Analyse quantifiée des mouvements oculaires par enregistrement informatique Serge Vettard, Gilles Bailly & Myriam Bourron-Madignier
Structure du poste d’enregistrement
Environnement de stimulation

Le site est composé d’un poste de stimulation permettant l’enregistrement:

Des mouvements de poursuite, induits par la projection d’un spot laser sur un miroir, peuvent osciller de manière sinusoïdale ou triangulaire, sur une amplitude de -30° à +30°.
Des saccades, constituées par une rampe de diodes dans un champ de -50° à +50°, espacées de 10° chacune, permettent l’étude des saccades centrifuges et centripètes.
Du réflexe optocinétique (NOC). La stimulation s’effectue par projection d’un pattern de points lumineux en rotation (-120° à +120 °/s) sur un écran semi-circulaire.

Les différents stimulateurs sont pilotés par un micro-ordinateur. Les protocoles de stimulations sont définis par l’opérateur au début de la manipulation.
Le sujet dispose d’une « poire » lui permettant de valider la mesure lorsqu’il fixe la cible présentée. Il porte une paire de lunettes à cristaux liquides commandée par le calculateur, permettant par obturation de travailler en fixation monoculaire.

Le calculateur

L’organe de traitement, de gestion des stimulations et d’archivage des données est constitué d’un ordinateur compatible AT, muni d’un disque dur, d’une visualisation haute résolution couleur EGA et d’un coprocesseur arithmétique afin d’accélérer les calculs. L’organe de sortie est constitué d’une imprimante couleur.

Les amplificateurs

Le calculateur pilote 4 voies d’amplification, actuellement 2 voies horizontales, prochainement 2 voies verticales.
Les sondes, placées à proximité du patient, sont à couplage continu (DC) avec un étage d’entrée différentiel.
Un dispositif permet au calculateur
de contrôler en permanence l’impédance des électrodes. Le système est muni d’une correction automatique de l’offset, capable de compenser des valeurs aussi élevées que ± 40 mV, donc d’utiliser la plupart des électrodes du marché.
Le gain des amplificateurs est commutable séparément sur chacune des voies. Le calculateur choisit automatiquement le gain optimum (entre 2
500 et 20000) pour travailler avec le meilleur rapport signal/bruit.
Les amplificateurs assurent l’isolation du patient, pour des raisons de sécurité.

Les logiciels

Ils permettent de linéariser le signal, c’est-à-dire d’obtenir la position réelle de l’œil en degré, après une procédure de calibration, et de calculer les vitesses des mouvements oculaires en temps réel, sur les 4 voies, dans une plage de ± 800 °/s.
Le logiciel d’acquisition donne la possibilité à l’opérateur d’établir la totalité du protocole de manipulation, en définissant différents paramètres tels que le nombre d’acquisitions et leur type, le champ et la vitesse de stimulation, compte tenu de l’âge du patient et du cas clinique.
Tout enregistrement débute par une phase d’évaluation du gain des amplis, de réglage des offsets et de la construction des courbes de calibration.
En pratique courante, 2 modes de calibrations nous sont offerts:

La calibration dite pathologique. Elle peut s’effectuer sur une amplitude minima de 20°, maxima de 100°. Elle permet d’établir une courbe extrêmement rigoureuse, sur une échelle de points de 3 à 11, qui garantira la précision et l’uniformité des calculs en différé, à condition que le mouvement demandé soit possible dans son intégralité.
L’obtention d’une courbe régulière chez le jeune enfant est difficile, car l’examen devient parfois trop long. Chez l’enfant inattentif les mesures sont sans valeur.
Dans ces conditions, il est préférable de recourir au mode de calibration rapide.
La calibration rapide. Sa construction se fait en même temps que l’évaluation du gain optimum des amplis en 3 mesures. L’expérience nous a démontré qu’elle est suffisamment fiable en clinique courante; nous la réservons surtout aux jeunes enfants.
Dans l’éventualité d’une amblyopie profonde ou d’une paralysie totale, empêchant la calibration de l’œil atteint, l’opérateur peut récupérer la calibration de l’œil sain pour l’œil atteint.

Au cours de l’enregistrement, les courbes de calibration seront remises à jour.
Cette première phase de mesure étant achevée, l’enregistrement des saccades, de la poursuite et du réflexe optocinétique peut débuter.
Les logiciels de traitement et de visualisation utilisés en différé servent:

Au positionnement automatique ou manuel des curseurs d’amplitude, de vitesse, de latence, nécessaires à la quantification des différents types de saccades acquises:
• À calculer
le gain de la réponse optocinétique par construction automatique de la cumulée des phases lentes du NOC;
• À déterminer
la fréquence moyenne du nystagmus spontané ou provoqué.
Applications cliniques

Nous pratiquons systématiquement un enregistrement automatisé:

• Chez tous les sujets strabiques (> 6 ans), avant et après intervention chirurgicale;
• Dans les paralysies oculomotrices et syndromes de fibroses congénitales
;
• Dans les nystagmus congénitaux et manifeste-latents
;
• Dans certaines atteintes neurologiques.