Éditorial Maurice-Alain Quéré

Les paralysies oculomotrices, objet de notre colloque 1999, s’inscrivent dans un cadre apparemment très simple.
Dans tous les manuels nous constatons que, sous ce vocable, on place les atteintes des trois nerfs oculomoteurs
: le III, le IV et le VI. Elles se traduisent par une séméiologie commune d’impotence des ductions dans le champ du ou des muscle(s) paralysé(s); il apparaît une déviation strabique spatialement variable (incomitante) mais conforme à la loi de correspondance motrice de Hering, et qui résulte des hyperactions secondaires de l’antagoniste homolatéral et du synergiste controlatéral. L’EOG objective une dyssynergie qui concerne toujours l’œil impotent.
Dans tous les cas la symptomatologie paralytique est très caractéristique, si bien que dans la majorité des cas le diagnostic topographique est très facile.
Dans tous les colloques précédents, nous n’avons pas manqué de souligner la différence entre ces strabismes paralytiques périphériques et les strabismes fonctionnels supranucléaires qui représentent 90  % des strabismes infantiles. Ces derniers ont des caractères radicalement différents
:

• Les ductions sont parfaitement normales;
• Les hyperactions non systématisées entraînent des incomitances « paradoxales  », c’est-à-dire non conformes à la loi de Hering
;
• L’enregistrement EOG révèle des dyssynergies dissociées portant toujours sur l’œil occlus, et qui changent totalement suivant l’œil fixateur.

L’ensemble de cette symptomatologie est, nous le savons, le témoin d’une dystonie oculogyre.
Si ce dualisme est incontestable, néanmoins il ne correspond qu’à une partie de la réalité oculogyre congénitale ou néonatale.
Le cadre des POM est beaucoup plus vaste et ne se limite nullement aux lésions neurogènes périphériques.
Les déficits secondaires aux atteintes de la plaque motrice (myasthénie) et des muscles (myopathies) y trouvent logiquement leur place, c’est pourquoi Danièle Denis nous détaille les tableaux très particuliers des déficits que l’on observe.
Il faut également inclure dans les POM toutes les altérations motrices inhérentes aux lésions capsulaires et orbitaires traumatiques, inflammatoires et chirurgicales
; Vincent Paris insiste tout particulièrement sur une pathologie relativement récente consécutive à des injections trop généreuses d’anesthésiques locaux au cours de la péri-bulbaire. Enfin Jean-Claude Charlot nous décrit les troubles oculomoteurs provoqués par les fractures de l’orbite.
Mais le cadre de la pathologie paralytique ne se limite pas aux impotences périphériques. Il est encore plus vaste et, à notre avis, il faut y inclure tous les déficits supranucléaires
: protubérantiels, pédonculaires et encéphaliques. Françoise Lavenant en détaille la séméiologie très particulière qu’il faut bien connaître. Il s’agit presque toujours de troubles conjugués sans la moindre déviation strabique, c’est pourquoi ces dérèglements ne sont révélés que par une recherche systématique. À cet égard, la sclérose en plaques et les encéphalites virales ont une symptomatologie originale associant les POM classiques, souvent transitoires, à des déficits supranucléaires variés et infiniment plus tenaces.
La pathologie oculomotrice postcontusive en est également un bel exemple
; en effet, nous allons voir que le syndrome des traumatisés crâniens, longtemps considéré comme « subjectif  », comporte en réalité une riche symptomatologie organique, mais qui n’est révélée que par les explorations EOG et neuroradiologiques; il est évident que cette détection est essentielle pour l’évaluation médico-légale équitable du préjudice séquellaire.
La troisième session de notre colloque sera consacrée au traitement médical et chirurgical des POM. La variété des indications prouve que l’analyse séméiologique des divers syndromes n’est nullement documentaire.
Certes, il existe un certain contingent d’affections dégénératives ou tumorales dont l’évolution est inexorable et pour lesquelles l’atteinte oculomotrice est contingente
; mais il est maintenant prouvé que la plupart des troubles typiques traumatiques, vasculaires ou inflammatoires sont régressifs. À cet égard, les statistiques sont éloquentes: les paralysies traumatiques, vasculaires ou inflammatoires sont régressives. À cet égard, les statistiques sont éloquentes: 80 à 85  % vont guérir spontanément dans un délai de 3 à 18 mois. Seulement 15 à 20  % des cas vont nécessiter une thérapeutique active. Ce traitement est toujours médical, et l’on n’insistera jamais assez sur l’importance de l’occlusion alternante quand le sujet peut la supporter. Il faut savoir attendre la stabilisation du trouble moteur avant de proposer une cure chirurgicale. Quand cette stabilisation est certaine, on effectue des actions différenciées, adaptées à chaque type de dérèglement moteur, et bien entendu à chaque cas. Suivant l’intensité des troubles moteurs séquellaires, on obtient parfois des résultats excellents ou plus souvent des améliorations l’intensité des troubles moteurs séquellaires, on obtient des résultats excellents ou des améliorations significatives de l’état esthétique et fonctionnel.
Au terme de ce colloque, nous aurons donc passé en revue les aspects essentiels de cette revue les aspects essentiels de ce colloque, nous aurons donc passé en revue les aspects essentiels de cette pathologie paralytique aussi variée dans ses expressions cliniques, étiologiques que thérapeutiques.