L’Orthoptiste et les Paralysies OculoMotrices Nicole Jeanrot
Quel est le rôle de l’orthoptiste dans les paralysies oculomotrices?

L’orthoptiste intervient dans le cadre du bilan, du suivi et du traitement avec la mise en place de procédés de compensation qui peuvent aider le patient.
Je ne reprendrai pas le bilan, celui-ci ayant été traité dans des exposés précédents

Le suivi

Le suivi est important. Par l’examen orthoptique comprenant l’examen coordimétrique, il permet de suivre l’évolution, régression plus ou moins rapide, stabilisation, aggravation, passage à la concomitance, autant de constatations qui peuvent modifier les données thérapeutiques et notamment la prise en charge chirurgicale.

Le traitement

Qu’appelle-t-on traitement orthoptique d’une paralysie oculomotrice? Traitement orthoptique classique ou procédés de compensation prismatique? Les deux font partie du traitement orthoptique.
Ce traitement est variable en fonction du type de paralysie et de son importance
:

• Si la déviation est importante, occlusion totale s’impose;
• Lorsque la déviation le permet, un traitement prismatique est nids en place.

Plusieurs questions se posent, quelles paralysies prismer, quand prismer, comment prismer?

Quelles paralysies prismer?

Il faut que l’état sensoriel soit normal. Il faut prismer à l’angle objectif. À cette condition et en fonction de la déviation, toutes les paralysies peuvent être prismées à l’exception des paralysies du 111 (hors les paralysies partielles).

Quand prismer?

Lorsqu’il existe une diplopie en position primaire et/ou regard en bas, pour une déviation maximum de 25 à 30 dioptries en horizontal et 10 à 15 dioptries en vertical.

Comment prismer?

On partage la puissance prismatique sur les deux yeux à partir d’un prisme de 10 dioptries, en horizontal, vertical ou oblique, avec la puissance minimum supprimant la diplopie.
Il faut bien avertir le sujet que l’on supprime la diplopie en position primaire et regard en bas, man qu’elle persistera dans certaines positions. L’avertir également que la prescription de press-on est provisoire et altérera plus ou moins la vision. Dans la majorité des cas, les sujets préfèrent une vision trouble à une vision double, en sachant que c’est provisoire,
Le suivi sera régulier pour diminuer le prisme à la puissance minimum supprimant la diplopie. Il ne sera intégré, notamment pour les personnes âgées que pour les petites déviations résiduelles.

Quel est l’intérêt de la prismation?

Elle est très discutée. Il est certain qu’objectivement, on ne peut faire aucune comparaison entre une paralysie prismée ou non, d’autant que l’évolution d’une paralysie est variable et tend dans 80  % des cas à la régression spontanée.
Par contre, sur le plan psychologique, la prismation est une aide importante dans le comportement du sujet. Il est mieux équilibré, accepte mieux son état et arrive rapidement à reprendre une vie normale. Dam les limites de la déviation, considérées plus haut, le sujet préfère toujours une prismation à une occlusion.

Qu’en est-il du traitement orthoptique?

Il aide, en plus de la prismation, à maintenir une amplitude de fusion qui a tendance à se détériorer et une vision binoculaire chez l’enfant. Il donne plus de confort dans les petites prismations résiduelles.
Les mouvements de poursuite pour faire travailler le muscle paralysé ne doivent être pratiqués qu’en phase de régression lorsqu’il persiste une parésie. Dans une paralysie en évolution, faire travailler le muscle paralysé amène également à augmenter l’hyperaction du synergiste, alors que le but dans une paralysie est de calmer le jeu des hypo et hyperactions.

Référence

1. N. Jeanrot, F. Jeanrot. Manuel de strabologie pratique. Aspects cliniques et thérapeutiques. Ed Masson 1994.