Questions d'Actualité. Éditorial Maurice Alain Quéré

Pour la première fois depuis la création de nos colloques, celui de cette année ne sera pas axé sur un thème unique. En revoyant le programme des réunions précédentes, nous avons constaté que divers problèmes cliniques n’avaient été analysés que de façon fragmentaire, laissant dans l’ombre des faits essentiels ayant pourtant une grande importance pratique. C’est la raison pour laquelle notre colloque 1997 a été consacré à ces questions d’actualité.
Certains sujets retenus peuvent a priori sembler bien banals et ne suscitez guère de discussions.
Ainsi, quoi de plus évident par exemple que la mesure de l’acuité visuelle
; cet acte par lequel débutent tous nos examens cliniques, ne semble plus receler le moindre mystère. L’expérience prouve néanmoins que cette évaluation se fait avec une grande négligence et comporte encore un certain nombre d’inconnues:

• L’inexactitude de la très grande majorité des optotypes usuels pour la détermination du pouvoir séparateur par rapport à ceux qui ont été établis suivant une échelle logarithmique;
• Lorsqu’on évalue la vision de près, en particulier chez l’enfant, l’importance de respecter la distance de fixation, qui, si elle n’est pas rigoureusement contrôlée, nous amène lors du traitement de déficits sensoriels à des conclusions optimistes injustifiées
;
• Enfin, nous verrons que les travaux récents sur la corrélation entre l’acuité de loin et l’acuité de près remettent en question le bien fondé d’un certain nombre d’idées reçues.

Le traitement de l’amblyopie et sa durée s’articulent fort logiquement avec le thème précédent. L’occlusion de l’œil sain, méthode pourtant connue depuis plus de deux siècles, fait encore l’objet de modalités d’utilisation étonnantes à propos desquelles il convient de s’interroger.
Trois exposés seront consacrés à la stéréoscopie. Tout le monde s’accorde pour dire que, dans les désordres oculomoteurs infantiles, sa récupération complète ou partielle est le but et la justification des traitements opiniâtres et prolongés que nous dispensons. Pourtant, force est de constater que nous mesurons cette stéréoscopie avec beaucoup de négligence au moyen de tests dont la validité est douteuse
; à cet égard bien des progrès restent encore à accomplir.
Ces dernières années les strabismes innervationnels ont été l’objet principal de nos préoccupations. Il nous a paru important de revoir le problème des strabismes périphériques capsulo-musculaires.

• Tout d’abord le syndrome de Stilling-Duane dont on a décrit une grande variété de formes cliniques; or la pratique systématique du test d’élongation musculaire prouve que presque toujours l’ensemble des muscles oculomoteurs sont simultanément concernés; cette constatation a évidemment des implications chirurgicales décisives.
• Nous verrons également les acquisitions récentes concernant le syndrome de Brown qui, contrairement au précédent, est en voie de démembrement. En effet, il y a d’une part la brièveté congénitale du tendon du grand oblique qui guérit parfaitement avec son recul
; d’autre part le blocage de ce tendon dans la poulie de réflexion dont la cure chirurgicale est problématique.

On sait qu’à l’heure actuelle, en matière d’IRM nous en sommes à des appareils de la troisième ou quatrième génération; il est évident que, de ce fait, la qualité de nos moyens d’investigation de l’oculomotricité par cette technique a radicalement changé. Le Professeur Speeg nous en détaillera les récentes découvertes ainsi que leurs implications diagnostiques et thérapeutiques.
Nous avons personnellement eu la mission d’exposer deux sujets d’actualité qui ont fait l’objet de multiples controverses.
Tout d’abord les impotences iatrogènes provoquées par l’anesthésie péri-bulbaire, technique qui s’est généralisée à partir de 1
985. D’après les spécialistes du segment antérieur, il s’agit de paralysies myotoxiques dont l’incidence est rare et qui guérissent spontanément dans 75  % des cas. Nous verrons qu’il s’agit en réalité de rétractions iatrogènes secondaires à des injections massives d’anesthésique dans le muscle; elles sont relativement fréquentes; elles posent des problèmes diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques très particuliers; enfin leur prophylaxie est essentielle à connaître.

• Nous envisagerons par ailleurs le problème du traitement par surcorrection optique des si fréquentes incomitances loin-près résiduelles. Nous donnerons les raisons qui doivent nous faire préférer les verres progressifs aux verres bifocaux, ainsi que les résultats moteurs et sensoriels que nous sommes en droit d’en attendre.

La dernière session de notre colloque sera consacrée à 3 thèmes qui ont également suscité bien des opinions contradictoires:

• La conduite à tenir dans les suites postopératoires immédiates;
• L’évolution tardive des strabismes, qui fait souvent l’objet d’un optimisme excessif et pour laquelle les données statistiques probantes font défaut
;
• Enfin les diverses formes cliniques des asthénopies accommodatives dont le diagnostic et le traitement ne sont nullement évidents.

En somme ce colloque 1997 nous aura permis des mises au point salutaires sur des problèmes sensori-moteurs que nous n’avions qu’incomplètement traités cette dernière décennie.