Dix-sept ans après Alain Péchereau

Dix-sept ans après, passons au révélateur du temps, les conclusions de ce colloque. Il faut bien reconnaître que, si les intuitions théoriques se sont révélées justes, les conclusions pratiques se sont révélées erronées.

Les conclusions théoriques

La nécessité d’un enregistrement précis des mouvements oculaires est une nécessité criante. Un des prochains grands progrès est sans aucun doute cet enregistrement. Dans le domaine de la pathologie oculomotrice, nous sommes avant l’angiographie pour les pathologies rétiniennes.
L’équilibre oculomoteur est un double équilibre
:

• Un équilibre statique que nous explorons par le biais de l’étude de l’angle;
• Un équilibre dynamique dont le premier est le résultat et que nous n’explorons pas.

Nous voyons le chemin qui reste à parcourir et nous comprenons sans peine que l’enregistrement des mouvements oculaires par l’analyse statique et dynamique qu’il permettra sera extrêmement riche d’enseignement. Tout cela reste un vœu pieux. Espérons que les vingt prochaines années permettront un début de réalisation de cet espoir.

Les conclusions pratiques

Ici, l’échec est franc et massif. On peut dire qu’aucun appareil n’a été disponible pour les cliniciens depuis ce colloque. Toutes nos tentatives, et elles furent nombreuses, se sont soldées par un échec. Il n’a pas été possible de concevoir ou de faire évoluer un appareil répondant à nos exigences de clinicien permettant la diffusion de la méthode.
Cependant, grâce aux progrès de l’optique et de l’électronique, des solutions répondant en partie à notre cahier des charges commencent à voir le jour permettant d’espérer, qu’à terme, des outils performants mais sans doute trop complexe pour la clinique de tous les jours soient enfin disponibles. La révolution (il s’agira d’une révolution soyons en sûr) produite par l’enregistrement des mouvements oculaires, sera en route.

Perspectives d’avenir

Pour promouvoir sa méthode, le professeur MA Quéré disait de l’électrooculographie: c’est de la clinique enregistrée. Malheureusement, dans cette phrase se trouve la situation actuelle:

• Pour les nystagmus, cet argument est d’une grande pertinence et justifie un tel enregistrement car la clinique (du fait de la physiologie du système visuel de l’observateur) est très défaillante dans l’analyse des mouvements rapides et de ce fait un enregistrement des mouvements oculaires (une électrooculographie) est indispensable pour une analyse fine (Dell’Osso l’avait dit dès les années soixante-dix). Malheureusement, la rareté des nystagmus et le peu de conséquences pratiques de tels enregistrements font qu’il n’existe pas un marché suffisant pour permettre le développement de la méthode.
• Pour la clinique quotidienne, cet argument est une condamnation de la méthode car l’écart entre les données cliniques et les données d’amplitude obtenues par les enregistrements est trop faible pour modifier le comportement clinique et justifier un tel investissement. Pour le clinicien, l’avenir des méthodes d’enregistrement des mouvements oculaires n’existe que si l’une des deux conditions suivantes est remplie
:
¬ L’enregistrement des mouvements apporte sur le mouvement des informations que la clinique ne permet pas d’obtenir
: vitesse et accélération. L’enregistrement des mouvements oculaires lui permet d’ouvrir un nouveau champ clinique, justifiant un tel investissement;
¬ L’enregistrement des mouvements permet d’obtenir des informations précises sur l’équilibre statique (n’oublions jamais qu’il est le résultat de l’équilibre dynamique), ouvrant une nouvelle voie à l’analyse (pensons tout particulièrement à la torsion) de la déviation en clinique.

Des perspectives fascinantes s’entrevoient qui laissent à penser que les deux conditions précédentes seront remplies, et il nous faut espérer que les vingt prochaines années soient particulièrement excitantes dans ce domaine.