet situé à 5 mètres doit, à l’aide de commandes manuelles, aligner 2 tiges mobiles sur le plan d’une tige fixe. Une bonne vision stéréoscopique correspond à une erreur d’alignement inférieur à 30 mm, chaque dizaine de mms correspondant à 5 secondes de parallaxe;
• La boule de Pulfrich. Bien que s’appuyant sur un principe différent, nous mentionnons la boule de Pulfrich. L’appareil est constitué d’une potence supportant une boule à laquelle peut être imprimé un mouvement d’aller et retour rectiligne. Le sujet, muni d’un verre rouge et fixant un repère dans le même plan, est placé face à la boule. En binoculaire il percevra un mouvement circulaire. En fait, ceci implique une binocularité mais non une vision binoculaire normale, le mouvement circulaire reposant sur la différence de temps de latence entre les 2 yeux dus à l’interposition du verre rouge.
Tests s’appuyant sur les nappes de points de Julesz

Ils peuvent être présentés sous forme de 2 stéréogrammes placés côte à côte dans un stéréoscope ou au synoptophore, ou superposés sous forme d’anaglyphes vus au travers de filtres colorés ou polarisés.

Tests en vision de près

La distance d’examen est fixe, l’acuité stéréoscopique est appréciée d’après la disparité variée des figures.

Le TNO

Il est constitué de 2 stéréogrammes superposés l’un rouge, l’autre vert, le relief apparaissant avec des lunettes rouge-vert de couleurs complémentaires. Il comprend 6 planches de 480 à 15 secondes.
Ce test mesure une acuité stéréoscopique très fine. Aucun des tests n’est perçu en monoculaire ou sans filtres. Un sujet en microtropie arrive très rarement à une acuité stéréoscopique inférieure à 100 secs. Il peut être dissociant dans certaines exophorie-tropies.

Le Lang

Il se présente sous la forme d’une carte postale. Il est bâti sur le principe des points au hasard mais ne nécessite pas l’interposition de verres polarisés, la séparation des images étant obtenue par un principe de microlentilles cylindriques situées sur la face avant du test. Il comporte 3 dessins allant de 1200 à 550 secs.
Il doit être présenté à l’enfant à 40 cm et tenu immobile dans le plan frontal. L’enfant doit dire ce qu’il voit ou s’il est trop jeune le toucher du doigt.
Il est très facilement utilisable chez les jeunes enfants à partir de 2 ans, mais il doit être pratiqué avec soin. Une simple perception de l’image ne suffit pas pour dire que la vision binoculaire est normale. Il faut que l’enfant reconnaisse et, si possible, nomme la structure. En effet, une perception floue du test se retrouve dans certaines microtropies.

Le Randot-test

Il se présente sous forme d’un livret associant suivant les tests le principe de la parallaxe ou des points au hasard. Il comporte 3 séries de tests:

• Tests de formes géométriques allant de 500 à 250 secs;
• 3 rangées d’animaux (points au hasard) allant de 400 à 100 secs
;
• 10 séries de cercles de 400 à 20 secondes.
Tests en vision à différentes distances

La disparité de la figure est fixe, c’est d’après la distance que l’on déduit la valeur de l’acuité stéréoscopique.

Les tests
RDE (Random-dot E) de Reinecke

Il comporte 3 plaquettes vues au travers de lunettes polarisées.

• Une plaquette avec un E en relief vu sans lunettes polarisées;
• Une plaquette avec un E vu en relief avec des lunettes polarisées
;
• Une plaquette sans figure.

La disparité de la figure est fixe (900 secs à 28 cm). Il peut être présenté à 50 cm, 1, 2 ou 5 mètres.
Il permet des mesures à différentes distances, mais sa cotation manque de précision.

Test de Frisby

Il comporte également 3 planches, vues sans système polarisé.

Test de Weiss

Le chat: C’est un test, perçu à 5 mètres, constitué de nappes de points au hasard rouge-vert, vu au travers de lunettes rouge-vertes. L’acuité stéréoscopique est de 250 " à 5 mètres, 500 " à 2,50 mètres. À 5 mètres c’est un test central, plus près la fusion périphérique intervient. Il ne compte qu’une seule image et mesure une acuité stéréoscopique assez grossière.

Tests pour Synoptophore

Certains tests pour synoptophore ont été construits sur le principe des points au hasard, notamment les tests de Weiss.

Utilisation des tests

Dans la pratique, il faut tenir compte du mode de présentation:

• De la distance pour laquelle est conçu le test;
• De la position et de l’immobilité du test
;
• De la précision et de la rapidité des réponses
;
• De l’âge du sujet, toutes les études montrent qu’il faut attendre l’âge de 5 ans pour avoir une acuité stéréoscopique fine.
Interprétation des résultats

La majorité des auteurs et des utilisateurs s’accordent pour dire que les tests à points aléatoires sont plus précis et mesurent une acuité stéréoscopique plus fine. D’autre part ils ne peuvent être perçus en monoculaire ou sans systèmes polarisants, alors que dans les tests basés sur la parallaxe, les contours ou la forme peuvent être perçus monoculairement jusqu’à un certain degré.
Dans un certain nombre de microtropies, notamment celles inférieures à 10
∆, il existe une binocularité qui permet un certain degré de vision stéréoscopique, qui dépend de plusieurs facteurs, la valeur de l’angle, la neutralisation, le test utilisé. Cette vision stéréoscopique est toujours meilleure avec les tests basés sur la parallaxe.
Pour les sujets avec vision binoculaire normale, quel que soit le test, une bonne vision stéréoscopique implique une bonne vision binoculaire, les deux étant intimement liées. L’amplitude de fusion en convergence ou divergence ne peut exister sans elle si l’on considère une amplitude de fusion avec ses deux composantes motrices et sensorielles. Ces vergences peuvent être modifiées par plusieurs facteurs tonus central, vigilance, accommodation. Ces perturbations peuvent amener des troubles fonctionnels, mais dans la mesure où il n’a pas dissociation, l’acuité stéréoscopique n’est pas perturbée. Il est rare de voir une insuffisance de convergence provoquer une baisse d’acuité stéréoscopique, auquel cas il faut faire un examen approfondi de la vision binoculaire. À l’inverse, il est fréquent de trouver une bonne acuité stéréoscopique chez un divergent intermittent lorsqu’il restitue.

Quel test utiliser?

En tenant compte des critères d’utilisation, et en connaissant les avantages et les limites de chacun, tous ces tests donnent des résultats fiables et suffisants pour juger des capacités d’un sujet. Les plus employées sont le Titmus (Wirt), le TNO et le Lang pour les enfants.

Références

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2. Jeanrot N. Vision binoculaire et stéréoscopie. J Fr Orthoptique 1
995; 27: 21-25.
3. Jeanrot N. Jeanrot F. Manuel de strabologie pratique. Ed. Masson, 1
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5. Lanthony P, Matray J. Acuité stéréoscopique et strabisme. J Fr Orthoptique 1
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10. Weiss JB. Utilisation des stéréogrammes à points aléatoires. J Fr Orthoptique 1
982; 14: 81-85.