Les mouvements de versions Alain Péchereau
Introduction

Il existe trois types fondamentaux de mouvements de version:

• Les saccades;
• La poursuite
;
• Le nystagmus optocinétique.

Ceux-ci permettent l’exploration réflexe et volontaire de l’espace visuel.
Les types de stimulation de ces mouvements sont en nombre élevé
:

• Auditives;
• Tactiles
;
• Visuelles
;
• etc.

Cependant, quel que soit le type de stimulation, les réponses sont toujours identiques.
Dans cet exposé,
nous nous limiterons aux mouvements optiquement élicités. Ce sont en effet:

• Les mouvements les plus élaborés;
• Les mouvements les plus variés.

Les mouvements cochléo-vestibulaires sont, eux, du domaine des otologistes et des neurologues.

Les mécanismes généraux
La nécessite d’un support visuel
La Poursuite
• Les yeux fermés. Elle est impossible. Elle est remplacée par une série de saccades plus ou moins grandes et irrégulières.
• Les yeux ouverts. Sans support visuel, elle est aussi remplacée par une série de saccades. Mais celles-ci sont plus petites et plus régulières.

Donc pour réaliser une poursuite correcte, la présence d’un support visuel est indispensable.

Le nystagmus optocinétique

Là aussi, comme son nom l’indique, la présence d’un support visuel est absolument indispensable.

Le rôle de la rétine

La rétine a une double fonction:

• Une activité optomotrice;
• Une activité optotonique.

L’activité optomotrice proprement dite est responsable des mouvements de version et de vergence qui sont d’origine visuelle.
L’activité optotonique est liée aux tonus lumineux. Dans celle-ci le rôle des voies optiques secondaires (colliculaires) est essentiel.
Dans la rétine, la fovéa a une fonction toute particulière. En effet, elle est responsable de
l’ajustement terminal du regard sur la cible pour les saccades, et de la fixation en mouvement au cours la poursuite.
On voit donc que chaque type de version est déclenché par une stimulation particulière
; mais pour que chacun soit réalisé de façon correcte ceci suppose l’intégralité:

• Des voies optiques afférentes;
• Des aires de réception et d’intégration
;
• Des réseaux oculogyres
;
• Des systèmes de jonction.
La correspondance motrice

Elle est parfaite dans tous les types de version (ce qui les oppose, nous le verrons, aux vergences).

Les 2 yeux ouverts

Chez le sujet normal, il y a une congruence parfaite de tous les paramètres cinétiques, et ceci quel que soit le type du mouvement.

• Amplitude;
• Vitesse
;
• Accélération.

Cette correspondance motrice est la base de la loi de Hering.

En fixation monoculaire droite ou gauche

Là aussi, la congruence est parfaite. La réaction motrice de chaque œil est parfaitement superposable à celle de l’œil adelphe et identique à la réaction en situation binoculaire.
En dépit de la « suppression  » des informations d’un œil, les centres oculogyres sont parfaitement renseignés et envoient des impulsions tout à fait adéquates et identiques aux deux yeux.
Les versions physiologiques obéissent donc
à la loi d’équivalence optomotrice (Quéré 1983) des afférences visuelles inductrices.

Dans les déficits systématisés des voies optiques
• Scotomes centraux;
• Hémianopsies bi-temporales
;
• Hémianopsies latérales homonymes
;
• Les lésions chorio-rétiniennes maculaires (AV ≥ 1-2/10e)
;
• Les névrites optiques
;
• Les déficits glaucomateux.

Les mouvements oculaires optiquement élicités sont normaux en binoculaire ou en monoculaire.
Les zones restées intactes, même très petites, suffisent à éliciter par les centres oculogyres des mouvements normaux.
Nous avons ici la démonstration de l’équivalence optomotrice des divers secteurs rétiniens dans les versions.
L’hémianopsie de type Barany qui s’accompagne d’une abolition du NOC vers l’hémisphère sain est une fausse exception, car les lésions anatomiques touchent simultanément les voies optiques et oculogyres.
Par opposition, nous verrons ultérieurement que dans les vergences, les nystagmus, les ésotropies infantiles, les amblyopies fonctionnelles, cette propriété n’est pas conservée.

L’induction optomotrice dans les ophtalmoplégies

Dans les ophtalmoplégies complètes, l’œil atteint bien qu’immobile arrive à induire sur l’œil sain des réactions motrices normales: poursuite, saccade, NOC.
Dans ces cas l’étude de la poursuite est particulièrement intéressante. On constate en effet que le balayage de l’image sur l’ensemble de la rétine de l’œil impotent arrive à induire une poursuite visuelle satisfaisante de l’œil sain masqué (Quéré & Delplace 1
973).
Une telle réponse motrice n’est évidemment possible que chez des sujets intelligents et coopérants. On remarquera que cette situation est très différente des essais de poursuite sans support visuel, qui, nous l’avons vu, n’a de poursuite que le nom.
Ceci démontre que
la fonction sensorielle d’induction motrice n’est pas uniquement liée à la fovéa ou à la macula, mais à l’ensemble de l’organisation spatiale des zones perceptives centrées sur la macula (Quéré, Péchereau & Lavenant 1983).

Les trois types fondamentaux de mouvements de version
Les mouvements saccadiques

Ce sont les mouvements exclusifs de la recherche.
Ils représentent la réponse motrice réflexe à la suite d’un stimulus lumineux périphérique.
Ils sont également utilisés dans l’exploration volontaire de l’espace.
Cinq de leurs caractéristiques sont remarquables:

• La vitesse;
• La latence
;
• La synergie
;
• La dépression perceptive
;
• L’ajustement.
La vitesse
• Elle est liée à l’amplitude du mouvement; plus la saccade est ample, plus elle est rapide:
¬ 10°  300-400 °/secs,
¬ 30°  600 °/secs,
¬ > 30°  800 °/secs.
• Elle est identique chez tous les individus pour une même stimulation.
• La vitesse des saccades
: centripètes > centrifuges;
• La vitesse des saccades
: nasales > temporales;
• La vitesse
:
¬ Augmente très rapidement pendant le premier tiers,
¬ Est stable par la suite,
¬ Décroît lentement vers la fin.
• La vitesse est indépendante de la volonté.
• 3 hypothèses de réalisation
:
¬ Cybernétique,
¬ Balistique,
¬ Mixte.
Le temps de latence
• Variable suivant les stimulations:
¬ Les stimuli visuels
: 180 ms,
¬ Les stimuli auditifs
: 140 ms.

Pour une saccade de 40 degrés, le temps de latence est le double de celui de sa réalisation.

• Variations individuelles considérables:
¬ Rapide
: 150 ms,
¬ Chez l’enfant, le temps de latence est double de celui de l’adulte,
¬ L’apprentissage est possible,
¬ La prévisibilité du signal joue un rôle important.
La synergie des saccades
• Elle est normale. Nous l’avons déjà vue,
• Elle est d’une qualité exceptionnelle chez le sujet normal
:
¬ Différence de durée < 5  %,
¬ Et ceci quelle que soit l’amplitude de la saccade.
La dépression perceptive
• Pendant la saccade, il y a une baisse très importante du pouvoir séparateur.
• Cette baisse serait près de 90  %.
• Faits essentiels
:
¬ Elle apparaît 50 ms avant le début de la saccade,
¬ Elle disparaît avant sa fin.
• Le but de cette dépression serait de supprimer toute impression subjective du mouvement.
L’ajustement
• Il est tout à fait remarquable.
• Il y a un parfait ajustement terminal de la saccade.

Cet ajustement serait dû à la fonction extéroceptive d’induction et de contrôle du mouvement.
La stimulation d’un point précis de la rétine périphérique renseigne parfaitement les centres oculogyres sur le mouvement nécessaire.

Les mouvements de poursuite
L’induction du mouvement

La poursuite est le mouvement de l’observation cinétique précise.
La poursuite peut se faire de 2 façons
:

• Le sujet est immobile et l’objet bouge;
• Le sujet se déplace et l’objet est fixe.

Si c’est un mouvement dont l’induction est strictement volontaire, l’exécution est toujours automatico-réflexe.

Les caractères physiques

Ils sont très différents des saccades:

• Vitesse d’exécution entre 15 et 30 deg/secs;
• Au-dessus de 30 deg/secs apparaissent des séries de saccades.
• Au-dessous de 15 deg/secs il y a des pauses avec saccades de rattrapage.
• Le temps de latence est d’environ 150 ms, donc sensiblement identique à celui des saccades.
• Il y a une parfaite adaptation au mobile inducteur, que son mouvement soit linéaire ou sinusoïdal. Dans ce dernier type de mouvement, il faut se souvenir qu’il y a une variation permanente de la vitesse.
• En cas d’anticipation ou de retard dans le mouvement, il se produit une saccade de rattrapage indiquant la parfaite symbiose des 2 mouvements.
Le NOC
L’induction du mouvement

C’est un mouvement composé de 2 phases:

Une phase lente qui est un mouvement à type de poursuite dans le sens de déplacement de l’objet;
Une phase rapide qui est un mouvement à type de saccade de sens inversé ramenant les globes au point de départ.

Il est induit par la mobilité relative du sujet par rapport à l’espace ambiant; l’un ou l’autre pouvant être stable ou mobile. C’est une adaptation permanente fondamentale du système sensori-moteur à cette instabilité.
C’est le mouvement le plus fondamental et le plus automatique de la motricité oculaire pour permettre l’ajustement du regard.

Caractères physiques

De nombreux moyens permettent d’obtenir un NOC.
On le provoque simplement par la rotation d’un cylindre strié fait de bandes blanches et noires.
Le NOC est constant chez l’homme. Il est toujours dans le plan de rotation du test.
C’est un nystagmus à ressort dont la phase lente se fait dans le sens du déplacement du test
:

• La phase lente s’identifie à la vitesse de rotation du tambour.
• La phase rapide ou saccadique a une vitesse qui est fonction de l’amplitude des mouvements.

L’amplitude du NOC est en moyenne de 5 à 10 deg. Et l’amplitude de la saccade compense très exactement la poursuite.
C’est un réflexe inné qui existe dès la naissance. Larmande a montré que son emploi pour mesurer l’acuité visuelle était très discutable.
Le NOC est toujours congruent et identique en fréquence et en amplitude sur les deux yeux.
La valeur stimulante des deux yeux est équivalente.
Pour une stimulation donnée, il existe un seuil optocinétique inférieur et supérieur en fonction de la vitesse avec entre les deux, une valeur optimale. Cette valeur est variable d’un sujet à l’autre et dans le temps pour un même sujet.
Le NOC est perturbé par de nombreuses drogues
: barbituriques, alcool, etc.

Conclusion

Dans cette série des mouvements de version, on ne peut qu’être frappé:

Par la diversité des solutions proposées: Saccade, poursuite, NOC
Par la complémentarité de ces solutions:
¬ Mouvements rapides,
¬ Mouvements lents,
¬ Adaptation à un espace fixe.
Par la parfaite congruence de ces mouvements sur les 2 yeux;
Par la très grande stabilité du système à l’occlusion d’un œil.

Nous verrons que ces qualités remarquables peuvent être perturbées de façon importante par des processus pathologiques tels que l’amblyopie ou le strabisme.