Le Bébé-Vision comme méthode de dépistage de l’amblyopie ? Françoise Oger-Lavenant
Introduction
Le Bébé-Vision consiste à étudier le comportement visuel du nourrisson devant des stimulations définies et à en chiffrer les résultats. C’est une méthode d’évaluation comportementale, dite méthode du regard préférentiel.

Le principe
Le principe en revient à Fantz dès 1 955 : le nourrisson est installé sur sa mère face à une surface uniforme et à une distance parfaitement définie entre 40 et 80 cm. Sur ce fond se trouvent deux plages de même taille, de même luminance et proches l’une de l’autre. L’une est grise uniforme comme fond, et l’autre présente un test figuré. La plage test apparaît de façon aléatoire à droite ou à gauche et l’observateur, placé derrière le fond uniforme, regarde à travers un orifice situé entre les deux plages de quel côté le nourrisson dirige son regard. Le nourrisson a le regard attiré par le test figuré.

Méthode
Les tests utilisés se présentent sous forme de grilles ou réseaux faits d’un alignement de raies alternativement blanches et noires. L’acuité visuelle est donc une appréciation de la fréquence spatiale c’est-à-dire le nombre de raies dans un espace donné à une distance déterminé d’avance. Connaissant la distance, on calcule à quelle dimension du test correspond un angle de 1 degré sur l’écran, la mesure de l’acuité visuelle étant angulaire, elle est définie par le nombre de cycles par degrés (1 cycle = 1 raie noire + 1 raie blanche). Un degré = 60 minutes et 10/10 correspondent à la perception de deux points séparés par une minute d’angle. 30 cycles par degré = 10/10.
Les tests utilisés s’échelonnent de 0,3 cycle à 30 cycles par degré. La succession des réseaux se fait par demi-octave (1 octave = 1 fréquence double). Si l’on utilise des tests en faisant varier le contraste on étudie la sensibilité aux contrastes.

Résultats
Les résultats varient un peu d’un auteur à l’autre car les tests ne sont pas rigoureusement semblables, ils varient en fonction des normes d’éclairage et du contraste. Par exemple, à quatre mois le nourrisson peut percevoir 6,5 cycles par degré, aux cartons de Teller cela correspond à 2,5/10 et aux tests projetés par diapositives à 1,5/10. Quoi qu’il en soit, on admet qu’à :
  • Trois mois il est perçu 3 cycles par degré, soit 1/10 ;
  • Six mois 6 cycles par degré, soit 2/10 ;
  • Douze mois 9 cycles par degré, soit 3/10.
En pratique
En pratique, le test est utilisé à partir de trois mois. Les tests sont présentés à 38, 55 et 84 cm. Aucun objet ne doit distraire l’enfant en étant situé dans son champ visuel latéral. La première carte présentée correspond à la vision normale du nourrisson du même âge que celui examiné. En fonction de la réponse on passe à la carte immédiatement inférieure ou supérieure. On débute le test les deux yeux ouverts et ensuite on l’effectue en monoculaire.
Au-delà de 18 mois à 2 ans, ce test n’intéresse plus l’enfant et n’est alors réservé qu’à des enfants ayant un retard mental.

Discussion
Ce test peut-il dépister des déficits d’acuité visuelle ? Pour répondre à cette question nous vous proposons l’étude effectuée par l’équipe de Lennerstrand, présentée à l’ESA en 1 997.
46 enfants avec soit une vision normale, soit une basse vision organique, soit une amblyopie strabique, âgés de 1 à 18 mois ont été examinés avec trois types de tests : le stycar rolling balls, cartons de Teller et détection de menus objets (grains de raisin, grains de riz et sucre en poudre sur fond blanc ou noir).
Il ressort de cette étude que les enfants porteurs d’anomalie organique connue et ceux présentant des amblyopies strabiques évidentes ont répondu parfois comme des sujets normaux et, à l’inverse, ceux sans problème visuel ont quelquefois eu des réponses inférieures à la normale.
Les auteurs concluent qu’aucune de ces trois méthodes d’évaluation de l’acuité visuelle ne permet de faire la différence entre les trois groupes d’enfants de façon fiable.
Ces tests, dont le Bébé-Vision, ne peuvent donc être utilisés comme méthode de dépistage de l’amblyopie strabique et même de basse vision. Un opérateur entraîné est plus performant pour dépister ces anomalies. En fait, d’après la nouvelle étude de cette même équipe suédoise présentée en 1 998 à l’ISA, il apparaît que les réponses fiables de dépistage d’amblyopie ne sont pas obtenues avant l’utilisation des optotypes. Nous sommes donc largement au-delà de l’âge de l’utilisation du Bébé-Vision.

Conclusion
Il est donc difficile de confier un tel test à des personnes non habituées au comportement visuel de l’enfant pour effectuer un dépistage de masse, puisque seule la clinique permet de contrôler la validité des réponses du Bébé-Vision.


Date de la dernière mise à jour du contenu de la page : Mai 1999