Disparité de fixation et diplopie physiologique Marie-Andrée Espinasse-Berrod
Introduction

La disparité de fixation est un phénomène physiologique essentiel qui découle d’un minime défaut d’alignement des deux yeux et qui va permettre la vergence fusionnelle et la stéréoscopie.
En effet, l’image est vue sous un angle légèrement diffèrent par chacun des deux yeux. La différence entre ces deux angles constitue la parallaxe stéréoscopique.

Disparité de fixation

Lorsque les deux yeux fixent un objet avec les fovéas, d’autres paires de points correspondants reçoivent les images d’objets qui sont également vus simples. La région de l’espace dans laquelle ces objets sont situés est appelée homoptère dont la forme théoriquement circulaire (Vieth-Müller) varie selon la distance de l’objet situé. Et tout objet trouvé dans cette aire est vu simple alors que des points situés en dehors de l’horoptère sont vus doubles.
La correspondance entre les rétines ne se fait pas de façon rigide point par point. En effet à un point correspond une zone, une surface de forme plus ou moins elliptique à grand axe horizontal qui correspond à l’aire de Panum dont les dimensions peuvent varier d’un sujet à l’autre. Ceci explique que l’horoptère ne soit pas limite à une figure théorique mais s’étende avec l’aire de Panum (figure n° 1).
Et si la disparité de fixation des points rétiniens excités n’est pas trop grande et reste à l’intérieur de l’aire de Panum, l’objet n’est pas vu double, mais simple.
On appelle disparité de fixation ce phénomène physiologique qui permet de voir avec deux yeux séparés dans l’espace et permet donc un discret défaut d’alignement des axes visuels (figure n° 2). Un point vu par la fovéola d’un œil n’a donc pas à se projeter exactement sur la fovéola de l’autre œil pour permettre une vision binoculaire.
Des disparités de fixation de 1 à 5° vont permettre les mouvements de vergence fusionnelle (pour les plus fortes disparités) et la vision stéréoscopique (pour les plus faibles disparités). Les travaux neurophysiologiques récents ont d’ailleurs permis de mettre en évidence des neurones du cortex visuel spécifiquement sensibles aux faibles ou aux fortes disparités.

• La vergence fusionnelle est un des mécanismes impliqués dans les mouvements de vergence (en complément des vergences tonique, accommodative ou proximale).
• La stéréoscopie apparaît quand des éléments rétiniens avec disparité dans le sens horizontal sont stimulés simultanément.

La fusion de ces images disparates résulte en une impression visuelle simple mais perçue en profondeur. Les points décalés du côté temporal sont vus plus près et les points décalés du côté nasal sont vus plus loin.
La mesure de ces disparités s’exprime en secondes d’arc et on peut définir un seuil stéréoscopique comme la plus petite différence de profondeur perceptible par le moyen de la parallaxe binoculaire. Cette acuité stéréoscopique basée sur les disparités rétiniennes s’estompe en vision éloignée, au-delà de 200 mètres.

Diplopie physiologique

Pour une distance de fixation donnée, tous les points situés dans l’horoptère stimulent des éléments rétiniens correspondants et sont donc vus simples. Mais lorsqu’un objet est en dehors de l’horoptère, ses images se forment sur des points non correspondants, il est vu double.
Cette diplopie à partir de points situés en dehors de l’horoptère est appelée diplopie physiologique.
Lorsqu’on fixe un objet, ceux qui sont plus éloignés que lui et donc en arrière de l’aire de Panum sont vus en diplopie homonyme (disparité binasale) (figure n° 3).
Les objets qui sont plus prés que l’objet fixé et donc en avant de l’aire de Panum sont vus en diplopie croisée (disparité bi-temporale) (figure n° 4).
L’appréciation inconsciente de cette diplopie physiologique est sûrement un facteur de bonne orientation et de vision du relief et par ailleurs elle est souvent utilisée dans les exercices de rééducation orthoptique.
Mais cette diplopie physiologique est supprimée chez le sujet sain à partir du moment où la vision binoculaire normale s’installe, témoignant de la possibilité d’éliminer certaines sensations visuelles de la conscience quel que soit l’état de la correspondance rétinienne.


Date de la dernière mise à jour du contenu de la page : Mai 1999