Les « trois degrés » de la Vision Binoculaire Leïla Champion
Introduction
C’est à Worth que l’on doit la division de la vision binoculaire en 3 degrés successifs :
  • 1er degré : la perception simultanée ;
  • 2e degré : la fusion ;
  • 3e degré : la vision stéréoscopique.
Cette division est une notion des plus classiques qui ne peut guère s’appliquer qu’aux réponses données au synoptophore.

Le premier degré : la perception simultanée
La perception simultanée (PS) repose sur le principe de la confusion c’est-à-dire la superposition des images vues par les deux maculas.
La PS se fait sur un point précis au 1/4 de degré près.
Pour l’étude de la PS une image différente est présentée à chaque œil :
  • Si les deux images sont psychologiquement complémentaires : lion et cage ou soldat et guérite, par exemple, il y a vision simultanée ;
  • Si les images ne sont pas complémentaires, il se produit le phénomène de rivalité rétinienne : il n’y a pas de vision simultanée mais une vision alternante.
La neutralisation physiologique intervient pour préserver la cohérence de la vision.

Le deuxième degré : la fusion
Pour l’étude de la fusion, deux images identiques sont présentées à chaque œil.

La fusion sensorielle
Pour être certain de la fusion, chacune des images diffère par un détail. Pour un âne, par exemple, le détail sera une queue d’un côté et une carotte de l’autre. S’il y a fusion, l’image perçue est celle d’un âne avec la queue et la carotte.

La fusion motrice
On constate qu’une image fusionnée peut se maintenir sur une très large amplitude en déplaçant les tests en divergence ou en convergence.
Cette amplitude de fusion atteint chez le sujet normal près de 20° en convergence et 10° en divergence. Elle est variable suivant les individus.

Le troisième degré : la vision stéréoscopique
La vision stéréoscopique est classiquement présentée comme le 3e degré de la vision binoculaire, en réalité, c’est un phénomène tout à fait différent. Elle résulte d’une disparité de fixation très faible.
C’est un phénomène bifovéolaire sans aucune amplitude.

Critique de la classification
La division de la VB en trois degrés est une classification artificielle qui avant tout permet de se représenter ce qui se passe au synoptophore.
Le principe du synoptophore étant de dissocier la vision des deux yeux, on peut déplorer que la vision binoculaire étudiée soit fort éloignée de celle de la vie courante.
On peut d’ailleurs considérer que cette terminologie hiérarchique est à la fois vraie et fausse :
  • Vraie car elle indique clairement que la vision simultanée, la fusion, et la stéréoscopie correspondent à des niveaux de plus en plus raffinés de la discrimination binoculaire ;
  • Fausse pour plusieurs raisons :
La perception simultanée n’existe pas dans la vie courante
Dans les conditions de la vie de tous les jours un sujet ou fusionne, ou neutralise, ou diplope. Or, la PS ne correspond à aucune de ces trois situations sensorielles, c’est une confusion.
La confusion est un phénomène tout à fait différent. Elle n’est pratiquement jamais ressentie par le strabique dans la vie courante car la macula de l’œil non fixateur neutralise. En revanche, c’est la diplopie qui est perçue. Trente personnes interrogées dans le service ont déclaré être gênées par la diplopie et non par la confusion.
Si l’on compare la confusion et la diplopie :
  • Dans la diplopie :
    • Il s’agit de deux images d’un même objet ;
    • Les deux images sont données : une par la macula d’un œil et une par un point excentrique de la rétine de l’autre œil ;
    • Le même objet donne donc deux images identiques juxtaposées.

  • Dans la confusion :
    • Il s’agit de deux images dues à deux objets différents ;
    • Les deux images sont données par les maculas de chaque œil ;
    • Les deux objets donnent deux images différentes superposées.

Il s’agit donc bien de deux phénomènes distincts.

La vision stéréoscopique n’est pas un degré supérieur de la fusion
Il a été démontré par de récents travaux (Trotter & Imbert 1 996) qu’il existe au niveau du cortex strié deux variétés de neurones sensibles à des stimuli de disparité différents :
  • Les neurones sensibles à de très fortes disparités, supérieures à 4° ; certains sont spécialisés pour les stimulations de disparité de loin et d’autres pour les stimulations de disparité de près. Ces neurones seraient le substratum de la fusion ;
  • Les neurones sensibles à de très faibles disparités, très nettement inférieures au degré. Ces neurones seraient le substratum de la vision stéréoscopique.
Conclusion
On peut donc discuter cette classification un peu arbitraire et ne pas perdre de vue sa valeur relative.


Date de la dernière mise à jour du contenu de la page : Mai 1999